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Hockney et son I-pad

Derniers jours pour voir l’exposition des peintures numériques du grand peintre anglais David Hockney à la galerie Lelong à Paris. Il y a deux ans la galerie avait exposé des portraits et des paysages, cette fois ce sont uniquement des paysages, réalisés à la même période (2011).

Voir l’article publié par le blog sur la précédente expo Hockney chez Lelong.

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L’expo :

David Hockney, « The Arrival of Spring », Galerie Lelong, Paris, jusqu’au 24 juillet 2015.

aurore pallet

L’œuvre au noir d’Aurore Pallet

Un alignement de petites peintures sur bois de format identique. Sous les spots de la galerie, leur surface vernie réfléchit des brumes blanchâtres. Mais si le visiteur se déplace et se rapproche, le reflet éblouissant disparaît, le gris scintillant fait place au noir. On découvre alors des paysages monochromes. Ceux-ci semblent surgir des ténèbres nocturnes, à peine éclairés par une lune lointaine et invisible. L’auteur de ces petites peintures est Aurore Pallet (née en 1982). Pour sa deuxième exposition à la galerie Isabelle Gounod, elle invite le visiteur à un voyage où chaque tableau constitue une étape dans des lieux symboliques ; la montagne, le rivage, l’île, le ciel. À travers ces paysages, l’artiste poursuit sa réflexion autour d’une thématique qui lui est chère, celle de « l’esprit des lieux.  » Elle confie ces quelques clefs sur sa peinture : « J’ai voulu traverser un espace. Cet espace n’est pas celui d’une réflexion ; c’était celui, immersif, du mouvement aléatoire des images mentales. Comme lorsque dans le train, le paysage qui défile sous nos yeux se transforme et disparaît pour laisser place à un flux incontrôlé de pensées flottantes. Il s’agit donc de paysages. En noir et blanc le plus souvent, à peine colorés parfois ; des rivages et des fonds sous-marins, des lignes d’horizons, les éléments d’une végétation plus ou moins envahissante, des îles… Ces peintures sont pour moi des lieux. Comme tout lieu, elles sont aussi un espace intérieur. Leur réalité importe peu. Il faut y avancer lentement, ne rien attendre, s’ancrer contre tout discours. »

aurore pallet
Aurore Pallet, Les annonces fossiles 6, 2014, huile sur bois, 17 x 25 cm.

L’expo :

Aurore Pallet « Les Annonces Fossiles », du 7 février au 28 mars 2015 (fermeture exceptionnelle de la galerie du 05/03 au 12/03 inclus) Galerie Isabelle Gounod, 13, rue Chapon 75003 Paris.

Œuvre en-tête :

Aurore Pallet, Les annonces fossiles 20, 2014, huile sur bois, 17 x 25 cm (détail)

Œuvres en genèse

Richard Laillier
Richard Laillier, Scène de chasse XXV, 2013. Pierre noire, 40 x 50 cm.

Une vingtaine de peintres et de sculpteurs sont réunis autour du thème de la Genèse à la Fondation Taylor à Paris. L’ensemble est dense, parfois un peu hétéroclite. Mais l’exposition réserve de nombreuses pépites pour l’amateur d’art. Ne serait-ce que par la présence d’artistes de renommée internationale, tels Zao Wou Ki, Piotr Mondrian, Olivier Debré… Mais parmi les artistes émergents ou un peu moins célèbres que les noms illustres précédemment cités, les belles rencontres foisonnent. Les chiens solitaires de Jean-Pierre Ruel aboient avec les ombres noires de Richard Laillier. Les nuages d’acier d’Anne Laval semblent s’être échappés d’un paysage crépusculaire de Jérôme Delépine. Cet artiste est le vice-président de l’association Rémanence organisatrice de l’exposition. Il répond  aux questions du blog sur la genèse de l’événement.

Cimaises-le blog : Pourquoi avez-vous créé l’association Rémanence en 2012 ?

Jérôme Delépine :  L’association Rémanence s’est fixé de nombreuses missions. L’organisation d’expositions d’art contemporain de qualité présentant à la fois des artistes reconnus et des artistes émergents de la scène française et internationale. L’édition de livres et de catalogues relatant les expositions et ouvrant le champ d’investigations liées à leurs thèmes. L’organisation d’ateliers-débats, de conférences et d’actions pédagogiques, notamment des visites pour les scolaires. La collaboration avec des galeries et d’autres lieux d’expositions, centres d’art, musées, etc. 

Pourquoi ce thème de la Genèse ?

Le premier projet de Rémanence était de monter une exposition sur l’humain, un thème important du travail des artistes que nous aimons. La thématique est si vaste que nous avons décidé de la traiter sur trois années d’expositions, en trois volets dont le premier est naturellement  « Genèse », de l’aube du monde à l’aube de l’humanité. Parce que notre volonté est de se faire croiser plusieurs disciplines sur nos projets et de donner du fond à notre propos, nous avons édité un livre sur le projet. L’aube du monde y est évoquée par l’Enuma Elish, texte fondateur du mythe babylonien de la création, vers 1100 avant Jésus-Christ. Un texte dont découlent nombre de mythes et croyances de l’Humanité. L’aube de l’humanité y est décrite par Brigitte et Gilles Delluc, docteurs en préhistoire qui nous donnent des pistes de réflexion sur la motivation des artistes paléolithiques. Cette réflexion nous tend un miroir sur nos propres réflexions d’artistes contemporains.

Delépine
Jérôme Delépine, La Roche Guyon, 2011. Huile sur toile 97 x 162 cm.

Qu’évoque pour vous la Genèse en tant qu’artiste ?

Je ne prends pas la thématique de la Genèse sous son acceptation religieuse. Un journaliste a décrit mon propre travail par une forme de mysticisme athée. Je suis habitué à cette forme d’oxymore stylistique… Je comprends que la peinture contemplative puisse provoquer un sentiment « d’élévation » pour le regardeur. De même que l’écoute d’une cantate de Bach, la visite de la cathédrale de Beauvais, celle d’une grotte ornée ou la contemplation d’une cascade de montagne peut provoquer un haut sentiment d’élévation, que l’on soit croyant ou non. La « création » est un vocable très employé pour décrire le travail d’un artiste. Il faut bien admettre que devant la toile, nous sommes notre premier spectateur, que quelque chose nous échappe et semble prendre vie sous notre main. La Genèse d’une œuvre en cours.

Jean-Pierre Ruel
Jean-Pierre Ruel, Sans titre, 2013. Huile sur toile 40 x 50 cm.

Comment avez-vous réuni les artistes de cette exposition ?

Nous nous sommes retrouvés par affinité picturale, par admiration de la recherche de l’autre, par l’envie d’exposer ensemble, de confronter nos travaux. Mais Rémanence n’est pas une énième chapelle, nous désirons aussi montrer au public une diversité de médiums, de la peinture à la photo, de la sculpture à l’installation. Nous étonner nous-mêmes sera le plus sûr moyen d’étonner et d’intéresser notre public.

Nous avons l’honneur de défendre de beaux artistes dont certains ne sont représentés nulle part. Nous avons contribué à faire remarquer des artistes auprès de professionnels : nous continuerons en ce sens. Il y a très peu de place en France, entre les lois cyniques du  marché de l’art, des galeries et lieux institutionnels, des DRAC, pour les artistes que nous défendons. C’est aussi pour cela qu’il faut soutenir des associations comme Rémanence.  Il y aurait tant à faire ou à refaire. Mais pour cela, c’est une autre histoire de la Genèse à inventer.

Comment ont été sélectionnées les œuvres présentées ?

Une commission d’exposition se charge du choix des œuvres, ainsi que nombre de textes et la maquette du livre. Cette année, cette commission était assurée par Jean-Daniel Mohier, collectionneur.

Quels sont vos prochains projets ?

L’exposition Genèse sera présentée dans une scénographie très différente à la Galerie d’art contemporain d’Auvers-sur-Oise, de fin septembre à fin octobre, puis de fin octobre à fin novembre 2014. Nous scindons l’exposition parisienne en deux pour créer plus de respiration entre chaque monde pictural, et accueillons deux sculpteurs supplémentaires. Le projet Humanité prendra la suite de Genèse en 2015 à Paris. Nous cherchons encore un lieu pour recevoir ce projet, mais nous avons déjà de très beaux artistes et quelques surprises de taille pour ce deuxième volet. De nombreux autres projets sont dans les cartons, pour des collectifs de 3 à 20 artistes, toujours sur des thématiques précises. Nous ne sommes pas à priori en recherche d’artistes, nous sommes surtout en recherche de lieux et de commissaires d’expositions pour assurer certains projets et élargir les champs d’action de Rémanence.

En savoir plus :

Exposition « Genèse, de l’aube du monde à l’aube de l’humanité », jusqu’au 1er mars 2014. Fondation Taylor, 1 rue La Bruyère, 75009 Paris. Galerie  ouverte du mardi au samedi de 14h à 20h

Photo en-tête : Une vue de l’exposition Genèse. Sculpture d’Anne Laval, Sans titre, 2013 Laine d’acier et fil de cupron (cuivre et nickel). 160 x 15 x 100 cm.

 

Vincent Bioulès au bout du paysage

La Galerie Vieille du Temple présente pour la deuxième fois une exposition personnelle des peintures récentes de Vincent Bioulès. Après avoir été dans sa jeunesse un des membres fondateurs du mouvement Supports/Surfaces, l’artiste s’est tourné avec résolution vers la figuration. Depuis près de quarante ans, il interroge la question de la représentation et revisite les différents genres de la peinture, avec une prédilection pour le paysage. Vincent Bioulès aime peindre des lieux familiers qu’il se réapproprie dans un langage graphique ambitieux et inventif. Ombres puissantes contre aplats vibrants, couleurs éclatantes contre tons rompus, les peintures exposées à la Galerie imprègnent le regard du spectateur d’une marque indélébile. Les œuvres dégagent une force, une intensité que le motif réel ne possède pas toujours.

[INTERVIEW]

« La référence à la nature est plus précieuse que jamais. »

Cimaises le blog : Quel est le fil rouge de cette exposition ?
Vincent Bioulès : Le fil rouge est ma fidélité au paysage, celui de mon pays : le Languedoc où j’ai appris à regarder. Le Languedoc méditerranéen, celui de la lagune et du Pic Saint Loup, La Lozère qui est la partie sauvage et montagnarde, le pays des « Gavachs* » où nous avons passé de longues vacances avec nos enfants de 1967 à 1988. Le choix des tableaux repose entièrement sur le travail accompli pendant ces deux dernières années.

Les petites toiles ont une facture assez différente des grandes toiles peintes à l’atelier. Leur touche est plus riche en matière, plus ronde. Pourquoi cette particularité ?
Mes petits tableaux que je qualifie de « sauvages » sont exécutés sur le motif. La règle du jeu est la suivante : peindre vite, en faire plusieurs à la suite, trois, quatre, cinq… Et une fois revenu à l’atelier, ne pas les retoucher. Ils constituent ainsi une sorte de transfusion de sang directement puisé sur la nature.

Quels sont les enjeux du « paysage » dans la peinture contemporaine ?
Les interdits qui furent ceux de ma jeunesse et de ma génération se sont dissipés. Le champ est à nouveau dégagé. Le monde change. Il s’agit même d’une vraie mutation. Je crois que la référence à la nature est plus que nécessaire, plus précieuse que jamais.

*Le terme Gavach possède plusieurs significations, il désigne en occitan les habitants des montagnes.

Exposition Vincent Bioulès du 30 mai au 13 juillet 2013, Galerie Vieille du Temple, 23 rue Vieille du Temple 75004 Paris.

Vincent Bioulès, Laubert, huile sur toile, 81x100cm, 2012-2013. Courtesy Galerie Vieille du Temple.
Vincent Bioulès, Laubert, huile sur toile, 81x100cm, 2012-2013. Courtesy Galerie Vieille du Temple.
Trois petits formats peints sur le motif (14 x 18 cm et 12 x18 cm)
Trois petits formats peints sur le motif (14 x 18 cm et 12 x18 cm). Photo VA.

 

David Hockney troque le pinceau pour l’imprimante

Une vue de l'exposition Drawing in a printing machine, Galerie Lelong, photo VA.

À 75 ans, l’artiste anglais David Hockney jubile toujours autant quand il peint. Et peut-être même davantage aujourd’hui qu’hier. Ce bonheur se devine en regardant ses œuvres. Les couleurs éclatent comme un feu d’artifice. Les jaunes poussin côtoient les verts acides, les bleus lagon font la nique aux roses tendres…  Quelle vitalité, quelle fraîcheur ! C’est avec ce même plaisir enfantin que l’artiste s’empare sans a priori des nouvelles technologies. Depuis plusieurs années, il utilise différents moyens numériques, iPad, iPhone, tablette graphique, photomontage… L’artiste explique ainsi dans un entretien à Télérama en juin 2012 : « Je me suis toujours intéressé aux nouvelles technologies qui permettent la représentation par l’image. Ça a commencé avec les Polaroid, les dessins sur ordinateur, les photocopieuses et les télécopieurs. Aujourd’hui je continue avec l’iPad, qui me permet de travailler sans peinture et sans assistant. Mes mains sont toujours propres, mais je garde ce réflexe de vouloir les essuyer sur ma veste, surtout avant d’utiliser du jaune. »

David Hockney, Matelot Kevin Druez 1, Dessin numérique, impression jet d'encre sur papier, 124,5 x 85 cm, 2009

La galerie Lelong présente jusqu’au 2 mars une série de portraits et des paysages de la campagne anglaise réalisés en partie ou en totalité sur un écran. Ces estampes numériques éditées en tirage limité (entre sept et trente exemplaires) côtoient des gravures « classiques » plus anciennes exposées dans une autre salle de la galerie. « J’avais coutume de penser que l’ordinateur était trop lent pour un dessinateur, souligne David Hockney dans le texte de présentation de l’exposition. Vous terminiez une ligne et l’ordinateur avait 15 secondes de retard, ce qui est une absurdité pour un dessinateur. Mais le matériel s’est amélioré et permet désormais de dessiner en couleurs, très librement et très rapidement. Toute innovation mise à disposition des artistes comporte des avantages et des inconvénients, mais la vitesse et les couleurs aujourd’hui disponibles constituent une nouveauté ; travailler à l’huile ou à l’aquarelle cela prend du temps. »

Peindre sur un écran n’est pas qu’une question de facilité, il permet à l’artiste d’explorer de nouvelles possibilités créatives. David Hockney mêle dans une même œuvre différents types de touches et de tracés, avec des effets de flou caractéristiques des pinceaux virtuels. Il sélectionne dans ses photographies des éléments végétaux qu’il reproduit et détoure pour créer des forêts imaginaires hypnotiques… Si paysage et portrait sont des genres classiques de la peinture, l’œil d’Hockney, son anticonformisme se révèlent terriblement novateurs… Un petit bémol cependant, les œuvres présentées par la Galerie Lelong datent de quelques années, j’aurais aimé découvrir aussi les dernières recherches du peintre…

Infos pratiques :
Exposition « Drawing in a Printing Machine », du 17 janvier au 2 mars 2013, Galerie Lelong, 13 rue de Téhéran, 75008 Paris.