Archives du mot-clé peinture contemporaine

Bahram Hajou ou la solitude des amants

Une galerie rue Visconti à Paris. Un brin de poésie. Et de tragédie aussi. Sur une fine toile de lin écrue, des silhouettes suggérées par quelques traits de peinture noire et tachées de couleurs vives. Les visages, stylisés, ressemblent à celui de l’artiste, Bahram Hajou, peintre kurde né en Syrie, vivant en Allemagne. Mais derrière l’apparente simplicité des autoportraits, la légèreté gracieuse, l’artiste nous livre une vision critique de l’humanité. Peur, doute, incompréhension… Les regards interrogent frontalement le spectateur le plaçant face à ses propres détresses. La solitude joue en sourdine dans les corps-à-corps, les sexes opposés ne se rejoignent jamais. Le désir brûle les chairs et les âmes d’un feu sans rémission. Le constat pourrait être terrible. Mais Bahram Hajou possède l’élégance des poètes. Il fuit le mélodrame. Il évoque, questionne, interloque et se moque !

Bahram Hajou, La ronde spéculative, huile sur toile, 260 x 180 cm

L’exposition des peintures de Bahram Hajou a lieu à la Galerie GNG, 3 rue Visconti à Paris, du 12 février au 23 mars 2013.

Beaux Arts et peinture contemporaine

Dans son dernier numéro, Beaux Arts magazine se penche sur l’état de santé de la peinture contemporaine en examinant vingt idées reçues. Son diagnostic redonnera du baume au cœur aux damnés du pinceau. Le malade — en l’occurrence la peinture — ne semble pas condamné ! Voici quelques-uns des arguments de la revue prouvant la vitalité d’une technique qui n’est plus la reine d’autrefois, mais qui tient bien encore son rang.


— Non, la peinture n’est pas morte. « L’évidence est là : l’expression picturale est portée par quantité de formidables artistes à travers le monde », écrivent les auteurs de l’article. Par exemple, Anselm Kiefer, David Hockney, Pierre Soulages, Peter Doig, Marlene Dumas, Elizabeth Peyton…
— Non, tout n’a pas déjà été peint. De nombreux peintres sont les témoins de leur temps, ils traitent de sujets qui n’ont jamais été abordés dans le passé. Et la revue de citer Chéri Samba et son engagement contre le sida en Afrique.
— Oui, on apprend toujours à peindre dans les écoles des beaux-arts. D’ailleurs de grands noms français, comme Jean-Michel Alberola, Sylvie Fanchon, François Boisrond y enseignent.
— Oui, la peinture intéresse toujours les galeristes. Tous les ténors du marché de l’art (Gagosian, Nathalie Obadia, Emmanuel Perrotin, etc) montrent de la peinture, en compagnie évidemment d’installations, de photographies, de vidéos…
— Oui, la peinture intéresse les collectionneurs. Charles Saatchi et François Pinault achètent aussi des toiles, si, si !

Pas sûr que tous les peintres contemporains français soient convaincus de la démonstration. Nombre d’artistes, d’intellectuels (ici et notamment) regrettent le manque de visibilité donnée à la peinture dans les grandes expositions d’art contemporain. Ils aimeraient que les institutions, les pouvoirs publics, les critiques lui accordent plus d’attention. Mais l’intérêt de l’article de Beaux Arts magazine est d’ouvrir le débat, tout en soulignant une réalité. Le cadavre de la peinture bouge encore !

Les peintures iconoclastes de NOEL PERRIER

Voici la deuxième vidéo réalisée par le blog sur un jeune peintre contemporain… Cette fois-ci, Noël Perrier nous dévoile les secrets de son inspiration. L’artiste revendique une figuration prosaïque où les images se télescopent avec humour.

Quel est le point commun entre John Wayne, une nature morte espagnole du XVIIIe siècle, le Dalaï Lama et une bouteille de Perrier ? Et bien, ils sont réunis sans cérémonie par l’artiste Noël Perrier dans des peintures colorées, pétillantes de joie de vivre. « Mes toiles sont des concentrés de citations, nourries par des images issues de la mémoire collective et populaire, d’activités quotidiennes, de souvenirs de séances de cinéma, d’images d’enfance… J’utilise ces signes de reconnaissance, communs à tous, pour les placer dans une nouvelle dramaturgie. » Noël Perrier confronte héros de bandes dessinées et portraits classiques, cowboys mythiques et pin-up de films érotiques, symboles religieux et objets de consommation…  Il joue également sur la dualité des modes de traitement. Certaines zones de ces peintures sont monochromes, d’autres soulignées de traits colorés. La touche peut être précise, parfois, elle n’est que taches abstraites. « La facture de mes toiles est aussi un amalgame : dessin, peinture, aplats colorés, combinant les matières, comme l’acrylique et le pastel gras. Le support utilisé, la toile sur châssis, évoque une histoire de l’art classique, polie, bien élevée et son détournement par la peinture moderne. Il est alors tentant de tromper les attentes de ce qui devrait ou ne devrait pas figurer dans un tableau, se jouant de la dignité de ce support. »

Noël Perrier évoque la confusion du monde actuel, qui mêle sans hiérarchie icônes futiles de la société du spectacle, grandes figures religieuses et références à l’histoire de l’art sur les écrans de nos télévisions, dans les pages des magazines. Le peintre ne souhaite pas forcément dénoncer, il s’amuse avec impertinence de ces amalgames, il célèbre le pouvoir des images à travers les temps. « Je ne cherche pas à formuler un message fermé, défini à l’avance. Il y a une part de hasard, d’inconscient, d’évidence primitive dans ce que je choisis de représenter. (…) Le cinéma ou la musique manient naturellement l’impertinence et le mélange des genres, sans hiérarchie entre eux, j’aimerais en faire autant dans ma peinture. »

Noël Perrier a été sélectionné pour exposer à la manifestation internationale d’art Contemporain Puls’art, du 9 au 12 mai 2013 au Mans.

Il est lauréat du Grand Prix de Peinture 2012 de Saint-Grégoire. À ce titre, il exposera à l’automne 2013 au Centre d’animation de la Forge, 35762 Saint-Grégoire.

Vous pouvez voir d’autres peintures, des lithographies sur son site personnel : http://nono.paint.free.fr/

Et si vous voulez découvrir d’autres vidéos tournées par le blog, c’est ici !

David Hockney troque le pinceau pour l’imprimante

Une vue de l'exposition Drawing in a printing machine, Galerie Lelong, photo VA.

À 75 ans, l’artiste anglais David Hockney jubile toujours autant quand il peint. Et peut-être même davantage aujourd’hui qu’hier. Ce bonheur se devine en regardant ses œuvres. Les couleurs éclatent comme un feu d’artifice. Les jaunes poussin côtoient les verts acides, les bleus lagon font la nique aux roses tendres…  Quelle vitalité, quelle fraîcheur ! C’est avec ce même plaisir enfantin que l’artiste s’empare sans a priori des nouvelles technologies. Depuis plusieurs années, il utilise différents moyens numériques, iPad, iPhone, tablette graphique, photomontage… L’artiste explique ainsi dans un entretien à Télérama en juin 2012 : « Je me suis toujours intéressé aux nouvelles technologies qui permettent la représentation par l’image. Ça a commencé avec les Polaroid, les dessins sur ordinateur, les photocopieuses et les télécopieurs. Aujourd’hui je continue avec l’iPad, qui me permet de travailler sans peinture et sans assistant. Mes mains sont toujours propres, mais je garde ce réflexe de vouloir les essuyer sur ma veste, surtout avant d’utiliser du jaune. »

David Hockney, Matelot Kevin Druez 1, Dessin numérique, impression jet d'encre sur papier, 124,5 x 85 cm, 2009

La galerie Lelong présente jusqu’au 2 mars une série de portraits et des paysages de la campagne anglaise réalisés en partie ou en totalité sur un écran. Ces estampes numériques éditées en tirage limité (entre sept et trente exemplaires) côtoient des gravures « classiques » plus anciennes exposées dans une autre salle de la galerie. « J’avais coutume de penser que l’ordinateur était trop lent pour un dessinateur, souligne David Hockney dans le texte de présentation de l’exposition. Vous terminiez une ligne et l’ordinateur avait 15 secondes de retard, ce qui est une absurdité pour un dessinateur. Mais le matériel s’est amélioré et permet désormais de dessiner en couleurs, très librement et très rapidement. Toute innovation mise à disposition des artistes comporte des avantages et des inconvénients, mais la vitesse et les couleurs aujourd’hui disponibles constituent une nouveauté ; travailler à l’huile ou à l’aquarelle cela prend du temps. »

Peindre sur un écran n’est pas qu’une question de facilité, il permet à l’artiste d’explorer de nouvelles possibilités créatives. David Hockney mêle dans une même œuvre différents types de touches et de tracés, avec des effets de flou caractéristiques des pinceaux virtuels. Il sélectionne dans ses photographies des éléments végétaux qu’il reproduit et détoure pour créer des forêts imaginaires hypnotiques… Si paysage et portrait sont des genres classiques de la peinture, l’œil d’Hockney, son anticonformisme se révèlent terriblement novateurs… Un petit bémol cependant, les œuvres présentées par la Galerie Lelong datent de quelques années, j’aurais aimé découvrir aussi les dernières recherches du peintre…

Infos pratiques :
Exposition « Drawing in a Printing Machine », du 17 janvier au 2 mars 2013, Galerie Lelong, 13 rue de Téhéran, 75008 Paris.

Bilal et les fantômes du Louvre

Un objet hanté et le reflet de son fantôme. Peinture Enki Bilal. Photos VA.

Imaginez. Vous visitez le Louvre, et par une étrange facétie, vous décidez de ne pas vous rendre à la sortie, l’heure de la fin des visites venue. Vous vous laissez enfermer déjouant la vigilance des gardiens. La nuit tombe et bientôt des craquements se font entendre, des lueurs apparaissent ça et là. Les toiles et les sculptures semblent s’animer. Les fantômes du Louvre se réveillent ! Voici l’aventure qui est (presque) arrivée à Enki Bilal, célèbre créateur de bandes dessinées. Il a eu la chance de rencontrer 23 fantômes du Louvre. Il a pu dresser leur portrait et raconter leur histoire dans une exposition présentée jusqu’au 18 mars dans la Salle des Sept-Cheminées du Musée.

Courageux, mais loin d’être téméraire, vous ne souhaitez pas affronter les mystères nocturnes du Louvre et préférez découvrir les œuvres du dessinateur. Comme souvent pour les expositions temporaires du Louvre, il vous faudra avoir une âme d’explorateur pour accéder au lieu-dit. Traversant les longs couloirs de l’aile Sully, vous suivez la signalétique qui vous conduit à un ascenseur près des toilettes. Montée directe au deuxième étage, pas moyen de s’arrêter au premier. Vous redescendez les marches interminables d’un large escalier de pierre, traversez la salle des bronzes antiques, l’antichambre du roi, et vous voilà enfin dans la salle des Sept-Cheminées. Une pièce haute et carrée où il ne reste pas trace visible des cheminées, toutes détruites pendant la Révolution. Peut-être leur fantôme est-il tapi derrière les classiques peintures de l’École française qui ornent les murs ?

La première impression de l’exposition est décevante, les toiles de Bilal semblent perdues dans la très haute salle. Mais un fantôme doit se découvrir. Il ne se laisse pas observer par le premier venu. En s’approchant, les visages se révèlent au visiteur, tel un tirage photographique dans son bain chimique. L’atmosphère fantasmagorique chère à l’auteur de La foire aux immortels distille son poison dans chaque portrait. Glaçant !

Enki Bilal, "Melencolia Hrasny", acrylique et rehauts de pastel sur impression photographique

Pour réaliser cette série de peintures, Enki Bilal a eu la chance de pouvoir arpenter le Musée aux heures de fermeture pendant plusieurs semaines. Il y a pris près de 400 photographies, optant souvent pour un point de vue décalé. Il a sélectionné une vingtaine de clichés qu’il a fait tirer sur toile, en les désaturant légèrement. Sur ces tirages, sans droit à l’erreur, il a peint à l’acrylique avec des rehauts de pastel le portrait du fantôme qui hante l’œuvre ou le lieu photographiés. Ces peintures sont exposées en compagnie d’un long cartel qui décrit la biographie du fantôme. Les destins sont presque toujours tragiques, voire tragicomiques.

Ainsi les jumeaux Regodesebes hantent le portrait de la Comtesse del Carpio peint par Francisco de Goya. La diligence pressée de la belle aristocrate les a fauchés en plein Madrid alors qu’elle se rendait à une séance de pause chez le maître. Quelques mois plus tard, elle serait morte d’un cancer provoqué par le remords. Melencolia Hrasny fut l’amoureuse secrète d’Albrecht Dürer. Ils échappèrent tous les deux à la noyade lorsqu’ils étaient enfants. Adulte, le peintre préféra en épouser une autre. De chagrin, la jeune femme se réfugia dans la solitude. Mais son visage hantera toujours Dürer. Le palefrenier Lantelme Fouache violait sans vergogne sa fille Beatrix. Un jour, elle en a eu assez et tué son père en le poussant de cheval. Le jour de l’enterrement, un jeune peintre, Eugène Delacroix, croise la parricide. Ému par sa douleur, il la croque dans un portrait éploré qui donnera plus tard une huile, « Jeune orpheline au cimetière »… Arrêtez-vous bien pour lire chaque histoire. Les fantômes s’incarnent alors et vous entraînent dans une balade originale à travers les couloirs du Louvre. Vous oubliez le temps qui passe…

Maintenant que vous avez quitté l’exposition, vous êtes devenu un chasseur de fantôme aguerri. Puis-je vous demander quel est votre ectoplasme favori, quelle œuvre hante-t-il ? J’attends vos témoignages avec impatience !

Enki Bilal, "Les jumeaux Regodesebes", acrylique et pastel sur impression photographique.

Informations pratiques
Du 20 décembre 2012 au 18 mars 2013
Aile Sully, 1er étage, salle des Sept-Cheminées
Tous les jours de 9h à 18h, sauf le mardi.
Nocturnes, mercredi et vendredi jusqu’à 21h45.
Accès avec le billet d’entrée au musée : 11 €

Enki Bilal a édité un album « Les fantômes du Louvre » aux Éditions Futuropolis.

La peinture en débat aux Bernardins

Le Collège des Bernardins de nuit (photo VA)

La peinture au XXIe siècle, quel avenir ? La question est directe, la réponse beaucoup moins. Le Collège des Bernardins débattait sur le thème jeudi 6 décembre à l’occasion de l’exposition du peintre Bruno Perramant dans ses murs. C’est une bonne idée que d’organiser une telle discussion. Il n’est pas si fréquent de s’intéresser à la peinture contemporaine, considérée par beaucoup comme un art anachronique. Alain Berland, commissaire de l’exposition, Bruno Perramant, Olivier Kaeppelin, directeur de la fondation Maeght, Emmanuel Van der Meulen, artiste, pensionnaire de l’Académie de France à Rome se collent à l’exercice dans une atmosphère studieuse et beaucoup trop tamisée. Dans cette obscurité (réelle), quelles lumières (figurées) vont-elles jaillir ?

« La peinture a toujours été attaquée, démarre Olivier Kaeppelin dans une longue introduction. De tout temps, il y a eu des gens, comme les Iconoclastes, pour penser que la peinture n’avait pas d’avenir. » Emmanuel Van der Meulen souligne : « La peinture a été un médium central qui a apporté de nombreuses innovations jusqu’à atteindre un point critique. Puis on s’est rendu compte que d’autres histoires étaient possibles. Les artistes ont ouvert eux-mêmes ce champ de l’art. » Et de citer comme exemple les peintres abstraits se tournant vers l’architecture. Cette ouverture vers d’autres moyens d’expression, l’arrivée de nouveaux media ont relégué la peinture au second plan. Bruno Perramant se souvient de ses études dans les années quatre-vingt. La peinture n’était ni enseignée, ni exposée. « C’était Waterloo, morne plaine ! », s’exclame-t-il. Maintenant, il enseigne lui-même un art qu’il a longtemps pensé, de son propre aveu, intransmissible. Il découvre parmi les étudiants une part bien plus importante de femmes. « Elles apporteront sûrement une différence. » L’avenir de la peinture au XXIe siècle serait-il féminin ? Dommage, aucun des contributeurs ne rebondit. Le débat suit son cours tel un fleuve indolent.

Le débat. photo VA.

Il faudra attendre les questions de la salle pour revenir aux raisons de la mise à l’écart des peintres de la scène artistique. Olivier Kaeppelin souligne le processus de « bureau-cratisation de l’art », qui a vu des lauréats de concours remplacer les amateurs d’art passionnés à la tête des administrations culturelles. Avec pour corollaire un certain mépris pour les créateurs. « Aujourd’hui, on ne reconnaît pas les artistes comme les penseurs de leur propre art. Certains s’adressent à eux comme s’ils étaient des illustrateurs. » Un membre du public suggère qu’en France, « il existe un procès à l’encontre de l’individu-auteur, ce qui n’est pas le cas en Angleterre ou en Allemagne. »  Pour preuve, ces pays ont vu émerger des peintres à la stature internationale, comme Lucian Freud et Gerhard Richter, dont la notoriété n’a pas d’égal dans notre pays. Ce à quoi rétorque Alain Berland : « la peinture française n’avait peut-être pas la force de s’imposer dans les années soixante-dix. »

La peinture serait-elle reléguée au Purgatoire des arts contemporains ? Ce serait oublier la dimension religieuse du Collège des Bernardins. Le Salut existe, il se trouve dans l’expérience intime « unique » que vit le regardeur de l’œuvre. « Quand elle est réussie, la peinture est une contre-image, affirme Alain Berland. On passe plus de temps devant une toile que devant une photographie. La peinture conservera toujours son mystère et sa raison d’être. » Pour Olivier Kaeppelin, « l’expérience de la peinture est semblable à l’expérience poétique qui est de l’ordre du trou noir. La peinture nous rend aveugles à tous les acquis, sinon on ne la regarde pas. Cet aveuglement devient un vrai regard, on se demande ce que l’on voit. » Tout cela resterait un peu abstrait si Emmanuel Van der Meulen ne concluait cette discussion par une note personnelle. « Laisser une trace avec de la couleur sur du papier me procure du bonheur. La peinture est une joie ! »

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L’aveuglement selon Perramant

L’exposition « Les aveugles » de Bruno Perramant dans l’ancienne sacristie du Collège des Bernardins évoque notamment la cécité, la difficulté à percevoir. L’artiste a réalisé deux polyptiques verticaux, dont l’un est composé de 32 toiles. La composition répond à l’architecture des lieux, toute en hauteur. Dans un entretien* intéressant paru dans la revue du Collège des Bernardins, le peintre explique notamment quelles étaient les contraintes de l’accrochage. « J’ai beaucoup entendu de la prétendue impossibilité d’exposer de la peinture dans cet espace et donc le défi est d’autant plus intéressant à relever. Je me disais que si, durant la rénovation du bâtiment, on avait découvert des fresques ou simplement des traces de peintures, la question ne se poserait pas. La difficulté consiste aussi à concevoir un projet dont la durée sera brève et éphémère comparée au temps du lieu qui vient quand même interroger cette question du temps et pas seulement de l’espace. Un flirt temporel en quelque sorte (…) Il est rare que l’on soit confronté à une telle verticalité, encadrée de plus par les formes d’ogives, accentuée par les colonnes (…) C’est un espace très haut, mais où l’on entre en descendant. Le centre de gravité est particulièrement placé et le vide en devient impressionnant. Le sol est bas et le ciel est très haut. » C’est peut-être là que réside l’un des enjeux de la peinture contemporaine. Sortir d’un certain conformisme de l’exposition, se confronter à des espaces inhabituels, et inciter ainsi le visiteur à regarder la peinture autrement.

Bruno Perramant, "Composition n°3, Les aveugles" (détail) dans l'ancienne sacristie du Collège des Bernardins. Photo VA.

* Entretien de l’artiste avec Alain Berland paru dans la revue Questions d’artistes n°IV, septembre-décembre 2012, éditée par le Collège des Bernardins.

« Les aveugles », exposition de Bruno Perramant, ancienne sacristie du Collège des Bernardins. Du 8 novembre au 20 janvier 2013, du lundi au samedi de 10 h à 18 h, dimanche et jours fériés de 14 h à 18 h. Entrée libre.