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Les migrations d’Emma Malig

Derniers jours pour admirer l’installation d’Emma Malig à la Maison de l’Amérique latine à Paris.

Poète, géographe et voyageuse. Emma Malig est née au Chili, elle travaille en France. Depuis quelques années, elle imagine des globes en volume et en mouvement évoquant avec poésie les migrations humaines et animales. Elle présente à Paris une nouvelle création : une sphère mobile réalisée avec des cordes de piano et des fragments de papier, finement travaillés avec des pigments et des impressions lithographiques. Par des effets d’éclairage, un ballet d’ombres fait contraste avec les éclats de lumière. L’artiste reprend ainsi ses thèmes privilégiés : l’œuvre allie pour les opposer les sombres désastres des exodes humains, anonymes et meurtriers, sur terre et sur mer, et le côté solaire des vols migrateurs, libres en plein ciel, au gré du rythme des saisons.

« Nord-Est
130° au Sud
Les étoiles guident le clair-obscur des migrants

Les vents, entre deux bleus
deux traversées

La mer, un drapé de dentelles

Un oiseau rapide, argenté
Reflété par les eaux
vole des jours et des nuits
sans repos
jusqu’au bout du monde. »

Emma Malig

POUR EN SAVOIR PLUS :

Installation d’Emma Malig jusqu’au 13 janvier 2015 à la Maison d’Amérique Latine. Du lundi au vendredi, de 10h à 20h, le samedi de 14h à 18h, accès libre

le site de l’artiste : http://emmamalig.free.fr/

 

barter chen zhen

Promenade dans les galeries parisiennes avec le club Barter

Franchir la porte d’une galerie d’art, affronter son univers feutré sans en connaître toujours les codes est souvent très intimidant. Mais le Barter Art Club, un nouveau service de conciergerie d’art, aide à briser la glace. Il souhaite offrir à ses membres « une nouvelle expérience de l’art » plus chaleureuse, avec au programme, visites d’expositions en petit groupe, soirées privées dans des galeries, sélection d’œuvres proposées à la vente que l’acheteur peut « tester » pendant plusieurs semaines.

Toilettes chinoises de Chen Zhen

barter chen zhen
Chen Zhen, “Round Table – Side by Side”, 1997. Bois, métal, chaises, 180 x 630 x 450 cm. Photo VA.

Un samedi d’avril, je suis conviée à participer à une visite organisée par le Barter club dans les galeries du Marais à Paris. Élodie Le Dan est notre guide. Issue d’une famille de collectionneurs, la jeune femme a notamment travaillé durant quatre ans au département des estampes de la célèbre maison de vente Christie’ s à Paris. « Pour notre parcours, j’ai sélectionné quatre galeries très différentes, explique-t-elle, certaines fort célèbres, d’autres émergentes sur le marché de l’art. » La visite commence par la galerie Perrotin, créée il y a vingt-cinq ans par Emmanuel Perrotin, un galeriste atypique qui a révélé en France des artistes comme Maurizio Cattelan ou Takashi Murakami. La galerie accueille sur ses deux niveaux une exposition rétrospective du Chinois Chen Zhen, décédé en 2000. On peut découvrir une vingtaine d’installations majeures et une œuvre imaginée par Chen Zhen en 1996, réalisée après sa disparition, « Le bureau de change ». Dans des toilettes publiques en bois grandeur nature, un panneau Banque de Chine est placardé sur les murs. Les espaces des hommes et des femmes communiquent en toute transparence. Dans les rigoles, des centaines de pièces de monnaie brillent dans l’eau. Celui qui voudra les récupérer se salira les mains. Question des membres du parcours : qui peut bien acheter une telle œuvre monumentale ? L’une des salariées de la galerie nous confie qu’il s’agit d’institutionnels ou d’importants collectionneurs privés. Il faut dire que les prix ne sont pas vraiment abordables. « Round Table — Side by Side », l’une des installations de l’exposition, composée de deux grandes tables dans lesquelles sont imbriquées des chaises chinoises et occidentales, est proposée à 1,5 million d’euros ! Mais oublions ces considérations commerciales pour mieux regarder les œuvres. Contrairement à nombre d’installations contemporaines, les créations de Chen Zhen ont une force intemporelle, car elles évoquent des thématiques sociales, économiques toujours actuelles ou font appel à l’émotion. La plupart sont empreintes du choc des cultures éprouvé par l’artiste à son arrivée en France en 1986. D’autres dénoncent la course de la société chinoise vers l’économie de marché. Enfin, quelques œuvres font référence à l’histoire intime de l’artiste. Atteint d’une maladie irréversible déclarée dès la fin des années 80, Chen Zhen interroge la question de la maladie et de la médecine, en restant toujours pudique.

Tags à l’huile de JonOne

Peinture de JonOne à la galerie Rabouan Moussion
Peinture de JonOne à la galerie Rabouan Moussion. Photo VA.

Quelques rues plus loin à la galerie Rabouan Moussion, nous découvrons un tout autre univers : le street art de l’artiste américain JonOne. Pour la première fois, JonOne présente des œuvres sur toile peinte à l’huile, un médium à l’opposé des techniques habituelles des tagueurs, qui préfèrent l’acrylique en aérosol pour sa rapidité de séchage. « Aujourd’hui, le street art est devenu un art reconnu que l’on accroche dans son salon, souligne Élodie Le Dan, il connaît une forme d’embourgeoisement. Les artistes passent de la rue aux cimaises des galeries. » L’une des caractéristiques de l’art de JonOne est une déclinaison de sa signature sur toute la surface de la toile, en une calligraphie joyeuse et colorée. Dans son dossier de presse, l’artiste confie : « Je ne vois plus le tag, il va vers de la pure abstraction. Il a été mon ticket d’entrée vers la peinture à l’huile, et maintenant ma signature devient quelque chose de purement gestuel. » Dans ses derniers travaux, JonOne expérimente le jeu des matières avec du sable et de la colle, qui lui donnent une belle surface accidentée, invitation à la caresse. Le passage du mur à la toile est une réussite. Question prix, les peintures vont de 4 800 euros à 50 000 euros. Et pour les amateurs fauchés, la galerie propose des petites œuvres uniques encadrées à 300 euros.

L’œuvre au noir d’Audrey Casalis

barter audrey casalis
Audrey Casalis, Série Insomnie, sans titre 1, 2013, Pierre noire sur papier, 35 x 27 cm.

Après cette visite, nous nous rendons à la Galerie Particulière, située dans un grand loft immaculé à l’éclairage zénithal. Avec une certaine audace, la galerie a choisi de miser sur une inconnue. Elle offre sa première exposition à une jeune artiste fraîchement diplômée de l’École nationale supérieure des arts décoratifs, Audrey Casalis. « L’artiste nous a envoyé un dossier par mail, explique Audrey Bazin, l’une des responsables des lieux. Nous recevons beaucoup de candidatures, mais je prends toujours le temps de les regarder. J’ai été séduite par son travail déjà très professionnel. À chaque fois que j’y revenais, j’avais le même sentiment. Nous avons donc décidé de lui donner sa chance. » Le dossier que l’artiste avait présenté était constitué de gravures miniatures, mais pour l’exposition, la galerie lui a demandé de réaliser des dessins dans le même esprit. Audrey Casalis a relevé le défi : elle a dessiné 70 œuvres en deux mois et demi, employant une technique ancienne, la pierre noire, qui lui a permis d’obtenir un beau noir opaque et velouté. Le fil conducteur de l’exposition est l’insomnie, avec ses solitudes, ses abandons, ses monstres nocturnes qui guettent. L’événement est un succès puisque de nombreux points rouges (ou plutôt noirs) accompagnent les œuvres. Pour acheter un dessin de cette jeune artiste à suivre, il faut débourser 600 euros.

Les guerriers de Kouka

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Kouka, Pigmée dans la ville, 2014, 116 x 89 cm, acrylique et aérosol sur toile.

Nous terminons notre parcours par la galerie Taglialatella. Située à quelques pas du Carreau du Temple, dans une rue étroite, cette toute jeune galerie est spécialisée dans le Pop art et dispose d’un fonds de 500 œuvres issues de ce courant. Nadège Buffe, créatrice des lieux, nous accueille. « Nous organisons pour la première fois une exposition de Street art. Les deux mouvements ne sont pas si éloignés. Le Street art se veut un art éphémère, mais il a pour ambition d’être vu par le plus grand nombre. Il s’inscrit ainsi comme un art populaire et se rapproche à juste titre du Pop Art. » Accroché sur les murs de la petite galerie, des sérigraphies et lithographies des grands noms de l’art urbain : Bansky, Brainwash, Basquiat… Dans une salle de l’autre côté de la rue, le travail du street artiste contemporain Kouka est mis à l’honneur. « Kouka peint des guerriers Bantus sur les murs des villes. Ce guerrier symbolise l’homme au plus près de la nature, il représente l’essence de l’homme. Il rappelle que l’espace public, comme le monde, n’appartient à personne. » Comme JonOne, l’artiste est passé du mur à la toile pour peindre son thème de prédilection. Personnellement, je trouve qu’en changeant d’échelle et de support, le guerrier bantu perd un peu de sa force, de sa révolte…

Les guerriers de Kouka sonnent la fin de la visite. Notre balade a duré deux heures. Les échanges entre participants ont été intéressants et variés, notre guide d’une bonne humeur communicative. Il a été agréable de se laisser piloter, de confronter avec d’autres amateurs ses expériences de l’art contemporain, de pouvoir poser de nombreuses questions aux galeristes… Bref, ce fut un moment sympathique et enrichissant.

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Barter, kesako ?

Barter a été créé en 2012 par Philippe Lamy, ancien banquier. Peu familier avec le marché de l’art, il était perdu face à l’étendue de l’offre. Il a également fait le constat de la difficulté des galeries à toucher de nouveaux acheteurs. Il a donc décidé de créer un club privé haut de gamme pour faciliter la relation entre amateurs d’art et galeristes. Le public visé : avocats, chefs d’entreprise, consultants, architectes, professionnels des médias et de la finance… Pour entrer dans le club, l’abonnement de base est de 250 euros par an, sans compter la participation aux événements.

Pour en savoir plus : www.barter-paris.com

Le blog Culturez-vous était aussi présent pendant la visite, lisez ici son compte-rendu.

Image en-tête :  détail de l’installation « Zen garden » de Chen Zhen à la galerie Perrotin. Photo VA.

 

 

 

 

Match Anselm Kiefer : Ropac 2 — 0 Gagosian

Avec un certain panache, les galeries d’art internationales Thaddaeus Ropac et Gagosian Gallery ont ouvert il y a quelques semaines deux vastes espaces d’exposition en plein cœur de la Seine-Saint-Denis. Elles comptent y présenter des œuvres monumentales et compléter ainsi l’offre de leurs galeries parisiennes. Bizarrement, les deux marchands ont décidé d’inaugurer ces nouveaux lieux en montrant le même artiste, l’Allemand et résident français Anselm Kiefer. L’occasion était trop belle pour moi de comparer ces deux propositions. Qui gagnera le match de l’expo la plus réussie ?

Les espaces :

THADDAEUS ROPAC

La galerie a choisi d’installer son annexe à Pantin, à quelques kilomètres du périphérique. Je paramètre le GPS selon les conseils du site internet. C’est mal parti, le numéro indiqué n’existe pas ! J’en programme un autre, au plus proche. À l’arrivée, je tourne en rond dans le quartier. Mais finalement, en lisant mieux les instructions, je déniche le bâtiment, bien visible sur une artère à quatre voies. 
Pour son projet, la galerie a aménagé une ancienne chaudronnerie centenaire qui s’étend sur 4700 m2 et comprend cinq constructions. L’édifice principal tout en brique rouge a belle allure. Je pousse une grande porte métallique et découvre un vaste espace immaculé, composé de quatre nefs longilignes. Les plafonds culminent à une douzaine de mètres. Une douce lumière zénithale éclaire les lieux. L’ambiance est chaleureuse. Les visiteurs sont nombreux en ce samedi d’hiver. Ils photographient les œuvres, déambulent avec les notices explicatives… On se croirait dans un musée.

GAGOSIAN GALLERY

La galerie se trouve dans la zone d’affaires de l’aéroport du Bourget. Bien pratique pour les riches collectionneurs qui atterrissent en avion privé ! Un peu moins pour le péquin qui déboule en véhicule léger. Devant l’entrée de l’aéroport, aucune indication pour la galerie. Je tourne à gauche. Mauvaise pioche ! Après avoir erré du côté du parc des expositions, demandé mon chemin aux hôtesses du Musée de l’Air, je retourne sur mes pas et me dirige cette fois-ci à droite. Des bannières bleu marine très chics me conduisent vers la galerie aménagée par l’architecte Jean Nouvel dans un ancien hangar à avion des années cinquante.
 Pour entrer, il faut montrer patte blanche. Je sonne à l’interphone. Un vigile m’ouvre une lourde porte métallique. Quelques pas et j’accède à la salle principale : un quadrilatère entouré de murs aveugles. Derrière ces murs, de longs couloirs vides. Presque par hasard, en déambulant dans ce labyrinthe, je découvre deux autres salles d’exposition aux dimensions plus modestes. Le contraste est grand avec la galerie Thaddaeus Ropac. Ici, la toiture en dents de scie diffuse une lumière grise, les murs rapetissent l’espace. Il n’y a pas de visiteurs. Bref, je ressens une impression de tristesse et de solitude.

1ère mi-temps : Ropac 1 — 0 Gagosian

L’exposition :

THADDAEUS ROPAC

Anselm Kiefer aurait créé ses œuvres en fonction des lieux. L’exposition s’intitule « Die Ungeborenen », les non-nés. Elle réunit un ensemble de toiles et de sculptures monumentales se référant à des mythes et iconographies sur les thèmes de la naissance, de l’origine, de la création, mais aussi du rejet de la vie. Dans la première salle, une installation superbe associe machine d’imprimerie et fleurs géantes de tournesol.

Dans les autres salles, des tableaux magistraux intègrent des éléments de l’univers réel : aile d’avion, chaises métalliques, balance en plomb. Les dimensions sont impressionnantes, la touche pâteuse, sombre, torturée. Les ocres, les bruns et les noirs s’illuminent parfois d’une nuance d’or, de vert-de-gris… L’accrochage aéré, l’architecture élancée permettent aux peintures de ne pas écraser le spectateur de leur présence. L’ancienne chaudronnerie se révèle un bel écrin pour les œuvres ambitieuses de Kiefer.

GAGOSIAN GALLERY

Le titre de l’exposition, Morgenthau plan, fait référence au plan proposé en 1944 par l’ancien secrétaire au Trésor, Henry Morgenthau, visant à transformer l’Allemagne en un état préindustriel et agricole et ainsi à limiter ses possibilités à se remilitariser. L’artiste retranscrit cette idée de manière plastique par une installation occupant tout l’espace central. Des grilles métalliques enserrent un champ de blé qui semble avoir été soufflé par le vent. Peut-être est-ce dû au lieu et à l’absence de recul, mais cette évocation ne m’a pas convaincue. Elle manque de force.

Dans les deux salles adjacentes, de grands tableaux de fleurs avec toujours cette touche généreuse et empâtée qui caractérise l’artiste. Des couleurs inhabituelles, roses et bleus tendres, font leur apparition et donnent un aspect presque apaisé aux toiles. Celles-ci, du coup, semblent déconnectées du thème central. Même si l’artiste justifie ainsi cette confrontation dans une lettre à Richard Calvocoressi, directeur de la Fondation Henri Moore : « J’ai peint des tableaux de fleurs toute l’année durant. Elles provenaient de Barjac où je les avais semées. Des fleurs rouges, jaunes et bleues. On est toujours ravi de voir des fleurs. Elles sont belles. En art, la beauté n’a pas besoin de justifications. L’art ne laisse pas le beau seul. La beauté nécessite quelque chose en face d’elle. »

2e mi-temps : Ropac 1 —0 Gagosian. Ropac vainqueur du match 2 à 0 !

Infos pratiques

Anselm Kiefer, Die ungeborenen (Les non-nés), galerie Thaddaeus Ropac, 69, avenue du Général Leclerc, 93500 Pantin. Mardi-Samedi, 10 h-19 h. Tél. : 01 55 89 01 10. Jusqu’au 23 février 2013.

Anselm Kiefer, Morgenthau plan, Gagosian Gallery, 800 avenue de l’Europe, 93350 Le Bourget. Vendredi et samedi 11 h-19 h. Tél. : 01 48 16 16 47. Jusqu’au 16 mars.

Photos V.A.