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Martial Raysse, la grande odalisque

Martial Raysse, le grand écart pictural à Beaubourg

Le Centre Pompidou consacre une rétrospective à l’artiste français Martial Raysse, aujourd’hui âgé de 78 ans. Après un début de carrière en fanfare dans les années soixante, l’artiste choisit de s’isoler du monde de l’art dans lequel il ne se reconnait plus. Il accorde peu d’interviews, expose rarement. Il multiplie également les ruptures artistiques, explorant des voies très diverses, voire antinomiques, art du bricolage, frises académiques, portraits colorés un peu naïfs. L’intérêt de collectionneurs, comme François Pinault, Marin Karmitz, pour ses œuvres tardives a provoqué un regain d’attention pour cet artiste atypique, qui n’a pas eu peur de désorienter son public. Cette exposition parisienne a le mérite de présenter le cheminement créatif d’un peintre et sculpteur contemporain avec ses reniements, ses ratages, sa variété.

La Grande Odalisque

Raysse La grande odalisque
Martial Raysse, Made in Japan – La grande odalisque, 1964. Peinture acrylique, verre, mouche, passementerie en fibre synthétique, sur photographie marouflée sur toile. 130 x 97 cm. Photo VA.

Martial Raysse, artiste autodidacte, commence sa carrière avec la couleur, la fantaisie. Il s’empare des objets du quotidien pour créer des assemblages. Il détourne les images de la publicité, les figures des pin-up pour créer des peintures aux couleurs acidulées, au graphisme puissant, proches du Pop Art américain. L’artiste explique ainsi cette période : « La tristesse humaine était à la mode et Buffet du dernier chic avec ses figures tragiques et ses cernes sous les yeux. Je voulais exalter le monde moderne, l’optimisme et le soleil. Peindre la tristesse ne peut être que le jeu snob d’une inconscience maladive ! La mort est bien assez affreuse, suffisamment inquiétante*. » La Grande Odalisque, la peinture en illustration,  est tirée de la série Made in Japan, s’inspirant de cartes postales d’art. Martial Raysse y détourne des chefs-d’œuvre de la peinture classique reproduits en masse, qu’il affuble de couleurs criardes, et de détails en volume, comme ici de la passementerie. Une mouche en plastique fait référence aux vanités anciennes, où l’insecte symbolise le mort, la beauté éphémère.

Le Carnaval à Périgueux

Raysse, carnaval à Périgueux
Martial Raysse, Le Carnaval à Périgueux, 1992. Détrempe sur toile, 300 x 800 cm (Pinault Collection). Photo VA

Après un séjour aux États-Unis, Martial Raysse revient en France pour participer aux événements de mai 1968. Il sort désenchanté de cette expérience. Il délaisse les couleurs et le style joyeux de ses débuts, affirmant : « Le Pop Art, maintenant, c’est le bon goût international, il est à la portée de tous les petits rentiers de la peinture, comme ce fut le cas pour l’informel. À fuir. » Il compose alors des œuvres s’inspirant des cultures populaires, des philosophies orientales ou au contraire faisant référence à l’histoire de l’art. La palette éclatante est abandonnée : les tons sont rompus, parfois un peu sales, le dessin souvent malhabile. Le Carnaval à Périgueux, une œuvre de 1992, que je vous montre ici, s’inscrit dans une série de très grands formats évoquant les frises anciennes. « La frise, ça m’est naturel. Dans les dessins abstraits que j’ai faits avant le Pop, il y avait beaucoup de frises. Dans l’histoire de la peinture, c’est ce qui marche le mieux, tous les grands tableaux sont des frises. Ça permet deux choses très ambivalentes : être dynamique tout en étant héroïque. » Les personnages sont représentés à taille réelle, l’arrière-plan rappelle le fond de scène d’un théâtre. L’artiste y mélange figures prosaïques et mythologiques, dans une atmosphère à la fois inquiétante et farceuse, que je rapprocherai des scènes de genre des primitifs flamands. Martial Raysse ne souhaite révéler aucune des clefs de l’iconographie de ses tableaux. À chacun d’interpréter à sa guise cette réflexion sur la condition humaine !

Personnellement, je suis beaucoup plus sensible aux œuvres Pop art que celles plus tardives, à la palette plus incertaine. Et vous ? Êtes-vous allé voir l’exposition à Beaubourg ? Quelles sont vos peintures préférées ?

Infos pratiques :

« Martial Raysse Rétrospective 1960 – 2014 », 14 mai – 22 septembre 2014, Centre Pompidou, Paris.

* citations tirées du dossier de presse

 

Les secrets de la technique de Roy Lichtenstein

Cet été jusqu’au 7 novembre, le Centre Pompidou présente la première rétrospective en France du peintre américain Roy Lichtenstein (1923-1997). Cette figure emblématique du Pop art s’emparait d’images issues des comics et des réclames qu’il reportait sur la toile dans un code pictural personnel, auquel il restera fidèle tout au long de sa carrière. L’artiste reproduisait notamment les trames de l’impression offset, insistait sur les contours noirs, peignait par aplat avec les couleurs primaires… « Je veux que mon tableau ait l’air d’avoir été programmé. Je veux cacher la trace de ma main », disait ainsi Roy Lichtenstein. Mais derrière l’apparente facilité, la simplicité des motifs, se cache un travail imposant.

Les étapes de création

Roy Lichtenstein s’inspire d’une ou plusieurs de sources imprimées pour réaliser ses dessins préparatoires qu’il peaufine longuement pour les simplifier. Il commence à travailler au crayon de couleur et à la mine de plomb, en utilisant des calques qui lui permettent de tester différentes tonalités. Ce premier dessin est projeté à plus grande échelle sur un carton. Roy Lichtenstein précise les tracés, pose des papiers colorés aux endroits ad hoc. Il photographie ce deuxième dessin préparatoire et projette la diapositive sur la toile à l’échelle du tableau. Il retravaille encore les tracés avant d’appliquer la peinture, zone par zone, à l’aide de caches. Pour peindre, il place ses tableaux sur un chevalet tournant, de biais ou à l’envers, pour mieux oublier le sujet et se concentrer sur la composition. L’artiste résume cette étape avec cette formule légèrement provocante : « évacuer le sujet, afin de réaliser un tableau qui fonctionne. » Il emploie une des premières peintures acryliques, le Magna, soluble dans l’essence de térébenthine, qui lui permet de faire des modifications sans laisser de traces. Les points sont réalisés au moyen de pochoirs, le plus souvent à l’huile. Les rayures sont peintes à la main, ou avec l’aide à de ruban adhésif. Roy Lichtenstein privilégie une palette de « couleurs de supermarché » artificielles et criardes limitée à quatre tons mariés au noir et au blanc – un jaune citron, un bleu outremer, un rouge cerise et plus rarement un vert –, chacun associé de manière systématique et littérale à un motif : le bleu pour le ciel, les points rouges pour la peau.

Toiles et plastiques

Les supports ont également toute l’attention de Roy Lichtenstein. L’artiste expérimente différents matériaux et techniques, dont l’émail, qui lui rappelle la surface brillante des réfrigérateurs ou des plaques de stations de métro. Il utilise aussi plusieurs sortes de plastiques, comme le Plexiglas, le Mylar ou encore le Rowlux, du nom de l’entreprise Rowland Products qui le fabrique pour revêtir des panneaux de signalisation urbains. La surface moirée de ce matériau crée des effets d’optique en 3D que Lichtenstein a l’idée d’employer pour représenter des ciels changeants ou des mers agitées…

Cette vidéo (en anglais) réalisée par la Tate Gallery montre de nombreux extraits de l’artiste au travail.

In a few words :
The Centre Pompidou in Paris presents a retrospective of Roy Lichtenstein’s work, featuring a selection of 124 paintings, sculptures and prints. Behind the simplicity of his patterns, the apparent ease of his realization, there is an awesome preparatory work. Roy Lichtenstein realized many sketches in colored pencil before making a project on cardboard with pieces of colored papers. He photographed this model and projected the slide onto a large canvas to remake his painting. In this final step, he worked with stencils and tape, using a special rotating easel…