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Les migrations d’Emma Malig

Derniers jours pour admirer l’installation d’Emma Malig à la Maison de l’Amérique latine à Paris.

Poète, géographe et voyageuse. Emma Malig est née au Chili, elle travaille en France. Depuis quelques années, elle imagine des globes en volume et en mouvement évoquant avec poésie les migrations humaines et animales. Elle présente à Paris une nouvelle création : une sphère mobile réalisée avec des cordes de piano et des fragments de papier, finement travaillés avec des pigments et des impressions lithographiques. Par des effets d’éclairage, un ballet d’ombres fait contraste avec les éclats de lumière. L’artiste reprend ainsi ses thèmes privilégiés : l’œuvre allie pour les opposer les sombres désastres des exodes humains, anonymes et meurtriers, sur terre et sur mer, et le côté solaire des vols migrateurs, libres en plein ciel, au gré du rythme des saisons.

« Nord-Est
130° au Sud
Les étoiles guident le clair-obscur des migrants

Les vents, entre deux bleus
deux traversées

La mer, un drapé de dentelles

Un oiseau rapide, argenté
Reflété par les eaux
vole des jours et des nuits
sans repos
jusqu’au bout du monde. »

Emma Malig

POUR EN SAVOIR PLUS :

Installation d’Emma Malig jusqu’au 13 janvier 2015 à la Maison d’Amérique Latine. Du lundi au vendredi, de 10h à 20h, le samedi de 14h à 18h, accès libre

le site de l’artiste : http://emmamalig.free.fr/

 

Niki de Saint Phalle

Les secrets de la technique de Niki de Saint Phalle

Le Grand Palais à Paris présente l’œuvre de Niki de Saint Phalle. Cette belle exposition a pour mérite de montrer toute la complexité d’une artiste bien plus tourmentée que son image grand public ne le laisse deviner. Ses Nanas, sculptures colorées et joyeuses, odes à la féminité, ont occulté les autres œuvres de l’artiste. Niki de Saint Phalle était une créatrice d’une grande imagination. Autodidacte, elle a exploré sans complexe ni tabou, de très nombreuses techniques, notamment l’art monumental dont elle était un maître. Voici comment elle a élaboré quelques-unes de ses œuvres phares.

Des peintures sanglantes

Niki de Saint Phalle
Saint Sébastien (Portrait of My Lover / Portrait of My Beloved / Martyr nécessaire), 100 x 74 x 15 cm , peinture, bois et objets divers sur bois. Cette œuvre, que le public pouvait percer de fléchettes, conduira l’artiste à l’idée des tirs.

Niki de Saint Phalle a connu ses premiers succès médiatiques avec sa série des Tirs, imaginée en 1961. Le principe : des sacs de couleurs, et plus tard des bombes de peinture sont enfouis sous une épaisse couche de plâtre blanc. L’œuvre, d’abord immaculée, prend sa forme définitive lorsque des amateurs tirent sur elle, participant eux-mêmes à la création. La peinture s’échappe par les orifices créés par les balles et dégouline dans une explosion de matière. Avec ces bas-reliefs violents, l’artiste exorcise le climat familial étouffant et surtout l’inceste du père (une question bizarrement passée sous silence dans l’exposition).

Niki de Saint Phalle dévoile la genèse de ces œuvres dans une lettre. «  (…) J’eus une illumination : j’imaginai la peinture se mettant à saigner. Blessée, de la manière dont les gens peuvent être blessés. Pour moi, la peinture devenait une personne avec des sentiments et des sensations. (…) Je parlai à Jean Tinguely de ma vision et de mon désir de faire saigner une peinture en lui tirant dessus. Jean fut emballé par l’idée; il suggéra que je commence tout de suite. Impasse Ronsin, on trouva du plâtre et une vieille planche, puis on acheta de la peinture au magasin le plus proche. Pour faire adhérer le plâtre au bois on planta quelques clous. Prise de frénésie, je ne cachai pas seulement de la peinture derrière le plâtre, mais tout ce qui me tombait sous la main, y compris des spaghettis et des œufs. Quand cinq ou six reliefs furent prêts, Jean pensa qu’il était temps de trouver un fusil. On n’avait pas assez d’argent pour en acheter un, alors on est allé dans une fête foraine boulevard Pasteur et on a convaincu l’homme qui tenait la baraque de tir de nous louer un fusil. C’était un 22 long rifle qui tirait de vraies balles. Les balles perceraient le plâtre puis les sacs en plastique enfouis dans le relief et contenant la peinture, la faisant couler à travers les trous des balles et colorer la surface blanche visible. L’homme du stand de tir insista pour venir lui-même avec le fusil. Il avait sans doute peur de ne pas le revoir. (…)

Pendant les six mois qui suivirent, je fis des essais en mélangeant toutes sortes d’objets aux couleurs. Je laissai tomber les spaghettis et le riz et me consacrai davantage au côté spectaculaire des tirs. J’inaugurai l’usage de la peinture en bombes qui, frappées par une balle, produisaient des effets extraordinaires. Cela ressemblait beaucoup aux peintures abstraites expressionnistes que l’on faisait à l’époque. Je découvris les résultats dramatiques que pouvait donner la couleur se répandant sur les objets. J’utilisai enfin du gaz lacrymogène pour les grandes finales de mes performances de tirs. La fumée dégagée évoquait la guerre. La peinture était la victime. Qui était la peinture ? Papa ? Tous les hommes ? Petits hommes ? Grands hommes ? Gros hommes ? Les hommes ? Mon frère John ? Ou bien la peinture était-elle MOI ? Me tirais-je dessus selon un RITUEL qui me permettait de mourir de ma propre main et de me faire renaître ? »

Dans cette vidéo de l’INA, on la voit procéder à l’un de ces tirs :

Les mariées révoltées

 Cette accumulation d’objets pris dans le plâtre se retrouve dans des sculptures grandeur nature qui annoncent les futures Nanas. Niki de Saint Phalle représente des femmes, jeunes mariées ou parturientes, dont les corps sont recouverts de petits objets symboliques : poupées, baigneurs écartelés, bouquets de fleurs artificielles, soldats en plastique qui donnent une tonalité à la fois grinçante et burlesque aux personnages.

Dans cette interview de 1972, l’artiste explique son processus créatif et son engagement féministe (face à un journaliste légèrement machiste) :

Les Nanas démesurées

Niki de Saint Phalle
Dolorès, 1968-1995, 550 cm, polyester peint sur grillage.

En 1965, l’artiste entreprend sa série des Nanas, qui lui donnera une reconnaissance internationale. En 1966, avec son mari Jean Tinguely, elle reçoit la commande d’une Nana gigantesque qui sera exposée au Musée de Stockholm. Elle explique la construction de cette œuvre dans une lettre à une amie. « Nous avons dû travailler 16 heures par jour. Nous baptisâmes notre Déesse HON, ce qui signifie ELLE en suédois. Je fis le petit modèle original qui donna naissance à la Déesse. Jean, qui était capable de mesurer à l’œil, réussit à agrandir le modèle en une carcasse de fer qui était l’exacte réplique de l’original. Une fois que le châssis fut soudé, une immense surface de grillage fut assemblée pour former le corps de la déesse. Sur les petits réchauds électriques, je faisais cuire dans d’énormes marmites une masse de colle de peau de lapin puante. Des mètres de tissus furent mélangés à la colle puis disposés sur le squelette en métal. Plusieurs couches furent nécessaires pour cacher le support. En brassant ma colle, j’avais souvent l’impression d’être une sorcière médiévale. Quand les toiles furent sèches et bien collées au métal, nous avons peint en blanc le corps de la Déesse. Puis je le décorai, en apportant quelques modifications au modèle original. Plus tard, avec l’aide de Rico, je peignis la sculpture. Pontus travaillait nuit et jour, jouant de la scie et du marteau, participant à notre travail de toutes les façons qu’il pouvait. Pendant ce temps Jean et Ultvedt s’occupaient à remplir l’intérieur du corps de la Déesse avec toutes sortes d’attractions. Jean fit un planétarium dans son sein gauche et un milk-bar dans son sein droit. Dans un bras serait projeté le premier court-métrage où ait joué Greta Garbo et dans une jambe on trouverait une galerie de fausses peintures (un faux Paul Klee, un faux Jackson Pollock, etc). »

Avec le temps, les matériaux employés pour donner vie aux Nanas évoluent. Niki de Saint Phalle abandonne le papier et les tissus collés. Elle sculpte ses œuvres dans des blocs de polystyrène. Elle recouvre cette base de laine de verre et de résine polyester pour la rendre dure comme la pierre. Les Nanas sont ensuite peintes de couleurs vives ou décorées de morceaux de céramique colorée, des miroirs, des billes de verre… Ces sculptures si joyeuses causeront paradoxalement des souffrances cruelles à l’artiste. Au fil des années, les vapeurs et les poussières de la résine lui brûleront les poumons et provoqueront une insuffisance respiratoire chronique.

Les liens :

L’INA a regroupé sur une page les différents documents sonores ou visuels sur l’artiste dont elle dispose : http://www.ina.fr/contenus-editoriaux/articles-editoriaux/niki-de-saint-phalle-l-autodidacte-engagee/

La fondation Niki de Saint Phalle http://nikidesaintphalle.org

Ce site sur les femmes artistes a mis en ligne les lettres très détaillées que Niki de Saint Phalle a adressées à ses amis, réels ou imaginaires. C’est passionnant. http://www.femmespeintres.net/pat/mod/desaintphalle.htm

 L’expo :

L’expo Niki de Saint Phalle se tient au Grand Palais jusqu’au 2 février 2015.

Image en-tête : « Cheval et la Mariée » (Détail), 235 x 300 x 120 cm, tissu, jouets, objets divers, grillage 

 

Sabatté à l'aquarium de Paris

Sculptures de Lionel Sabatté à l’Aquarium de Paris

Drôle d’endroit pour une exposition. À deux pas du Trocadéro, l’Aquarium de Paris accueille les sculptures de Lionel Sabatté. À l’origine de l’événement, un coup de cœur d’Alexis Powilewicz, administrateur des lieux, pour l’œuvre du sculpteur. L’artiste confie : « Il y a plus d’un an, Alexis Powilewicz a acheté l’une de mes pièces dans une galerie, un grand poisson échoué. Il m’a ensuite proposé d’exposer. J’ai d’abord eu un temps d’hésitation, impressionné par l’ampleur de la tache, mais l’enthousiasme a vite pris le relais. » Il faut reconnaître que le challenge était de taille. C’est la première fois qu’un tel événement est organisé dans ces lieux dédiés à la découverte du milieu marin et qui semblent peu adaptés à la présentation d’œuvres d’art. Éclairages austères, volumes hétéroclites, animaux incroyables monopolisant l’attention du spectateur, autant d’embuches pour une exposition…  Mais Lionel Sabatté, qui avait carte blanche, a su déjouer les pièges de cet univers aquatique. Ses œuvres s’intègrent dans l’espace avec naturel, comme ses poissons d’argent flottant dans les airs, ses créatures hybrides végétales et minérales, à l’allure de murènes, ses oiseaux en moutons de poussière qu’on dirait rescapés d’une marée noire… Les scultpures interagissent avec l’environnement par des clins d’œil, en se reflétant sur les vitres des aquariums, telles des chimères surgissant des profondeurs marines. La beauté des œuvres de Lionel Sabatté tient en partie dans l’origine de leurs matériaux. L’artiste récupère tout ce qu’il peut trouver, des souches déracinées, des pièces de monnaie sans valeur, et même des rognures d’ongle et des peaux mortes. Il redonne vie à ces bouts de rien, pour créer un bestiaire fantasmagorique à la fausse fragilité…

Pour Cimaises-leblog, Lionel Sabatté explique quelques-unes des œuvres phares de l’exposition et leurs secrets de fabrication.

Chant silencieux

Sabatté à l'Aquarium de Paris
Chant silencieux. 2013. Souche de chêne, pièces d’un centime d’euro, fer, étain et laiton. 160 x 202 x 150 cm. Photo VA

« Cette œuvre a été réalisée lors d’une résidence d’artistes dans la Meuse, le Vent des forêts. J’ai récupéré la souche d’un chêne abattu pendant la grande tempête de 1999. Sa forme était d’une telle beauté que j’ai choisi de ne pas y toucher. J’ai réalisé des extensions pour redonner vie à cet arbre mort, le transformer en chimère. Cette sculpture est composée de pièces d’un centime d’euro, une pièce qui a également vu le jour en 1999. Les pièces de monnaie sont un matériau qui me plaît beaucoup, car elles circulent énormément, créant une forme d’échange entre les personnes. La pièce évoque aussi le trésor du fond des mers. J’ai fait rouiller le métal pour que sa teinte s’accorde à celle de l’arbre. Dans mon travail, j’utilise beaucoup l’oxydation. Ce phénomène naturel permet de créer de l’énergie, il représente dans mon imaginaire la dualité du vivant et du vieillissement. J’ai laissé apparente la structure en métal, pour donner un aspect de construction ou de ruine. Certains spectateurs y voient ainsi la jaillissement de la vie ou au contraire une bête à l’agonie. »

Le K

Sabatté à l'Aquarium de Paris
Le K, poisson d’argent. 
Pièces d’un centime d’euro, fer, étain, laiton, vernis. Photo VA.

« J’ai appelé ce poisson, le K, en référence à une nouvelle de Dino Buzzati qui m’avait marqué à l’adolescence. Dans ce récit, une créature marine poursuit le personnage principal dès qu’il s’approche de l’eau. Effrayé, celui-ci passe sa vie à l’éviter. Quand le héros sent qu’il va mourir, il décide d’aller se confronter à sa peur. Le fameux K apparaît. Il lui révèle que s’il l’a recherché sur toutes les mers, c’était pour lui donner une perle magique qui lui aurait assuré bonheur et réussite. Cette sculpture fait partie d’un banc de poissons, colonne vertébrale de l’exposition. Au départ j’avais imaginé des poisson échoués, j’ai décidé de les faire voler et de les suspendre dans la pièce principale de l’Aquarium. Ce sont des poissons imaginaires, qui évoquent une idée de l’évolution par la transformation de leur forme. Une grosse partie du travail d’accrochage a été d’arriver à composer avec leurs ombres projetées sur les murs. Ces ombres rappellent l’art pariétal, un art qui vient du fond des âges, mais aussi les mystères des profondeurs marines. »

Sombre réparation

Sabatté à l'Aquarium de Paris
Sombre Réparation, 2013 Papillons abimés, abeilles, ongles, peaux mortes, épingle et boite à spécimen, 26 × 19,5 × 7 cm. Courtesy de l’artiste.

«  J’ai récupéré des ailes de papillon abimées et mises au rebut chez le taxidermiste Deyrolle. J’ai reconstruit des insectes avec des bouts d’ongles et des peaux mortes. Je leur ai redonné vie grâce à ma chair. Les gens ont souvent une réaction de répulsion quand ils apprennent comment ces œuvres sont réalisées. Cette réaction que nous partageons tous m’intéresse en tant qu’artiste, car elle est irrationnelle. Nous nous serrons la main sans problème, les ongles sont des outils de séduction, mais dès que la peau et les ongles sont détachés du corps, ils deviennent dégoûtants. Pourquoi ? Je ne sais pas. »

Le Cygne noir

Sabatté à l'Aquarium de Paris
Le Cygne noir, 2014 Poussière du métro Chatelet et de l’aquarium, vernis, fil de fer, 180 x 120 x 120 cm. Photo VA

« Cette pièce est réalisée avec de la poussière du métro Chatelet. Cela fait quinze ans que je vais balayer dans la station, j’y suis toléré. Au début, les balayeurs avaient même peur de moi, ils pensaient que je venais les contrôler. J’ai choisi cet endroit parce qu’un million de voyageurs y passent chaque jour. Toutes ces personnes très différentes sont représentées dans la poussière. Ce matériau nous rassemble par-delà son côté repoussant. Avant de travailler la poussière, je la désinfecte et la stérilise. Après ce traitement, j’agglomère mes moutons sur une structure métallique avec de la colle en bombe, je passe ensuite plusieurs couches de vernis. Pour cette œuvre, j’ai ajouté de la poussière de l’aquarium au niveau des ailes. Cette poussière, plus fine, plus minérale, m’a donné une nouvelle matière. Le titre « Le Cygne noir » fait référence au livre du philosophe Nassim Nicholas Taleb. Il désigne ainsi les événements à faible probabilité qui ont des conséquences très importantes s’ils se réalisent. L’évolution se fait souvent grâce à de tels événements. »

En savoir plus

L’exposition « Fabrique des profondeurs » est à voir jusqu’au 18 mai à l’Aquarium de Paris au prix d’une entrée (20,50 euros pour un adulte plein tarif).

Lionel Sabatté à l'Aquarium de Paris
Lionel Sabatté à l’Aquarium de Paris

Les 109, une biennale à part

Cet automne, comme chaque année, les salons d’art vont se succéder à un rythme soutenu, le pire côtoyant souvent le meilleur. Avec sa personnalité bien marquée, la Biennale 109 fait partie sans conteste des bons salons. La sélection est cohérente et rigoureuse, l’accrochage impeccable, l’ambiance chaleureuse. N’y sont présentées que peintures et sculptures, avec une préférence pour les œuvres dérangeantes, irrévérencieuses, malicieuses ou poétiques… L’art ne doit pas en effet laisser de marbre. C’est ce qu’espère Jörg Hermlé, artiste peintre, et président de la Biennale 109 depuis quatre ans. Il a bien voulu accorder une interview à Cimaises le Blog pour présenter ce salon pas comme les autres, qui se tient du 19 au 29 septembre à Paris.

Jörg Hermlé dans son atelier. Photo V.Auriel.
Jörg Hermlé dans son atelier. Photo V.Auriel.

« L’art est le reflet sans complaisance de notre société. »

Cimaises le blog : La Biennale 109 inaugure sa 16e édition. Comment ce salon a-t-il vu le jour ?
Jörg Hermlé : La Biennale 109 a été créée en 1982 par neuf peintres qui souhaitaient un salon différent des salons historiques auxquels ils reprochaient leur manque de qualité, le fait que chaque artiste ne pouvait exposer qu’une seule œuvre. Ils ont ouvert cet événement à une centaine de peintres et sculpteurs, d’où ce nom du 109, qui évoque aussi le renouveau, le « sang neuf ». Si à l’origine la Biennale se tenait au Grand Palais, depuis seize ans, elle investit la Cité Internationale des Arts au centre de Paris. Nous ne disposons pas suffisamment d’espace pour présenter correctement 109 artistes. Nous accueillons donc 48 peintres et  28 sculpteurs.

En quoi ce salon est-il original ?
Actuellement, notre principale caractéristique est de permettre à tous les artistes d’exposer trois œuvres, un grand format et deux petits. Notre salon dure également plus longtemps que les autres, dix jours, et son entrée est gratuite. Nous donnons enfin une large place à la sculpture. Nous exposons ensemble les œuvres de deux disciplines, en instaurant entre elles un dialogue.

Cette année, plus d’un tiers des exposants a été renouvelé. Comment sélectionnez-vous les nouveaux venus ?
Il faut tout d’abord souligner que si le salon est programmé tous les deux ans, c’est pour nous permettre de bien l’organiser. Nous recevons beaucoup de dossiers, nous nous réunissons six mois avant l’événement pour les examiner. Notre salon privilégie la figuration. Pour la sculpture, où la figuration est moins présente, la notion de la forme prime. Nous recherchons l’originalité, un univers personnel. Les œuvres doivent avoir une certaine force. La peinture jolie et gentille ne nous intéresse pas !

La peinture et la sculpture sont-elles toujours des arts contemporains ?
La peinture et la sculpture sont des langages employés depuis que l’Homme existe. Les oublier sous prétexte que de nouvelles technologies ont été créées est absurde. Ce serait comme remplacer les danseurs d’un ballet par des robots. Ne plus peindre, ne plus sculpter serait se priver d’un des langages essentiels de l’Homme. Mais il est vrai qu’aujourd’hui, ces arts ne sont plus mis en avant ni par les pouvoirs politiques, ni par le marché. C’est pourquoi l’action des salons est importante, elle permet de montrer d’autres formes d’art que l’art officiel.

Néglige-t-on les peintres et les sculpteurs ?
Je le pense. Depuis l’apparition de l’art conceptuel, il y a quarante ans, ce qui prime dans l’art contemporain, c’est la réflexion, l’idée, plutôt que le savoir-faire, l’expression plastique. Les artistes se sont peut-être trop laissés faire. Ils ne se sont pas assez battus pour défendre un art basé sur l’émotion. Pour moi, la peinture et la sculpture doivent être une expression très personnelle qui vient de l’intérieur. Aujourd’hui, on voit de plus en plus des peintures très sophistiquées, qui recherchent la perfection. Ce sont des œuvres qui produisent de l’effet, mais qui ne dérangent pas. Or la peinture et la sculpture sont bien plus que cela. L’art n’est pas la représentation exacte de la réalité, mais le reflet sans complaisance de la société, l’exploration imaginaire par le rêve.

INFOS PRATIQUES

Une vue d'une des Biennales passées. Courtoisy : la Biennale du 109.
Une vue d’une des Biennales passées. Courtesy : la Biennale 109.

La Biennale 109 se tient à la Cité Internationale des Arts, 18 rue de l’Hôtel de Ville, 75004 Paris.

Ouvert tous les jours du 19 au 29 septembre 2013, de 14h00 à 19h00. Nocturne le mercredi 25 septembre jusqu’à 21 heures. Vernissage : mercredi 18, de 18 à 21 heures.

Entrée libre.

De Sagazan le performeur danse pour Mylène Farmer

Copie d'écran du clip "À l'ombre" de Mylène Farmer avec Olivier de Sagazan.

À l’ombre, le dernier clip de la chanteuse Mylène Farmer a été présenté en grande pompe par les chaînes de télévision… Il cultive l’esthétisme de conte de fées cruel et noir cher à la diva. Mais quel rapport, me direz-vous, avec l’art contemporain ?  Dans ce clip, un personnage étrange se recouvre la figure d’une épaisse couche d’argile grise. Tel un clown tragique, il étale de la peinture noire ou rouge sur ses yeux, sur sa bouche. Il efface aussitôt ses tracés dans un mouvement frénétique. Puis à pleine main, il déforme son visage terreux. L’impression de malaise est forte. Cette défiguration est une création d’Olivier de Sagazan, artiste performeur, sculpteur et peintre. Celui-ci développe un univers très personnel dans la lignée des expressionnistes ou de Francis Bacon. L’artiste explore différentes techniques pour interroger notre rapport au corps, à la souffrance, à la folie… Certains n’aimeront pas la crudité, la violence de ces œuvres dérangeantes. Mais du malaise naît la fascination. L’humanité fragile palpite sous la glaise.

Peinture d'Olivier de Sagazan.

Pour en savoir plus :
Olivier de Sagazan est représenté par la galerie Marie Vitoux à Paris. Vous pourrez y découvrir ses peintures et sculptures. Pour connaître les dates des prochaines performances et expositions de l’artiste, rendez-vous sur son site personnel, la nef des fous. Pour chanter sur le clip de Mylène Farmer, c’est ici.

En bonus, une performance en vidéo :

Olivier de Sagazan-EXTRAIT II from sacha krasicka on Vimeo.

 

 

 

Les merveilleuses machines de Riera i Aragó


Le Musée d’art moderne du Havre nous donne l’occasion de découvrir le travail peu connu en France du Catalan Riera i Aragó (né en 1954). Marqué par Paul Klee et Joan Miro, l’artiste élabore un univers personnel d’une remarquable cohérence, habité par une réflexion continue sur les éléments, l’espace et le temps. Fasciné par les engins mécaniques, Riera i Aragó décline un petit nombre de figures symboliques dont les principales sont l’avion, le zeppelin, le sous-marin. Ces machines d’explorateurs nous renvoient avec poésie, et souvent avec humour, aux mondes aériens et aquatiques. Le sous-marin rétrécit à la taille d’une sardine, l’avion évoque la graine de pissenlit emportée par le vent.

Éclairées par les grandes vitres du musée où glisse en contre-jour l’ombre des cargos pénétrant dans le port du Havre, les œuvres du sculpteur catalan dialoguent avec la lumière et la mer. On ne pouvait rêver mise en scène plus adéquate. À l’entrée de l’exposition, des archipels d’îles miniatures posées sur le parquet donnent au visiteur la sensation d’être Gulliver au pays de Lilliput. Plus loin, sur une longue table interminable, une centaine d’avions aux allures de jouets d’enfants déclinent leur silhouette fragile. Un peu plus loin encore, des œuvres étonnantes nous entraînent en eaux profondes. Des minis sous-marins colorés sont embrochés sur des dizaines de tiges de métal. En se reculant, le spectateur appréhende ces installations sous un jour nouveau. À l’instar d’un banc de poissons, les petits éléments se métamorphosent en formes géométriques ou en sous-marin gigantesque. L’exposition se termine sur de grandes toiles aux motifs stylisés. L’exploration prend fin. Un peu trop rapidement à mon goût. J’aurais aimé en voir davantage…

Riera i Arago, "Colors 2 U", 2008. Acier, aluminium, zanak peint. Photo Sara Riera.

Infos pratiques

« Riera i Aragó Le Rêve du navigateur », jusqu’au 20 janvier 2013. Musée d’art moderne André Malraux, MuMa Le Havre, 2 boulevard Clemenceau – 76600 Le Havre. Tél. : 02 35 19 62 62.  Du lundi au vendredi de 11 h à 18 h. Le samedi et dimanche de 11 h à 19 h Fermé le mardi. Plein tarif : 5 €. Tarif réduit : 3 €. Gratuit pour les moins de 26 ans et chaque premier samedi du mois.