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David Lefebvre expo Zurcher

David Lefebvre, œuvres camouflages

David Lefebvre expo Zurcher
David Lefebvre, « Big sur campground », 195 x 130 cm, huile sur toile. Photo VA.

Peintes avec une minutie de scribe, un réalisme quasi documentaire, les œuvres de David Lefebvre ne sont pourtant pas ce qu’elles paraissent. L’espace en deux dimensions de la toile conduit à une nouvelle lecture du réel grâce à la composition. Comme dans les séries télévisées d’autrefois où des grésillements, un brouillage de l’écran indiquaient une intrusion du paranormal, la peinture de David Lefebvre suggère une déchirure dans l’espace-temps. Le bel ordonnancement des paysages champêtres et urbains est par endroits colonisé par des corps étrangers : figures géométriques répétitives, aplats colorés, proliférations cellulaires. Cette ingérence de motifs incongrus suit les contours d’un objet ou d’un corps, mais parfois le développement inquiète par son anarchisme. Cette perte de données touche souvent l’élément le plus figuratif de la scène initiale, il ouvre une béance dissimulée comme le ferait un camouflage. Le cryptage de l’image trouble notre perception du tableau. Le sujet se déplace et renvoie vers le domaine de l’inconscient. L’artiste s’inspire ainsi des travaux de Lacan sur le signifiant et le signifié. Il tente de dévoiler le caché, de déjouer le réel, pour se défaire des images et de leur hégémonie.

Pour voir les œuvres de David Lefebvre :

David Lefebvre, « Pour le Rest », jusqu’au 25 octobre, galerie Zurcher, 56 rue Chapoon, 75003 Paris.

Oeuvre en-tête : David Lefebvre, « JR », 81 x 116 cm, huile sur toile, 2014 (détail). Photo VA.

 

 

Le tableau du Grand Budapest Hotel

The Grand Budapest Hotel, le film du réalisateur américain Wes Anderson, est un gros succès du box-office. L’intrigue tourne autour d’un tableau volé, le « garçon à la pomme », chef d’œuvre de la Renaissance, peint par Johannes Van Hoytl le jeune. Le cinéaste, qui est plutôt facétieux, a inventé de toute pièce ce maître hongrois. Derrière ce nom se cache un artiste contemporain anglais, Michael Taylor, dont les portraits ont été plusieurs fois récompensés dans des concours. Pour découvrir son travail qui vaut le détour par sa précision et son effet spectaculaire, pour tout savoir sur la genèse du « Garçon à la pomme », voici son site : http://www.mrtaylor.co.uk/ 

Un extrait du film avec le "Garçon à la pomme"
Une image du film avec le « Garçon à la pomme »
Michale Taylor le peintre du The Grand Budapest Hotel
Une peinture de Michael Taylor, « Woman cradling glass vessel », huile sur toile, 112 x 86 cm. 

 

Héliès gueules cassées

Les gueules cassées de Marc Héliès

Le sujet est plutôt difficile. Mais Marc Héliès s’y est attelé sans faux-semblant ni fausse pudeur. Ses portraits de gueules cassées de la Première Guerre mondiale saisissent le spectateur. Comment ces hommes ont-ils pu survivre alors qu’ils étaient aussi meurtris, comment ont-ils pu continuer à espérer alors qu’ils n’avaient plus visage humain ?

Issu d’une famille de militaires, l’artiste dénonce les horreurs de la guerre. Aujourd’hui, celle-ci se perpétue avec des drones, des écrans vidéo. Mais les blessures, les souffrances sont toujours terribles. Marc Héliès se bat contre la guerre à sa façon, avec des stylos-billes, du papier calque. Il a réalisé une quarantaine de portraits de gueules cassées françaises et allemandes qu’il présente à côté de paysages du front, hachés par les bombes. Il associe ces dessins avec des pages de livres d’écrivains pacifistes : À l’ouest rien de nouveau d’Erich Maria Remarque, Le Feu d’Henri Barbusse, Orage d’acier d’Ernst Jünger. L’ensemble est saisissant. L’œuvre peut repousser, effrayer. Mais un artiste ne doit pas forcément peindre le beau, ni l’agréable. Marc Héliès explique sa démarche dans cette vidéo filmée par le blog à son atelier.


Les gueules cassées de Marc Héliès par cimaises-leblog

En savoir plus :

Marc Héliès a présenté ses Gueules Cassées lors du salon Mac Paris en novembre dernier. 2014 étant une année de commémoration de la Grande Guerre, il espère pouvoir montrer cette série dans des lieux de mémoire.

L’artiste exposera à l’Espace 13 à Mur-de-Barrez (12) du 12 avril au 31 mai. Il sera présent à la manifestation Artcité de Fontenay-sous-Bois (94) à l’automne 2014.

Son site : http://www.marc-helies-peintre.odexpo.com

Image en-tête : Marc Héliès, Gueules cassées, Le feu n°28, technique mixte,  24 x 30 cm.
Marc Héliès dans son atelier. Photo VA.
Marc Héliès dans son atelier. Photo VA.
Zeng Fanzhi

Zeng Fanzhi à Paris

Il est le peintre chinois contemporain le plus côté du marché. L’une de ses toiles vient de se vendre 17 millions d’euros aux enchères. Ce n’est pas ce record financier qui fait de Zeng Fanzhi un artiste majeur, mais sa volonté de toujours se renouveler, sans avoir peur de désorienter son public. L’artiste ne décline pas à l’infini les mêmes gimmicks picturaux comme bien d’autres. Sa première grande rétrospective organisée au Musée d’art moderne de Paris permet de juger de sa créativité, grâce à un parcours à rebours dans le temps. La première salle présente les œuvres les plus récentes, la dernière des travaux d’étudiant. Zeng Fanzhi a commencé à représenter des scènes assez expressionnistes inspirées de son univers quotidien. Il a peint des hôpitaux où malades et médecins se côtoient avec crudité, puis les coulisses d’une usine agroalimentaire, où les ouvriers prennent le frais sur des carcasses de viande congelée…

Zeng Fanzhi
Zeng Fanzhi Hare, 2012 400 x 400 cm (en 2 panneaux) Pinault Collection © Zeng Fanzhi studio

La deuxième grande période, celle sans doute qui lui a permis d’accéder à la notoriété, est celle des masques, proche cette fois du Pop art. L’univers rappelle celui d’un autre artiste chinois, Yue Minjun avec ses autoportraits rigolards. Ici, les personnages portent des masques exprimant différentes émotions. Mais quel est leur ressenti réel ? Sont-ils humains, sont-ils robots ? Le spectateur éprouve une inquiétude latente, un malaise dus au décalage entre ce qui lui est montré et ce que lui est caché. Depuis quelques années, Zeng Fanzhi a abandonné cette stylisation graphique pour un réalisme onirique. Les toiles ont désormais des dimensions de plus en plus d’importantes. L’artiste entraîne le regardeur dans un entrelacs végétal, le plongeant au cœur de ronciers touffus. Les figures humaines ont disparu, elles laissent place à des animaux sauvages. Un lièvre gigantesque est un hommage à celui peint à l’aquarelle par Albrecht Dürer, quelques siècles plus tôt. Mais le changement d’échelle rend le pacifique herbivore bien menaçant.

Pour peindre ces éléments végétaux à la limite de l’abstraction, l’artiste a inventé une technique originale. Il tient deux pinceaux dans la main droite, en même temps. L’un est saisi entre le pouce, l’index et le médian, l’autre entre le médian et l’annulaire. Le premier est conduit par l’idée que Zeng Fanzhi souhaite donner à sa peinture. Le second, agissant dans une direction opposée, est laissé libre de ses mouvements. Les deux outils jouent ainsi une danse désaccordée. Maîtrise contre lâcher-prise. Précision contre imperfection.

Cette dernière série peinte par Zeng Fanzhi est superbe. Le spectateur se noit dans leur format gigantesque, éprouvant physiquement la sensation d’enfermement, la perte de repère. En même temps, leurs couleurs intenses, leurs circonvolutions aériennes et hypnotiques l’entrainent dans une sorte de rêve éveillé.

Pour finir, voici un court extrait d’un entretien de l’artiste avec Fabrice Hergott, directeur du Musée d’Art moderne de la ville de Paris

Pourriez-vous me dire ce que vous attendez d’une œuvre d’art ?
Une œuvre doit être comprise par le public. Elle doit être capable de communiquer, elle doit être compréhensible, toucher le public au fond de lui-même. Elle doit avoir des points communs avec les émotions. Il lui faut de la beauté, du contenu et de l’esprit.

Est-ce que cette beauté change selon les époques ?
Oui, la beauté change et cela dépend aussi de l’âge du spectateur. Quand j’étais jeune, à l’âge où l’on est rebelle, la beauté était liée à la passion, à la douleur. Aujourd’hui la beauté vient avec la paix, la cohérence.

Et en bonus une vidéo :

Infos pratiques

Zeng Fanzhi. Jusqu’au 16 février 2014. Musée d’Art moderne de la Ville de Paris, 11, avenue du Président Wilson 75116 Paris. www.mam.paris.fr

œuvre en-tête :
Zeng Fanzhi, Mask Series No.6, 1996, 200 x 360 cm (en 2 panneaux) Collection privée © Zeng Fanzhi studio

Igor Skaletsky

Les portraits exquis d’Igor Skaletsky

Dépêchez-vous d’aller voir les œuvres d’Igor Skaletsky à la galerie Daniel Besseiche à Paris. Ce jeune artiste russe expose des portraits étonnants, délicieusement morbides. Leur atmosphère évoque les peintures primitives flamandes avec leurs figures hiératiques, leurs arrière-plans sombres, leurs surfaces brillantes comme une eau glacée. Mais ce sont des portraits étranges, en proie à de puissants sortilèges. Des bizarreries parsèment les toiles et piquent les yeux. Une tête de chien a remplacé celle d’une petite fille, des oreilles de Mickey ornent une élégante en robe noire, Amour et Psychée batifolent là où l’on ne les attend pas. L’artiste s’amuse du choc des cultures et des iconographies. Sa technique manifeste la même dualité irrévérencieuse. Igor Skaletsky mêle photomontages et peinture, désarçonnant le spectateur. Celui-ci ne sait plus où commence le collage, où finit la touche. L’artiste dit ainsi : « Le collage est pour moi une technique qui élargit mes possibilités de m’exprimer. Je pense que la photographie et la peinture sont parfaitement complémentaires. Elles permettent d’obtenir un résultat qui serait impossible avec la peinture purement traditionnelle. Le collage est unique dans sa capacité à combiner organiquement des éléments que l’on croit dans un premier temps incompatibles et sans réelle valeur artistique. J’aime le moment où des morceaux de papier isolés commencent à “jouer” les uns avec les autres quand je les place dans l’espace commun du collage. »

L’exposition Igor Skaletsky « Déviation[s] » a été prolongée jusqu’à la fin du mois à la Galerie Daniel Besseiche, 33 rue Guénégaud, 75006 Paris.

igor skaletsky
Igor Skaletsky, « Terra incognita », 123 x 89 cm, Photomontage numérique, peinture acrylique et vernis sur toile

Image en-tête : Igor Skaletsky, « BRONSON », 127 x 100 cm, Photomontage numérique, peinture acrylique et vernis sur toile

 

Les poupées trash de John Currin

La galerie Gagosian présente la première exposition personnelle à Paris de John Currin, l’une des stars de l’art contemporain américain. En entrant dans la galerie, la première impression est étrange. Les œuvres sont perdues sur les gigantesques murs immaculés, elles semblent flotter dans l’espace. Le galeriste a choisi un accrochage minimal, qui frôle le présomptueux. À peine une dizaine de peintures, encadrées de baguettes dorées à la feuille, est exposée. Dans la pièce d’accueil, au fond du bâtiment, on peut aussi découvrir six petites gravures, agrémentées, quant à elles, de baguettes à la feuille d’argent.
Dans les salles principales, il faut donc s’approcher pour mieux apprécier les œuvres de John Currin. Celles-ci sont étonnantes, à la fois séduisantes et repoussantes. L’artiste met en scène des Précieuses aux corps déformés. Taille étroite, seins proéminents, moue boudeuse. Ces jeunes femmes aguicheuses sont peintes dans une technique magistrale, s’inspirant de la tradition nord européenne des XIVe et XVIe siècles. Mais la touche délicate, les tons pastel, le maniérisme des poses contrastent avec les scènes en sfumato à l’arrière-plan tirées de films pornographiques. Avec ces corps grotesques, ces mimiques grimaçantes, cette vulgarité assumée matinée de classicisme,  John Currin provoque le malaise, la fascination. Heureusement, l’humour, souvent présent, évite à l’artiste de tomber dans le kitch ridicule. Par la satire, il évoque nos vanités contemporaines.

JOHN CURRIN Tapestry, 2013, huile sur toile, 117.2 x 86.4 cm
JOHN CURRIN, Tapestry, 2013, huile sur toile, 117,2 x 86,4 cm

En savoir plus :

Exposition John Currin, du 21 octobre au 21 décembre 2013, Galerie Gagosian, 4 rue de Ponthieu, 75008 Paris.