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Les dessins des Guerlain

Se perdre dans un labyrinthe de dessins est un plaisir délicieux. Surtout quand, au bout du parcours, ne guette aucun Minotaure affamé. C’est la sympathique expérience que nous offre la galerie d’art graphique du Centre Pompidou. Les lieux ont été reconfigurés pour accueillir la donation de dessins de Daniel et Florence Guerlain, grands collectionneurs d’art contemporain sur papier. Une enfilade de couloirs et de petites salles font perdre le sens de l’orientation au visiteur. Chaque espace recèle son lot de surprises. Sur les murs blancs, les cadres sous verres sont autant de fenêtres vers des univers particuliers, marqués de la personnalité de leur créateur. Le regard du visiteur est happé par une performance graphique, une atmosphère onirique, un assemblage surréaliste. Il est séduit, interpelé, admiratif… J’ai aimé, entre autres, les dessins délicats de Fabien Merelle sur les clochards du bois de Vincennes, les oiseaux de mauvais augure à l’encre et au café de Cameron Jamie, les croquis cruellement enfantins de Françoise Pétrovitch, les fumées de Tony Oursler. Difficile de choisir. Il y a plus de trois cents dessins présentés, réalisés par deux cents artistes d’une trentaine de nationalités différentes. Cette exposition dresse un superbe panorama de la création contemporaine. Elle montre que le dessin est loin d’être un genre mineur et monotone. Sous le crayon et la plume, l’inventivité bouillonne. Et ce n’est que la partie haute de l’iceberg. En janvier 2012, ce sont 1 200 dessins que Daniel et Florence Guerlain ont offerts au Musée d’Art Moderne. Espérons qu’un épisode deux de l’exposition sera programmé pour découvrir ces œuvres d’art.

Florence Guerlain a bien voulu répondre aux questions du blog. Elle explique les raisons de cette donation et le fil rouge de l’exposition présentée au Centre Pompidou. Merci à elle !

Cimaises Le Blog : Comment avez-vous constitué votre collection de dessins ? Quels critères ont guidé vos choix ?
Florence Guerlain : Cette collection s’est faite au fil du temps. Nous avons acheté au cours de ces vingt-cinq dernières années des sculptures, des peintures, des photos, des dessins. En créant notre prix de dessin contemporain dans le cadre de notre Fondation nous avons eu l’occasion de rencontrer un plus grand nombre d’artistes utilisant ce médium. Nous avons eu l’opportunité ainsi d’acheter plus de dessins et nous avons pu constituer une réelle collection. Aucun critère à priori. Yves Lecointre, directeur du Frac Picardie, a bien regardé notre collection et  il y a trouvé un fil conducteur « l’absence et la présence du corps ». Jamais lors de nos achats nous n’avions pensé à cibler notre décision sur ce thème. Nous achetons ensemble ce qui nous plait, et voilà ! Mais l’inconscient travaille à priori !!!

CLB : Pourquoi avez-vous décidé de céder une partie de votre collection ?
FG : Parce que nous avons souhaité qu’elle reste dans son intégralité et la seule façon était de la donner à un musée. Nos affinités avec les amis du Musée national d’art moderne (Alfred Pacquement, Jonas Storsve, Alain Seban, François Trêves, et maintenant Jacques Boissonnas)* nous ont tout naturellement guidés vers ce grand musée dont le cabinet d’art graphique détient déjà plus de 20.000 dessins.

CLB : Comment l’exposition au Centre Pompidou a-t-elle été organisée ? Avez-vous participé à l’accrochage ?
FG : Jonas Storsve, le conservateur du cabinet d’art graphique, a fait une sélection des dessins à partir des artistes qui ont été sélectionnés pour tous les prix de dessin depuis 2007. C’était en quelque sorte la colonne vertébrale de l’accrochage. Après il a trouvé les affinités entre les artistes. Nous n’avons pas assisté à l’accrochage, car nous avions une confiance absolue. Et vous avez vu le résultat, c’est assez extraordinaire. La scénographie est spectaculaire.

CLB : Quelles sont vos œuvres préférées dans cette exposition ?
FG : Ce pourrait être celles que nous n’avons jamais pu voir dans leur ensemble par manque de place dans nos maisons. Ainsi l’extraordinaire série de Marc Bauer que nous avions donnée non encadrée, qui a été encadrée et montrée exactement comme les séquences du film « La Jetée ». Nous n’avions pas 20 mètres pour la présenter comme cela, c’est bien là cependant qu’elle prend toute sa force. Notre œil avait été bon pour l’acheter. Cela fait très plaisir. La salle des « insectes » qui rassemble Jose Maria Sicilia (les cires d’abeille) Daniel Dezeuze, Not Vital, Gilles Aillaud, Roger Acking. C’est d’une grande sensibilité. Je ferai une remarque sur notre collection : dans cette petite salle, il y a un Espagnol, deux Français, un Suisse et un Anglais. C’est cette diversité de nationalités d’artistes qui a séduit le musée. La donation représente 38 nationalités avec 200 artistes. Et ça fonctionne.

* NDLR : La société des Amis du Musée national d’art Moderne est une association dont la vocation est de réunir collectionneurs et amateurs désireux de participer à l’activité du Musée et de soutenir l’élaboration de ses collections.

Fabien Mérelle Paul d’Aubervilliers, 2010 Encre sur papier 28,2 x 21 cm
Fabien Mérelle, Paul d’Aubervilliers, 2010 Encre sur papier 28,2 x 21 cm

En savoir plus :

Donation Guerlain, 16 octobre 2013 – mars 2014, galerie du Musée et galerie d’art graphique, Centre Pompidou, Paris.

Image en-tête : Richard Prince, Sans titre (Once upon a time), 1996 Stylo-bille sur papier 28,3 x 38 cm

Quelques découvertes à la Fiac 2013

C’est sa quarantième édition : voici la FIAC nouvelle ! Plus de 180 galeries y sont présentes dont deux-tiers en provenance de France et des pays européens. Comme l’année dernière, l’espace majestueux de la nef est réservé aux galeries établies. L’étage supérieur est quant à lui dédié aux jeunes galeries, qui s’alignent dans un corridor sans fin, invisible depuis le rez-de-chaussée. Ce qui frappe d’emblée, c’est l’importance retrouvée de la peinture et de la sculpture. On compte peu d’installations, de vidéos.  La FIAC se fait aussi plus sage, moins trash, moins élitiste. Sauf à l’étage, où dans un accrochage dépouillé, les galeries émergentes misent souvent sur un art minimaliste, assez ennuyeux… Mais en bas, sous la grande verrière, le regard s’arrête fréquemment, séduit, intrigué.  Parmi nombre de belles œuvres, j’ai pu admirer des grandes toiles de Marc Desgrandchamps, un double portrait de Kehinde Wiley, un stand muséographique dédié à Serge Poliakoff, un arbre monumental sculpté par Ai WeiWei, un triptyque d’Annette Messager…

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Fabien Merelle, Twist, 2013, Encre et aquarelle sur papier, 28,2 x 21 cm.

 

Et comme chaque année, j’ai fait quelques découvertes… J’ai remarqué chez Praz-Delavallade les dessins de Fabien Merelle, diplômé de l’École des Beaux-Arts de Paris en 2006, ancien pensionnaire de la Casa Velazquez à Madrid. Dans un style réaliste et minutieux, avec une pointe d’humour noir et d’irrévérence, il dessine à l’encre et à l’aquarelle des scènes imaginaires, des instantanés de la vie réelle.

 

 

 

Peinture d'Omar Ba
Peinture d’Omar Ba

J’ai aussi aimé les peintures du jeune artiste Sénégalais Omar Ba, à la Galerie Anne de Villepoix. Omar Ba peint sur carton un univers exubérant, où les couleurs vives, les formes simplifiés se détachent sur un fond noir austère. Au-delà de l’aspect naïf du trait, l’artiste évoque le monde africain actuel, avec ses enjeux de pouvoir, ses rêves, ses difficultés.

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Martin Dammann, Mining in Despair, Aquarelle et crayon sur papier
175 x 245 cm.

 

 

Les grandes aquarelles de l’allemand Martin Dammann présenté par la galerie In Situ m’ont interpelée par leur puissance graphique. L’artiste travaille sur les images et ce qu’elles représentent. Il s’inspire notamment de photographies de la Seconde Guerre mondiale qu’il modifie, ouvrant ainsi le champ des interprétations.

 

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Michael Borremans, Flesh Tower, huile sur bois, 32,6 x 21 cm.

 

J’ai aussi apprécié l’univers décalé du Belge Michaël Borremans à la Zeno X Gallery. Grâce à des supports et techniques variés, il met en scène l’absurdité de l’existence, la nature illusoire de nos représentations.

 

Et vous, avez-vous fait de jolies découvertes ?

 

 

 

 

Infos pratiques

FIAC 2013, GRAND PALAIS, Paris. Du jeudi 24 au dimanche 27 octobre 2013 de midi à 20 h. 
Nocturne le vendredi 25 jusqu’à 21 h. Plein tarif : 35 euros.

Image en-tête : Iron Tree, Ai Weiwei, 2013 iron 628 x 710 x 710 cm. Courtesy the artist and Neugerriemschneider, Berlin.