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Les noirs dessins de Zonder

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Jérôme Zonder, « Jeu d’enfants #4 », 2011, mine de plomb et fusain sur papier, 200 x 150 cm, collection O. Malingue, France

À la sortie de l’École des Beaux-Arts de Paris en 2001, Jérôme Zonder décidait de ne dessiner qu’en noir et blanc et de ne jamais utiliser de gomme. Un choix plutôt radical. Qui aurait sans doute été anecdotique si l’artiste n’avait développé un univers très personnel. Ses œuvres (souvent de très grands formats), réalisées essentiellement à la mine de plomb et au fusain, suscitent à la fois admiration et effroi. « En 2009, une montée de violence me semblait palpable. J’ai commencé une série consacrée aux enfants du siècle, alors âgés de neuf ans, autour du thème de leur anniversaire les faisant rejouer des événements de l’actualité récente, où violence, enfance, cruauté et amour s’entremêlaient. » Au fur et à mesure des années, les enfants sont devenus des adolescents, mais sont restés toujours aussi cruels. Scènes d’exécution et de torture hantent l’artiste, qui a également travaillé sur la Shoah. « Intuitivement, la violence a depuis le début orienté le choix des sujets dans mon travail et organisé le rapport que je voulais entretenir avec sa matérialisation. II s’agit de la violence dont on hérite et de la violence du monde au présent. La radicalité du dessin coïncide, dans mon esprit, avec de fortes intensités qui sont le plus à même de rendre sensible ce que je veux donner à voir. »

Jérôme Zonder au travail dans son atelier.
Jérôme Zonder au travail dans son atelier.

Antoine de Galbert, le fondateur de la Maison Rouge à Paris, collectionne Jérôme Zonder depuis 2004. Il a décidé de lui ouvrir les portes de son espace. « Ce qui m’a beaucoup plu est le ton porté sur un mode bande dessinée, comique et sombre, à la manière de Crumb. J’étais autrefois passionné par ce médium, j’ai donc été naturellement happé par cet aspect, qui m’a ensuite ouvert le chemin sur le reste de son œuvre. » Jérôme Zonder a investi la Maison Rouge avec le même maximalisme que pour sa démarche artistique. Les murs, le sol sont entièrement recouverts de dessins au feutre, au crayon, dans une profusion maniaque. Sur cette œuvre démesurée sont accrochés les dessins de l’artiste. Le visiteur progresse dans ce labyrinthe angoissant, en proie à la fascination et à la répulsion. Il plonge littéralement dans l’univers de l’artiste, sans pouvoir y échapper. Certains trouveront sans doute cette prise d’otage intolérable. Mais l’artiste veut placer chacun de nous face à la violence de l’humanité, notre propre violence, et nous faire nous interroger sur la façon dont nous l’évitons, la nions ou la combattons.

Infos pratiques

Jérôme Zonder, « Fatum » du 19 février 2015 au 10 mai 2015 à  La maison rouge, fondation Antoine de Galbert, 10 bd de la Bastille, 75012 Paris. www.lamaisonrouge.org

Oeuvre à la une

Jérôme Zonder, « Jeu d’enfants #1 », (détail) 2010, mine de plomb sur papier, 160 x 160, collection privée, France

La maison en feu

Une découverte lors de la belle exposition My Winnipeg à la fondation Maison Rouge, qui regroupe des artistes canadiens tous originaires de la ville de Winnipeg : le travail de Sarah Anne Johnson.

Celle-ci a fait d’un drame familial le sujet de son projet House on Fire. Traitée pour une dépression postpartum dans une clinique de Montréal dans les années cinquante, la grand-mère de l’artiste avait servi de cobaye, à son insu, pour des expériences financées par la CIA sur les méthodes de contrôle et de lavage de cerveau. Ses expérimentations, à base de LSD et d’acide, l’ont rendue psychotique et sujette à des hallucinations. Sarah Anne Johnson évoque les souffrances et les troubles de sa grand-mère dans des œuvres qui revêtent plusieurs formes : sculptures, photographies de famille retravaillées à la peinture et au crayon, maison de poupée démesurée dont les salles dévoilent des événements incongrus…

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Photos : Sarah Anne Johnson. Stephen Bulger Gallery

Le site de la galerie de l’artiste, c’est ici !

L’exposition My Winnipeg, c’est jusqu’au 25 septembre 2011, dépêchez-vous ! Pour en savoir plus, c’est ici !

 

De fils et de peurs

La fondation Maison Rouge propose deux expositions particulièrement intéressantes. La première, Tous cannibales, évoque le thème de la chair et des entrailles. Les œuvres sont fascinantes, parfois repoussantes, elles nous renvoient à des angoisses existentielles, qui se répondent en écho, celles de la naissance et de la mort.

 

La seconde exposition présente le travail de l’artiste japonaise, Chiharu Shiota. Une installation monumentale, faite de fils tendus de laine noire, nous donne la sensation d’être pris au piège d’une immense toile d’araignée…

 

Un lien vers son site, ici