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Contre-culture à la Halle-Saint-Pierre

Hey ! Viens voir ! Tel pourrait être le titre de cette exposition. La Halle Saint-Pierre nous offre une plongée dans le monde de la création contemporaine alternative. Cette excursion, loin des clichés de l’art conceptuel, secoue, ravit et épouvante (au choix). Elle a été organisée par la revue HEY! Modern art & Pop culture, qui investit pour la troisième fois ce musée parisien et nous fait découvrir les différentes expressions artistiques de la contre-culture : lowbrow art (un mouvement américain issu de la Pop surréaliste), art outsider, bande dessinée… Anne et Julien les deux fondateurs de la revue affirment ainsi : « Avec ces trois expositions HEY! et pour la première fois en Europe, nous avons ouvert une boite de Pandore, notre geste soulignant la future explosion des arts figuratifs défendus dans notre revue depuis 2010. » Une cinquante d’artistes, peintres ou sculpteurs, venus du monde entier montrent que l’imagination n’est pas morte, que l’originalité ne connaît pas de limites, même si bien souvent on frôle le trash ou le kitch. Si les œuvres présentées sont très variées dans leur mode d’expression, l’étrangeté, l’obsession, la beauté formelle les relient dans une sorte de fil rouge. L’intérêt de cette exposition est de renverser l’ordre établi du bon goût et de la reconnaissance du marché.

Voici une sélection des artistes (surtout des sculpteurs) qui m’ont le plus fascinée :

Claire Partington et ses céramiques contemporaines

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Claire Partington, « Hare & Hound », 2015 (détail). 65 cm x 47 cm x 25 cm.

Hervé Bohnert et ses crânes en dentelle, son cabinet de curiosité

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Hervé Bonhert, Dentelles, napperon amidonné

Marion Peck et ses peintures d’enfants bizarres

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Marion Peck, « Sleepwalk », huile sur toile – 2009. 60,96 x 76,2 cm. Collection privée.

Xooang Choi et ses rêveurs

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Choi Xooang, « The Dreamer Blue », huile et acrylique sur résine – 2007. 36 x 31 x 76 cm, édition 2/3. Collection Particulière (Paris) – Photographie © Graywall.

Benoît Huot et ses animaux naturalisés magnifiés

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Benoît Huot, « Couple de hiboux », technique mixte – 2011. Courtesy Galerie Eva Hober – Photographie © Y.Petit.

Infos pratiques

HEY! modern art & pop culture / Act III, du 18 septembre 2015 au 13 mars 2016, Halle Saint-Pierre, 2, rue Ronsard 75018 Paris.

Les liens

www.hallesaintpierre.org/

clairepartington.co.uk

hervebohnert.com

www.marionpeck.com

www.facebook.com/xooang.choi

www.evahober.com/?item=benoit-huot

 

 

 

Le plein d’Art brut

Venue des États-Unis, l’Outsider Art Fair tient sa troisième édition à Paris en même temps que la Fiac. Cette foire réunit trente-sept galeries internationales spécialisées dans l’art brut et l’art outsider. C’est une belle occasion de découvrir des artistes peu montrés en France. Les prix sont de plus très accessibles, si l’on exclut les grandes stars de l’art brut, comme Aloïse dont les œuvres voisinent les 50 000 euros.

Voici quelques-uns des coups de cœur du blog. (cliquez sur les images pour passer en mode diaporama)

Les liens

Pour en savoir plus, voici quelques liens sur les artistes et les galeries

C.J. Pyle à la Carl Hammer Gallery

Scottie Wilson chez Fleisher Ollman

Martine Birobent de la Galerie des Nanas

Marie-Rose Lortet chez Marie Finaz Gallery

Agostino Goldani chez Maroncelli 1.2

Terry Curling chez Béatrice Soulié

Eugene Von Bruenchenhein chez Andrew Edlin Gallery

Alice Wong chez Creative Growth art center

Damien Michaels à la galerie Eqart

Image en tête  : C.J. Pyle à la Carl Hammer Gallery

L’art outsider à Paris

En cette fin d’octobre, Paris propose une très riche programmation artistique. Bien sûr, il y a la FIAC dont tous les grands médias se font l’écho. Mais il existe une multitude de foires off ou de salons qui se produisent en même temps. Citons Slick, Variation, Yia Art Fair, Art Élysées, Réalités nouvelles… L’Outsider Art Fair est un événement à ne pas manquer pour qui aime l’art brut ou souhaite le découvrir. Cette foire, importée des États-Unis, se tient pour la deuxième fois à Paris. Le concept de la manifestation est original. Vingt-cinq galeries sont réparties dans les six étages d’un hôtel 4 étoiles à deux pas des Champs-Élysées. Les œuvres sont accrochées dans les chambres, posées sur les lits, les fauteuils, voire dans les salles de bain. L’ambiance est très sympathique. L’exiguïté des lieux, leur intimité font que les conversations s’engagent facilement. Les galeristes sont toujours prêts à faire connaître leurs artistes, mais mieux vaut parler anglais, car la majorité des exposants sont étrangers. Je vous invite vraiment à faire un saut à l’hôtel, si vous souhaitez sortir des sentiers battus du grand bizness de l’art contemporain.

Cette année, le blog met l’accent sur cinq artistes. Il y en avait beaucoup d’autres tout aussi intéressants, mais il faut bien faire un choix !

Georges Wilson

Une œuvre de George Wilson représentée par la galerie Creative Growth.
Une œuvre de George Wilson représentée par la galerie Creative Growth.

George Wilson (Galerie Creative Growth) est né en 1946. Homme plutôt taciturne, il dessine de manière frénétique. Dans des dessins colorés et énergiques, il imagine un bestiaire où les chevaux et les chiens ont la part belle, il peint également des personnages aux grands yeux, dont les corps s’entremêlent souvent dans l’anonymat de la foule.

 

 

 

 Chomo

Les œuvres de Chomo dans la chambre de la galerie Rouillac.
Les œuvres de Chomo dans la chambre de la galerie Rouillac.

Chomo (1907-1999) est présenté par le cabinet de commissaires-priseurs Rouillac. Cet artiste vivait en ermite dans la forêt de Rambouillet. Il avait créé un village « d’art préludien » qu’il aimait faire visiter et qui est fermé depuis sa mort. Le cabinet a choisi d’exposer des œuvres de sa dernière période, peintes sur un très beau papier aquarelle grand format. Elles représentent des « Mutants » et évoquent les « vibrations » de l’univers.

 

Ody Saban

art outsider
Une oeuvre d’Ody Saban présentée par la galerie Claire Corcia. « L’oeil Blanc », 148 x 116 cm.

La Galerie Claire Corcia expose de magnifiques dessins d’Ody Saban (née en 1953). Cette artiste à la sensibilité exacerbée pratique l’écriture automatique. Elle noircit le papier de figures entrelacées qu’elle colore de touches intenses d’acrylique. Elle reprend son dessin par strates successives tant qu’elle n’en est pas satisfaite. Née en Turquie, Ody Saban a été sans doute influencée par la richesse des miniatures persanes. Mais elle a créé un monde bien à elle. Elle immerge le spectateur au cœur d’une nature luxuriante, inquiétante, dévorante, où les êtres et la végétation se métamorphosent, parés de couleurs flamboyantes et psychédéliques.

 Tagami

outsider tagami
Les œuvres de Tagami dans la chambre de la galerie Atsuko Barouh

L’artiste japonais Tagami peint des portraits aux bouilles déformées et amusantes, qu’il réalise parfois en bas-relief avec du papier mâché et du carton. Il a été découvert par la galeriste Atsuko Barouh. Celle-ci, qui expose plutôt de l’art contemporain, a eu un coup de foudre pour son travail. Elle a mis plusieurs années à entrer en contact avec l’artiste et à le convaincre d’exposer !

 

 Marcos Bontempo

Une œuvre de Marco Botempo présentée par la galeriste Gloria Cohen.
Une œuvre de Marco Botempo présentée par la galeriste Gloria Cohen.

Marcos Bontempo est né en 1969 en Argentine, il vit en Espagne dans la ville de Ronda où sa famille a émigré depuis 1975. Sa personnalité et ses états d’âme le conduisent à mener deux œuvres parallèles. De jour, il dessine et peint des paysages très raffinés qui sont le décor de ses promenades quotidiennes. De nuit, Marcos Bontempo peint un tout autre univers, celui d’un monde intérieur peuplé de figures qui sont comme autant de cris dans un théâtre d’ombres. Ces dessins aux traits puissants et à la matière grumeleuse déclinent quelques thèmes phares : les crânes, les animaux, les transmutations. Il est présenté par Gloria Cohen et Jennifer Pinto Safian.

Informations pratiques

Outsider art Fair. Ouverture au public : vendredi 24 et samedi 25 octobre (11h00-20h00) et dimanche 26 octobre (12h00-18h00). Hôtel Le A, 4, rue d’Artois 75008 paris. http://www.outsiderartfair.com

Outsider art fair, une foire à la marge

Après la Fiac et ses foires satellites, vous éprouvez une overdose d’art contemporain ? Courrez vite à la Outsider art fair ! Encore une autre foire, direz-vous. Certes. Mais celle-ci regroupe des galeries spécialisées dans l’art brut ou « outsider », c’est-à-dire créé par des artistes autodidactes en dehors des circuits établis. La manifestation, qui nous vient des États-Unis, se tient dans un endroit original, un hôtel chic du centre de Paris. Les œuvres sont accrochées dans la salle de bain, au-dessus du lit, posé sur des crédences, des étagères. Le galeriste est assis dans un fauteuil, ou même sur le lit. Il ressemble à un voyageur auquel on vient rendre visite. L’avantage de ce lieu original, c’est que le collectionneur peut tout à fait imaginer les œuvres dans son intérieur. (« Je verrai bien ça chez moi », pense-t-il sans doute). L’inconvénient est que l’on se sent parfois à l’étroit, et un peu indiscret, dans ces petites chambres aux oreillers bien joufflus. Comme si l’on pénétrait l’intimité d’un inconnu. Mais après quelques minutes, cette gêne disparaît. Et puis n’est-ce pas le propre de l’art brut de provoquer des questionnements, d’interpeler ses regardeurs ? Au détour des couloirs, on découvre partout des œuvres remarquables. Les galeristes sont venus avec des bijoux des stars de l’art outsider, comme Henri Darger (Andrew Edlin Gallery), Aloïse (Galerie du Marché), Josef Wittlich (Wasserwerk. Galerie Lange ou galerie Gugging), Janet Sobel, inventrice du dripping avant Pollock (Gary Snider Fine art). Mais il y a aussi de superbes découvertes, comme les collages de papiers de boîtes de cigare de Felipe Jesus Consalvos (Fleisher-Ollman Gallery), l’univers rêveur d’un jeune artiste indien, Mayank Kumard Shyam (galerie Hervé Perdriolle Inde(s)), les sculptures et peintures de Terry Turrel (American Primitives). Mon coup de cœur va aux sculptures polychromes de Richard C Smith (Henry Bower Gallery), assemblages d’animaux bizarres, totems de têtes plus ou moins effrayantes. « J’ai découvert cet artiste quand il avait soixante ans, explique le galeriste Henry Boxer. C’est sa femme qui m’a téléphoné en me disant, je crois que mon mari est un artiste outsider. Effectivement, il l’était. Richard C Smith ne travaille qu’avec des morceaux de bois glanés dans la forêt, dans lesquels il a ressenti une présence. Il les assemble, les sculpte et les peints pendant de longues heures. Une œuvre lui demande près de deux mois de travail. La plupart d’entre elles cachent des secrets. Par exemple, on fait pivoter une tête et l’on découvre une autre petite sculpture à l’intérieur du corps. »

Infos pratiques

Outsider Art Fair, Hôtel Le A, 4 rue d’Artois, 75008 Paris. Du 24 au 27 octobre. Samedi de 11 à 20 h. Dimanche de 12 à 18 heures.

Les crânes de Skull

Jim Skull est un sculpteur un peu spécial. Son support, ce sont les crânes humains. Rassurez-vous, il ne déterre pas de vieux os dans les cimetières la nuit, ne pille pas les catacombes. Il préfère fabriquer ses crânes en carton et donner lui-même naissance à ce symbole de mort.  Il habille ensuite ses créations d’étranges choses, coquilles d’œufs, bouts de ficelle, scoubidou… Le résultat, magnifique, évoque les trophées cérémoniels de certains peuples primitifs. Pour mieux connaître ce beau travail, parfois flippant, parfois clinquant, voici une vidéo qui entre dans l’intimité de l’atelier de l’artiste et dévoile quelques secrets de fabrication. Et si vous voulez voir les œuvres en vrai, rien de plus facile ! Une dizaine de ces trophées sont présentés à l’exposition « HEY ! Modern Art & Pop Culture / Part II » à la Halle Saint-Pierre à Paris, jusqu’au 23 août. Vous pourrez aussi en voir à l’exposition « Crânes et têtes » organisée par le Collectif Aorte les 8 et 9 juin à l’atelier d’artiste du 114 rue de Bercy à Paris.

In brief :
Jim is a « skull artist ». His raw material is human skulls, but not real ones. He creates them with cardboard, decorates with beads, eggshells, and other strange things… The result is beautiful, and also a bit scary ! You can see some of his works at the exhibition « Hey » of the Halle Saint Pierre in Paris.

Art brut à l’école

Toutes les photos sont de Nicolas Krief, The museum of Everything, 2012

Il était une fois une école abandonnée en plein cœur de Paris… Pour y pénétrer, il faut traverser la cour, grimper par l’escalier de secours jusqu’au dernier étage. Légère  impression de vertige. Une petite porte, un rideau de bandes de plastique rouge. Nous voilà dans l’antre d’un lieu culturel éphémère accueillant une exposition atypique. Il s’agit d’une sélection d’œuvres des arts alternatifs provenant du « Museum of everything », un musée itinérant créé par l’anglais James Brett. Dans les salles de l’école restées dans leur jus, avec leurs peintures défraîchies, leurs courants d’air, des œuvres sont accrochées un peu partout. Impression de jeu de piste. Retour en enfance.

La première salle présente les œuvres d’Henri Darger. Dans le secret de son appartement, cet artiste américain (1892-1973) a imaginé pendant des années l’histoire d’une communauté de petites filles-garçons aux prises avec des armées de méchants adultes. N’ayant jamais appris l’art du dessin, l’artiste décalquait des images dans les magazines et les catalogues, et les reportait avec du papier carbone. Il coloriait ces images à l’aquarelle. Il a ainsi rédigé une saga de quinze mille pages accompagnées de plusieurs centaines d’aquarelles. Magnifique et dérangeant.

En descendant l’escalier aux marches de bois usées, à l’étage inférieur, on découvre l’univers foisonnant de Willem Van Genk (1927-2005). Cet artiste invente des paysages urbains très élaborés, en mêlant dessin, peinture, découpage, collage… Il construit également des maquettes d’autobus faites de cartons, de bouts de boîtes de conserve et autres matériaux hétéroclites. La fragilité de ces constructions, leurs multiples détails émeuvent et intriguent.

Parmi les 500 œuvres exposées, un autre univers arrête le regard. Sur un pan de mur entier, sont exposées une centaine de petites aquarelles, mêlant textes et portraits. Elles sont de la main de Josef Karl Radler (1844-1977). Cet ancien peintre sur porcelaine viennois est hospitalisé à la quarantaine pour schizophrénie. Il se met alors à dessiner de manière intensive, surtout des scènes liées à son environnement hospitalier, des portraits de patients. Nous partageons ainsi son intimité, nous nous confrontons directement à la maladie mentale.

L’exposition « The museum of everything » se tient jusqu’au 24 février 2013 du mercredi au dimanche de 11 heures 30 à 20 heures, au 14 boulevard Raspail à Paris. Elle sera même ouverte à Noël et le Jour de l’An. L’exposition est présentée par la « Chalet society ». Cette toute nouvelle structure a été créée  par Marc-Olivier Wahler, ancien directeur du Palais de Tokyo, elle se définit comme un « centre de recherche et d’expérimentation, un espace d’exposition, de partage, de convivialité et de transmission, un laboratoire de réflexion, et un lieu de vie ambulant. » En fonction de ses projets, la « Chalet society » investira des lieux divers.

Et vous, avez-vous visité cette exposition ? Quels sont vos artistes favoris ?