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L’atelier contemporain voit le jour

Une nouvelle revue d’art, ce n’est pas si fréquent. Saluons cette belle initiative ! L’Atelier contemporain établit un pont entre littérature et art actuel. Des textes d’écrivains font ainsi écho à des œuvres de peintres peu médiatisés. La poésie des mots illustre la beauté de la couleur et de la touche. Dans le premier numéro, on peut lire un dossier « Pourquoi écrivez-vous sur l’art », des extraits du carnet de l’artiste Alexandre Hollan, des textes sur la peinture d’Ann Loubert et de Monique Tello.

Cette revue est destinée à paraître deux fois par an, elle coûte 20 euros pour 256 pages et est disponible ici.

Un extrait de L'atelier contemporain
Un extrait de L’atelier contemporain
Un extrait de L'Atelier contemporain
Un autre extrait de L’Atelier contemporain

Bang bang, l’art pour cible !

Cibles anciennes dans le décor du Musée (Photos VA)

Exposition originale au Musée de la Chasse et de la Nature à Paris. Saviez-vous que pendant des siècles, les sociétés de tir européennes ont organisé des concours dont l’enjeu consistait à tirer sur une cible minutieusement décorée ? Après les épreuves, ces cibles peintes criblées de balles étaient souvent offertes en trophées aux vainqueurs de la compétition. Le Musée présente une cinquante de cibles anciennes, principalement conservées dans les musées de Croatie. Elle confronte ces créations de la culture populaire à des œuvres récentes utilisant le motif de la cible ou se référant à l’acte prédateur du tir.

"La récompense", vers 1840, Musée de la Ville de Zagreb. Photo VA

Liée à l’essor des villes, la pratique du tir sur cible peinte se développe en Europe occidentale dès la fin du Moyen-Âge. Elle s’éteint en France à la Révolution avec l’interdiction des corporations, mais se poursuit dans les territoires de cultures germaniques comme la Croatie jusqu’à une période proche. Ces cibles d’honneur sont décorées d’une grande variété de motifs et sujets polychromes par des artistes anonymes. Scènes de genre ou d’histoire, figures allégoriques, mythologiques ou héraldiques sont accompagnées de légendes ou d’inscriptions parfois ambivalentes. Les peintres de cible ne manquent pas d’humour. Ils proposent aux tireurs d’exercer leur talent sur des paysages idylliques, voire de transgresser les tabous en tirant sur des chambres d’enfants ou les propres membres de la confrérie.

Marija Ujevic Galetovic, "Target" (détail), 1979, Musée d'art contemporain de Zagreb (photo VA)

Les œuvres contemporaines exposées dans le musée témoignent de la vitalité du thème du tir dans la création actuelle. Les plus emblématiques sont deux peintures de Niki de Saint-Phalle, Portrait of my lover et Tir, où l’artiste exprime sa révolte contre un père incestueux. Ces œuvres ont pris forme dans un happening violent et joyeux, après que les spectateurs aient tiré à la carabine ou aux fléchettes sur elles. L’artiste confiait ainsi : « C’était une sensation étonnante de tirer sur un tableau et de voir comment il se transformait lui-même en un nouveau tableau. C’était excitant et sexy, mais tragique en même temps, car nous devenions, dans le même moment, les témoins d’une naissance et d’une mort. »

Exposition « Cibles » jusqu’au 31 mars 2013, Musée de la Chasse et de la Nature, 62, rue des Archives, 75003 Paris. Ouvert de 11 h 00 à 18 h 00 tous les jours sauf les lundis et jours fériés. Nocturnes les mercredis jusqu’à 21 h 30.

Bahram Hajou ou la solitude des amants

Une galerie rue Visconti à Paris. Un brin de poésie. Et de tragédie aussi. Sur une fine toile de lin écrue, des silhouettes suggérées par quelques traits de peinture noire et tachées de couleurs vives. Les visages, stylisés, ressemblent à celui de l’artiste, Bahram Hajou, peintre kurde né en Syrie, vivant en Allemagne. Mais derrière l’apparente simplicité des autoportraits, la légèreté gracieuse, l’artiste nous livre une vision critique de l’humanité. Peur, doute, incompréhension… Les regards interrogent frontalement le spectateur le plaçant face à ses propres détresses. La solitude joue en sourdine dans les corps-à-corps, les sexes opposés ne se rejoignent jamais. Le désir brûle les chairs et les âmes d’un feu sans rémission. Le constat pourrait être terrible. Mais Bahram Hajou possède l’élégance des poètes. Il fuit le mélodrame. Il évoque, questionne, interloque et se moque !

Bahram Hajou, La ronde spéculative, huile sur toile, 260 x 180 cm

L’exposition des peintures de Bahram Hajou a lieu à la Galerie GNG, 3 rue Visconti à Paris, du 12 février au 23 mars 2013.

Beaux Arts et peinture contemporaine

Dans son dernier numéro, Beaux Arts magazine se penche sur l’état de santé de la peinture contemporaine en examinant vingt idées reçues. Son diagnostic redonnera du baume au cœur aux damnés du pinceau. Le malade — en l’occurrence la peinture — ne semble pas condamné ! Voici quelques-uns des arguments de la revue prouvant la vitalité d’une technique qui n’est plus la reine d’autrefois, mais qui tient bien encore son rang.


— Non, la peinture n’est pas morte. « L’évidence est là : l’expression picturale est portée par quantité de formidables artistes à travers le monde », écrivent les auteurs de l’article. Par exemple, Anselm Kiefer, David Hockney, Pierre Soulages, Peter Doig, Marlene Dumas, Elizabeth Peyton…
— Non, tout n’a pas déjà été peint. De nombreux peintres sont les témoins de leur temps, ils traitent de sujets qui n’ont jamais été abordés dans le passé. Et la revue de citer Chéri Samba et son engagement contre le sida en Afrique.
— Oui, on apprend toujours à peindre dans les écoles des beaux-arts. D’ailleurs de grands noms français, comme Jean-Michel Alberola, Sylvie Fanchon, François Boisrond y enseignent.
— Oui, la peinture intéresse toujours les galeristes. Tous les ténors du marché de l’art (Gagosian, Nathalie Obadia, Emmanuel Perrotin, etc) montrent de la peinture, en compagnie évidemment d’installations, de photographies, de vidéos…
— Oui, la peinture intéresse les collectionneurs. Charles Saatchi et François Pinault achètent aussi des toiles, si, si !

Pas sûr que tous les peintres contemporains français soient convaincus de la démonstration. Nombre d’artistes, d’intellectuels (ici et notamment) regrettent le manque de visibilité donnée à la peinture dans les grandes expositions d’art contemporain. Ils aimeraient que les institutions, les pouvoirs publics, les critiques lui accordent plus d’attention. Mais l’intérêt de l’article de Beaux Arts magazine est d’ouvrir le débat, tout en soulignant une réalité. Le cadavre de la peinture bouge encore !

Les peintures iconoclastes de NOEL PERRIER

Voici la deuxième vidéo réalisée par le blog sur un jeune peintre contemporain… Cette fois-ci, Noël Perrier nous dévoile les secrets de son inspiration. L’artiste revendique une figuration prosaïque où les images se télescopent avec humour.

Quel est le point commun entre John Wayne, une nature morte espagnole du XVIIIe siècle, le Dalaï Lama et une bouteille de Perrier ? Et bien, ils sont réunis sans cérémonie par l’artiste Noël Perrier dans des peintures colorées, pétillantes de joie de vivre. « Mes toiles sont des concentrés de citations, nourries par des images issues de la mémoire collective et populaire, d’activités quotidiennes, de souvenirs de séances de cinéma, d’images d’enfance… J’utilise ces signes de reconnaissance, communs à tous, pour les placer dans une nouvelle dramaturgie. » Noël Perrier confronte héros de bandes dessinées et portraits classiques, cowboys mythiques et pin-up de films érotiques, symboles religieux et objets de consommation…  Il joue également sur la dualité des modes de traitement. Certaines zones de ces peintures sont monochromes, d’autres soulignées de traits colorés. La touche peut être précise, parfois, elle n’est que taches abstraites. « La facture de mes toiles est aussi un amalgame : dessin, peinture, aplats colorés, combinant les matières, comme l’acrylique et le pastel gras. Le support utilisé, la toile sur châssis, évoque une histoire de l’art classique, polie, bien élevée et son détournement par la peinture moderne. Il est alors tentant de tromper les attentes de ce qui devrait ou ne devrait pas figurer dans un tableau, se jouant de la dignité de ce support. »

Noël Perrier évoque la confusion du monde actuel, qui mêle sans hiérarchie icônes futiles de la société du spectacle, grandes figures religieuses et références à l’histoire de l’art sur les écrans de nos télévisions, dans les pages des magazines. Le peintre ne souhaite pas forcément dénoncer, il s’amuse avec impertinence de ces amalgames, il célèbre le pouvoir des images à travers les temps. « Je ne cherche pas à formuler un message fermé, défini à l’avance. Il y a une part de hasard, d’inconscient, d’évidence primitive dans ce que je choisis de représenter. (…) Le cinéma ou la musique manient naturellement l’impertinence et le mélange des genres, sans hiérarchie entre eux, j’aimerais en faire autant dans ma peinture. »

Noël Perrier a été sélectionné pour exposer à la manifestation internationale d’art Contemporain Puls’art, du 9 au 12 mai 2013 au Mans.

Il est lauréat du Grand Prix de Peinture 2012 de Saint-Grégoire. À ce titre, il exposera à l’automne 2013 au Centre d’animation de la Forge, 35762 Saint-Grégoire.

Vous pouvez voir d’autres peintures, des lithographies sur son site personnel : http://nono.paint.free.fr/

Et si vous voulez découvrir d’autres vidéos tournées par le blog, c’est ici !

David Hockney troque le pinceau pour l’imprimante

Une vue de l'exposition Drawing in a printing machine, Galerie Lelong, photo VA.

À 75 ans, l’artiste anglais David Hockney jubile toujours autant quand il peint. Et peut-être même davantage aujourd’hui qu’hier. Ce bonheur se devine en regardant ses œuvres. Les couleurs éclatent comme un feu d’artifice. Les jaunes poussin côtoient les verts acides, les bleus lagon font la nique aux roses tendres…  Quelle vitalité, quelle fraîcheur ! C’est avec ce même plaisir enfantin que l’artiste s’empare sans a priori des nouvelles technologies. Depuis plusieurs années, il utilise différents moyens numériques, iPad, iPhone, tablette graphique, photomontage… L’artiste explique ainsi dans un entretien à Télérama en juin 2012 : « Je me suis toujours intéressé aux nouvelles technologies qui permettent la représentation par l’image. Ça a commencé avec les Polaroid, les dessins sur ordinateur, les photocopieuses et les télécopieurs. Aujourd’hui je continue avec l’iPad, qui me permet de travailler sans peinture et sans assistant. Mes mains sont toujours propres, mais je garde ce réflexe de vouloir les essuyer sur ma veste, surtout avant d’utiliser du jaune. »

David Hockney, Matelot Kevin Druez 1, Dessin numérique, impression jet d'encre sur papier, 124,5 x 85 cm, 2009

La galerie Lelong présente jusqu’au 2 mars une série de portraits et des paysages de la campagne anglaise réalisés en partie ou en totalité sur un écran. Ces estampes numériques éditées en tirage limité (entre sept et trente exemplaires) côtoient des gravures « classiques » plus anciennes exposées dans une autre salle de la galerie. « J’avais coutume de penser que l’ordinateur était trop lent pour un dessinateur, souligne David Hockney dans le texte de présentation de l’exposition. Vous terminiez une ligne et l’ordinateur avait 15 secondes de retard, ce qui est une absurdité pour un dessinateur. Mais le matériel s’est amélioré et permet désormais de dessiner en couleurs, très librement et très rapidement. Toute innovation mise à disposition des artistes comporte des avantages et des inconvénients, mais la vitesse et les couleurs aujourd’hui disponibles constituent une nouveauté ; travailler à l’huile ou à l’aquarelle cela prend du temps. »

Peindre sur un écran n’est pas qu’une question de facilité, il permet à l’artiste d’explorer de nouvelles possibilités créatives. David Hockney mêle dans une même œuvre différents types de touches et de tracés, avec des effets de flou caractéristiques des pinceaux virtuels. Il sélectionne dans ses photographies des éléments végétaux qu’il reproduit et détoure pour créer des forêts imaginaires hypnotiques… Si paysage et portrait sont des genres classiques de la peinture, l’œil d’Hockney, son anticonformisme se révèlent terriblement novateurs… Un petit bémol cependant, les œuvres présentées par la Galerie Lelong datent de quelques années, j’aurais aimé découvrir aussi les dernières recherches du peintre…

Infos pratiques :
Exposition « Drawing in a Printing Machine », du 17 janvier au 2 mars 2013, Galerie Lelong, 13 rue de Téhéran, 75008 Paris.