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Visite privée chez Hervé Perdriolle, galeriste de l’art indien

Ancien galeriste de la Figuration Libre, Hervé Perdriolle choisissait il y a vingt ans de s’exiler en famille à Pondichéry pour découvrir de nouveaux horizons. Il ne fut pas déçu de son voyage. L’art contemporain populaire et tribal indien le séduisit à tel point qu’il se mit à le collectionner. Quelques années plus tard, de retour à Paris, il décidait de mieux faire connaître ses artistes favoris au public occidental. Cimaises le blog a eu la chance de rencontrer le marchand collectionneur dans son appartement-galerie à Paris où il reçoit sur rendez-vous.

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Hervé Perdriolle devant une œuvre de Jangarh Singh Shyam. Photo VA.

Cimaises le blog : Comment s’est faite votre rencontre avec l’art contemporain populaire indien ?

Hervé Perdriolle : Je suis parti en Inde, car je voulais sortir de l’ethnocentrisme européen, découvrir de nouvelles cultures. Les quatre premiers mois de mon séjour à Pondichéry, j’ai passé mon temps à l’École française d’Extrême-Orient à compulser tout ce qui avait été publié sur l’art et les cultures locales. J’ai appris que dans les années soixante-dix, le gouvernement indien, dirigé alors par Indira Gandhi, avait placé au même niveau art contemporain, art tribal et art populaire indien en accordant des « national awards » aux grandes figures de ces mouvements. Un musée mêlant art contemporain et art populaire avait même été créé à Bhopal, le Bharat Bhawan. J’ai alors décidé de prendre le relais de qui avait été entrepris et de monter ma propre collection.

J’ai mis mes pas dans ceux des spécialistes de ces arts. Je me suis intéressé aux grands noms des ouvrages que je consultais. Puis je suis parti aux quatre coins du pays pour rencontrer ces personnes. À l’époque, c’était compliqué. Les routes étaient mauvaises, il n’y avait pas internet, je mettais un temps fou à me rendre sur place. Parfois, je trouvais porte close, mais je découvrais au hasard de mes voyages d’autres artistes, qui me captivaient. Pendant quinze ans, j’ai acheté des œuvres, en vendant mes biens pour pouvoir le faire. Je les montrais très peu et ne les commercialisais pas. Je suis devenu marchand par la force des choses. De retour à Paris, j’ai écrit de nombreux blogs pour faire connaître cet art, mais j’avais peu d’influence. Un beau jour, un collectionneur a vendu une partie de sa collection indienne, je l’ai aidé. La vente a fait un beau résultat, j’ai communiqué là-dessus. Cet argument économique a eu beaucoup plus de poids que les milliers de lignes que j’avais écrites pour faire découvrir ces artistes ! Aujourd’hui, je participe à des expositions en montrant des œuvres de ma collection, je mets en correspondance artistes contemporains occidentaux et artistes indiens. Je représente dans ma galerie des artistes populaires indiens, mais aussi de jeunes artistes sortis des écoles d’art, qui ont une démarche reliant passé et présent.

Quelle est la particularité de cet art ?

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Jivya Soma Mashe, « Double fishnet », 2014 130 x 225 cm.

Il n’y a pas un art indien, mais  différentes formes d’art, à la diversité colossale. Les peuples aborigènes de l’Inde sont répartis sur tout le territoire, dans de nombreuses tribus, qui regroupent parfois des centaines de milliers de personnes. Ces tribus ont leur propre dialecte, leur propre religion, souvent animiste, et leur propre expression artistique. Une des tribus les plus connues est les Naga, des coupeurs de têtes, christianisés dans les années 50, qui ont créé des totems et des parures magnifiques. Une autre tribu, les Warli, regroupe 600 000 personnes, qui vivent le plus possible en autarcie. Traditionnellement, elles peignaient des peintures rituelles deux fois dans l’année, au moment des mariages et des récoltes de riz. Mais un jour, dans les années 70, un homme a décidé de dessiner quotidiennement. Jivya Soma Mashé a développé un style qui a fait l’admiration de ses proches, de sa tribu puis de son pays. Peindre est alors devenu une activité pratiquée par plusieurs centaines de familles, qui complètent leur revenu agricole par la vente de petites œuvres. Une dizaine de leurs membres sont des artistes à part entière. L’art warli se caractérise par une pictographie basée sur le triangle. Un homme est composé de deux triangles opposés : l’un évoque la montagne sacrée de cette région, l’autre l’urne dans laquelle on fait les offrandes. Le peintre anime les personnages en variant l’orientation de ces deux éléments. Ainsi il peut transmettre les légendes de la tribu, car celle-ci n’a pas d’écriture !

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Une encre de Mayank Kumar Shyam (130,5 x 94 cm)

Qui sont les artistes phares de votre collection ?

C’est difficile pour moi de distinguer un artiste plus qu’un autre, car ils sont tous extraordinaires. Jivya Soma Mashé, dont je vous parlais, est l’un des artistes clefs de ma collection, mais j’essaie aussi de soutenir de jeunes artistes, comme Mayank Kumar Shyam, âgé de 25 ans, issu de la tribu des Gond. Ses encres sont magnifiques. J’aime aussi beaucoup le travail de Pushpa Kumari, une jeune femme artiste originaire de l’État du Bihar au nord de l’Inde. Elle travaille dans la tradition des peintures mithila de cette région, mais en modernisant le style et en ayant des thèmes très actuels, comme le fœticide des embryons féminins, le Sida…

Votre galerie est dans votre appartement. Pourquoi ne pas avoir pignon sur rue ?

Le principe de la galerie, le white cube froid et immaculé, n’est pas du tout dans mes goûts. Mais il est vrai que je me pose désormais la question d’avoir un espace ouvert au public pour me permettre d’organiser des conférences, des rencontres, des événements, des performances avec des artistes. Je suis en train d’y réfléchir. Peut-être dans quelques mois… Ce sera une nouvelle aventure !

Actualité

Cet été, Hervé Perdriolle présente plusieurs de ses artistes lors de différentes expositions collectives. Il est ainsi invité par la galerie Louis Gendre à Chamalières pour montrer son exposition « Art tribal contemporain Inde » du 19 juin au 29 août. On le retrouve aussi régulièrement dans des foires internationales comme Drawing Now et Outsider Art Fair…

Autres événements :

Musée International Des Arts Modestes Sète – France
« Véhicules » du 27 mars au 20 sept 2015

Biennale Internationale d’Art Contemporain de Melle – France
« Jardiniers terrestres, jardiniers célestes » du 4 juillet au 27 sept 2015

Espace Hom Le Xuan Gstaad – Suisse
« Indian Contemporary Art » du 11 juillet au 29 août 2015

Palais des Beaux-Arts Bruxelles – Belgique
« Chinese Utopia Revisited » du 17 juillet au 29 septembre 2015

Musée Paul Valéry Sète – France
La Figuration Libre « Historique d’une aventure » du 2 juillet au 15 nov 2015

Pour en savoir plus

Hervé Perdriolle reçoit sur rendez-vous dans sa galerie en appartement située à Paris, près du jardin de Luxembourg. Son site : http://herve-perdriolle-paris.blogspot.fr/

Prix Marin

Connaissez-vous le Prix Marin ?

Si vous êtes un artiste parisien, vous connaissez sans doute Marin, le célèbre fabricant et distributeur de produits beaux-arts. Pour les autres, il s’agit d’un bel entrepôt situé à Arcueil où l’on trouve tout le bonheur de l’artiste peintre, du châssis au pigment, en passant par les médiums et les pinceaux. Ce que l’on sait moins, c’est que la Maison Marin organise un prix artistique d’un très bon niveau, depuis dix-huit ans déjà. Le principe est simple : douze artistes de renommée nationale ou internationale parrainent douze plasticiens de moins de 40 ans. Les douze jeunes pousses sont exposées pendant un mois (en juin) à la galerie municipale d’Arcueil. Après visite de l’exposition, un jury composé d’autres artistes attribue trois prix, dotés respectivement de 10 000 euros, 2 000 euros, d’un bon d’achat de 1 500 euros. Cette année les heureux élus ont été Damien Cadio, Juliette Righetti, et pour le troisième prix, deux ex aequo Oda Jaune et Thomas Levy-Lasne. Un prix spécial de la ville d’Arcueil a été exceptionnellement remis à une autre jeune artiste, Elsa Guillaume. Elle présentait une sculpture en céramique accompagnée de cinq petits portraits à l’huile d’un humour absurde. Comme il s’agit de mon coup de cœur, j’ai choisi de l’interviewer pour le blog.

 

Cimaises le blog : Bravo pour ce prix, Elsa. Comment avez-vous été sélectionnée pour le concours ?

Elsa Guillaume : J’avais exposé à la biennale de gravure de Sarcelles où j’avais déjà reçu un prix de la maison Marin. Philippe Marin, le directeur de la société, m’avait demandé de lui donner régulièrement des nouvelles. Après quelques années, j’ai fini par lui envoyer un book avec mes dernières œuvres. Il a présenté mon travail, sans doute avec celui d’autres jeunes artistes, au peintre Herman Braun-Vega qui m’a fait l’honneur de me parrainer.

C-lb : L’œuvre exposée au Prix Marin a-t-elle été conçue pour le concours ?

EG : En partie oui. Il faut préciser que je ne suis pas peintre, je pratique la gravure, le dessin, et sculpture. La céramique présentée pour le prix avait été créée dans l’année, mais je voulais également me confronter à la peinture, comme les autres candidats. Philippe Marin offre cinq cents euros de matériel aux participants, j’ai saisi l’occasion. Je me suis équipée en tubes d’huile et en petits panneaux de bois. Je souhaitais réaliser des peintures dans l’esprit de la peinture flamande qui grouille de personnages fantastiques et grotesques… C’était un vrai défi pour moi.

C-lb : Pouvez-vous nous décrire l’œuvre présentée ?

EG : Elle est composée d’une sculpture en céramique et de cinq peintures. Si elles n’ont pas été conçues ensemble, elles sont dans la même thématique. La sculpture découle d’une de mes gravures que j’ai eu envie de rendre en volume. Elle représente une raie mantra dont les ailerons ont été découpés et jetés au sol. Un personnage s’est revêtu de sa dépouille comme s’il s’agissait d’un costume de carnaval. Les peintures sont des portraits de personnages mi-homme mi-poisson. L’idée de la sculpture m’est venue après avoir vu un reportage sur la pêche des raies qui m’a beaucoup marqué par sa cruauté. J’ai voulu contrer cette vision d’horreur avec une image un peu absurde. La raie devient une coquille, une sorte de kimono. Les corps joints du poisson et de l’homme peuvent évoquer une métamorphose. La sculpture semble un peu légère au premier abord, mais dans un deuxième temps, on devine la tristesse de l’animal.

C-lb : Qu’attendez-vous de ce prix ?

EG : J’ai d’abord été très heureuse d’être sélectionnée. Ensuite, je ne m’attendais pas du tout à recevoir un prix, car je concourrais avec des artistes chevronnés, qui pour certains sont déjà reconnus sur le marché de l’art. Le prix m’a permis de faire de très belles rencontres. J’ai pu discuter avec les membres du jury, mieux connaître Philippe Marin, qui a un vrai intérêt pour le travail des artistes. J’ai pu aussi tester une nouvelle technique, oser la peinture. Et je vais continuer à peindre ! Dans quelques mois, en octobre, j’ai une exposition personnelle à Chinon où je vais associer céramiques et peintures. 

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La gravure d’Elsa Guillaume à l’origine de la sculpture présentée au Prix Marin

Pour en savoir plus :

la page du Prix Marin et la Galerie municipale Julio Gonzales d’Arcueil

Sabatté à l'aquarium de Paris

Sculptures de Lionel Sabatté à l’Aquarium de Paris

Drôle d’endroit pour une exposition. À deux pas du Trocadéro, l’Aquarium de Paris accueille les sculptures de Lionel Sabatté. À l’origine de l’événement, un coup de cœur d’Alexis Powilewicz, administrateur des lieux, pour l’œuvre du sculpteur. L’artiste confie : « Il y a plus d’un an, Alexis Powilewicz a acheté l’une de mes pièces dans une galerie, un grand poisson échoué. Il m’a ensuite proposé d’exposer. J’ai d’abord eu un temps d’hésitation, impressionné par l’ampleur de la tache, mais l’enthousiasme a vite pris le relais. » Il faut reconnaître que le challenge était de taille. C’est la première fois qu’un tel événement est organisé dans ces lieux dédiés à la découverte du milieu marin et qui semblent peu adaptés à la présentation d’œuvres d’art. Éclairages austères, volumes hétéroclites, animaux incroyables monopolisant l’attention du spectateur, autant d’embuches pour une exposition…  Mais Lionel Sabatté, qui avait carte blanche, a su déjouer les pièges de cet univers aquatique. Ses œuvres s’intègrent dans l’espace avec naturel, comme ses poissons d’argent flottant dans les airs, ses créatures hybrides végétales et minérales, à l’allure de murènes, ses oiseaux en moutons de poussière qu’on dirait rescapés d’une marée noire… Les scultpures interagissent avec l’environnement par des clins d’œil, en se reflétant sur les vitres des aquariums, telles des chimères surgissant des profondeurs marines. La beauté des œuvres de Lionel Sabatté tient en partie dans l’origine de leurs matériaux. L’artiste récupère tout ce qu’il peut trouver, des souches déracinées, des pièces de monnaie sans valeur, et même des rognures d’ongle et des peaux mortes. Il redonne vie à ces bouts de rien, pour créer un bestiaire fantasmagorique à la fausse fragilité…

Pour Cimaises-leblog, Lionel Sabatté explique quelques-unes des œuvres phares de l’exposition et leurs secrets de fabrication.

Chant silencieux

Sabatté à l'Aquarium de Paris
Chant silencieux. 2013. Souche de chêne, pièces d’un centime d’euro, fer, étain et laiton. 160 x 202 x 150 cm. Photo VA

« Cette œuvre a été réalisée lors d’une résidence d’artistes dans la Meuse, le Vent des forêts. J’ai récupéré la souche d’un chêne abattu pendant la grande tempête de 1999. Sa forme était d’une telle beauté que j’ai choisi de ne pas y toucher. J’ai réalisé des extensions pour redonner vie à cet arbre mort, le transformer en chimère. Cette sculpture est composée de pièces d’un centime d’euro, une pièce qui a également vu le jour en 1999. Les pièces de monnaie sont un matériau qui me plaît beaucoup, car elles circulent énormément, créant une forme d’échange entre les personnes. La pièce évoque aussi le trésor du fond des mers. J’ai fait rouiller le métal pour que sa teinte s’accorde à celle de l’arbre. Dans mon travail, j’utilise beaucoup l’oxydation. Ce phénomène naturel permet de créer de l’énergie, il représente dans mon imaginaire la dualité du vivant et du vieillissement. J’ai laissé apparente la structure en métal, pour donner un aspect de construction ou de ruine. Certains spectateurs y voient ainsi la jaillissement de la vie ou au contraire une bête à l’agonie. »

Le K

Sabatté à l'Aquarium de Paris
Le K, poisson d’argent. 
Pièces d’un centime d’euro, fer, étain, laiton, vernis. Photo VA.

« J’ai appelé ce poisson, le K, en référence à une nouvelle de Dino Buzzati qui m’avait marqué à l’adolescence. Dans ce récit, une créature marine poursuit le personnage principal dès qu’il s’approche de l’eau. Effrayé, celui-ci passe sa vie à l’éviter. Quand le héros sent qu’il va mourir, il décide d’aller se confronter à sa peur. Le fameux K apparaît. Il lui révèle que s’il l’a recherché sur toutes les mers, c’était pour lui donner une perle magique qui lui aurait assuré bonheur et réussite. Cette sculpture fait partie d’un banc de poissons, colonne vertébrale de l’exposition. Au départ j’avais imaginé des poisson échoués, j’ai décidé de les faire voler et de les suspendre dans la pièce principale de l’Aquarium. Ce sont des poissons imaginaires, qui évoquent une idée de l’évolution par la transformation de leur forme. Une grosse partie du travail d’accrochage a été d’arriver à composer avec leurs ombres projetées sur les murs. Ces ombres rappellent l’art pariétal, un art qui vient du fond des âges, mais aussi les mystères des profondeurs marines. »

Sombre réparation

Sabatté à l'Aquarium de Paris
Sombre Réparation, 2013 Papillons abimés, abeilles, ongles, peaux mortes, épingle et boite à spécimen, 26 × 19,5 × 7 cm. Courtesy de l’artiste.

«  J’ai récupéré des ailes de papillon abimées et mises au rebut chez le taxidermiste Deyrolle. J’ai reconstruit des insectes avec des bouts d’ongles et des peaux mortes. Je leur ai redonné vie grâce à ma chair. Les gens ont souvent une réaction de répulsion quand ils apprennent comment ces œuvres sont réalisées. Cette réaction que nous partageons tous m’intéresse en tant qu’artiste, car elle est irrationnelle. Nous nous serrons la main sans problème, les ongles sont des outils de séduction, mais dès que la peau et les ongles sont détachés du corps, ils deviennent dégoûtants. Pourquoi ? Je ne sais pas. »

Le Cygne noir

Sabatté à l'Aquarium de Paris
Le Cygne noir, 2014 Poussière du métro Chatelet et de l’aquarium, vernis, fil de fer, 180 x 120 x 120 cm. Photo VA

« Cette pièce est réalisée avec de la poussière du métro Chatelet. Cela fait quinze ans que je vais balayer dans la station, j’y suis toléré. Au début, les balayeurs avaient même peur de moi, ils pensaient que je venais les contrôler. J’ai choisi cet endroit parce qu’un million de voyageurs y passent chaque jour. Toutes ces personnes très différentes sont représentées dans la poussière. Ce matériau nous rassemble par-delà son côté repoussant. Avant de travailler la poussière, je la désinfecte et la stérilise. Après ce traitement, j’agglomère mes moutons sur une structure métallique avec de la colle en bombe, je passe ensuite plusieurs couches de vernis. Pour cette œuvre, j’ai ajouté de la poussière de l’aquarium au niveau des ailes. Cette poussière, plus fine, plus minérale, m’a donné une nouvelle matière. Le titre « Le Cygne noir » fait référence au livre du philosophe Nassim Nicholas Taleb. Il désigne ainsi les événements à faible probabilité qui ont des conséquences très importantes s’ils se réalisent. L’évolution se fait souvent grâce à de tels événements. »

En savoir plus

L’exposition « Fabrique des profondeurs » est à voir jusqu’au 18 mai à l’Aquarium de Paris au prix d’une entrée (20,50 euros pour un adulte plein tarif).

Lionel Sabatté à l'Aquarium de Paris
Lionel Sabatté à l’Aquarium de Paris
DDessin

Jeunes artistes et jeunes collectionneurs à DDessin

DDessin Boralevi
Marie Boralevi, « Sans titre », 2010, collage et gravure sur papier Japon, 40 x 50 cm. Une œuvre de la collection d’Évelyne Doucet.

Organisé en même temps que Drawing Now, DDessin est l’autre salon du dessin contemporain. Mais un salon à taille réduite, un cabinet de dessins, comme l’appellent ses organisateurs, Christophe Delavault et Ève de Medeiros. « Nous ne sommes pas en concurrence avec Drawing Now, nous sommes sur un autre créneau, complémentaire, explique Christophe Delavault. Notre objectif est d’être un double tremplin, pour les jeunes galeries et pour les artistes souvent émergents qu’elles représentent. » Pour la deuxième année consécutive, une vingtaine de galeries ont été réunies à l’Atelier Richelieu, un joli bâtiment au cœur de Paris, qui a autrefois abrité l’atelier d’impression du magazine l’Illustration. Dans cet espace intimiste, les organisateurs ont fait le choix d’une scénographie toute en ouverture. Aucune cloison ne sépare les stands, les exposants se partagent l’espace, accrochant leurs œuvres directement sur les murs du bâtiment… « Nous avons demandé à certains d’entre eux de réaliser un accrochage plutôt dense pour évoquer l’atmosphère d’un cabinet de curiosité ou celle d’un atelier d’artiste. » La plupart des œuvres sont à prix modérés : elles vont de 80 euros jusqu’à 10 000 euros. « Nous visons un public de jeunes amateurs d’art pour lesquels il peut s’agir d’un premier achat. » En parallèle à la foire commerciale, le salon organise plusieurs événements artistiques. Il permet notamment à Tomas Scherer, un jeune artiste de présenter en direct son travail et de bénéficier ainsi d’un coup de pouce. Les collectionneurs Évelyne et Jacques Deret exposent une sélection de leur collection d’œuvres sur papier. Il est amusant de constater que les goûts de Monsieur diffèrent radicalement de ceux de Madame. Jacques Deret s’intéresse aux œuvres géométriques et cinétiques, Évelyne Deret préfère les univers hantés par l’enfance, interrogeant la condition féminine et la normalité. Enfin, le dernier jour du salon, DDessin accueillera les Soirées dessinées. Ces soirées organisées depuis un an dans Paris font la promotion du dessin grâce à des performances. Dix artistes dessineront sur un immense rouleau de papier tendu sur le mur… L’occasion pour les visiteurs d’observer la création en direct.

En résumé :

DDessin un salon à voir pour ceux qui aiment les ambiances intimistes ou qui veulent découvrir une autre sélection en complément de Drawing Now.

 Infos pratiques

DDessin {14}. ATELIER RICHELIEU. 60, rue de Richelieu – 75002 Paris. Du 28 au 30 mars 2014

Œuvres en genèse

Richard Laillier
Richard Laillier, Scène de chasse XXV, 2013. Pierre noire, 40 x 50 cm.

Une vingtaine de peintres et de sculpteurs sont réunis autour du thème de la Genèse à la Fondation Taylor à Paris. L’ensemble est dense, parfois un peu hétéroclite. Mais l’exposition réserve de nombreuses pépites pour l’amateur d’art. Ne serait-ce que par la présence d’artistes de renommée internationale, tels Zao Wou Ki, Piotr Mondrian, Olivier Debré… Mais parmi les artistes émergents ou un peu moins célèbres que les noms illustres précédemment cités, les belles rencontres foisonnent. Les chiens solitaires de Jean-Pierre Ruel aboient avec les ombres noires de Richard Laillier. Les nuages d’acier d’Anne Laval semblent s’être échappés d’un paysage crépusculaire de Jérôme Delépine. Cet artiste est le vice-président de l’association Rémanence organisatrice de l’exposition. Il répond  aux questions du blog sur la genèse de l’événement.

Cimaises-le blog : Pourquoi avez-vous créé l’association Rémanence en 2012 ?

Jérôme Delépine :  L’association Rémanence s’est fixé de nombreuses missions. L’organisation d’expositions d’art contemporain de qualité présentant à la fois des artistes reconnus et des artistes émergents de la scène française et internationale. L’édition de livres et de catalogues relatant les expositions et ouvrant le champ d’investigations liées à leurs thèmes. L’organisation d’ateliers-débats, de conférences et d’actions pédagogiques, notamment des visites pour les scolaires. La collaboration avec des galeries et d’autres lieux d’expositions, centres d’art, musées, etc. 

Pourquoi ce thème de la Genèse ?

Le premier projet de Rémanence était de monter une exposition sur l’humain, un thème important du travail des artistes que nous aimons. La thématique est si vaste que nous avons décidé de la traiter sur trois années d’expositions, en trois volets dont le premier est naturellement  « Genèse », de l’aube du monde à l’aube de l’humanité. Parce que notre volonté est de se faire croiser plusieurs disciplines sur nos projets et de donner du fond à notre propos, nous avons édité un livre sur le projet. L’aube du monde y est évoquée par l’Enuma Elish, texte fondateur du mythe babylonien de la création, vers 1100 avant Jésus-Christ. Un texte dont découlent nombre de mythes et croyances de l’Humanité. L’aube de l’humanité y est décrite par Brigitte et Gilles Delluc, docteurs en préhistoire qui nous donnent des pistes de réflexion sur la motivation des artistes paléolithiques. Cette réflexion nous tend un miroir sur nos propres réflexions d’artistes contemporains.

Delépine
Jérôme Delépine, La Roche Guyon, 2011. Huile sur toile 97 x 162 cm.

Qu’évoque pour vous la Genèse en tant qu’artiste ?

Je ne prends pas la thématique de la Genèse sous son acceptation religieuse. Un journaliste a décrit mon propre travail par une forme de mysticisme athée. Je suis habitué à cette forme d’oxymore stylistique… Je comprends que la peinture contemplative puisse provoquer un sentiment « d’élévation » pour le regardeur. De même que l’écoute d’une cantate de Bach, la visite de la cathédrale de Beauvais, celle d’une grotte ornée ou la contemplation d’une cascade de montagne peut provoquer un haut sentiment d’élévation, que l’on soit croyant ou non. La « création » est un vocable très employé pour décrire le travail d’un artiste. Il faut bien admettre que devant la toile, nous sommes notre premier spectateur, que quelque chose nous échappe et semble prendre vie sous notre main. La Genèse d’une œuvre en cours.

Jean-Pierre Ruel
Jean-Pierre Ruel, Sans titre, 2013. Huile sur toile 40 x 50 cm.

Comment avez-vous réuni les artistes de cette exposition ?

Nous nous sommes retrouvés par affinité picturale, par admiration de la recherche de l’autre, par l’envie d’exposer ensemble, de confronter nos travaux. Mais Rémanence n’est pas une énième chapelle, nous désirons aussi montrer au public une diversité de médiums, de la peinture à la photo, de la sculpture à l’installation. Nous étonner nous-mêmes sera le plus sûr moyen d’étonner et d’intéresser notre public.

Nous avons l’honneur de défendre de beaux artistes dont certains ne sont représentés nulle part. Nous avons contribué à faire remarquer des artistes auprès de professionnels : nous continuerons en ce sens. Il y a très peu de place en France, entre les lois cyniques du  marché de l’art, des galeries et lieux institutionnels, des DRAC, pour les artistes que nous défendons. C’est aussi pour cela qu’il faut soutenir des associations comme Rémanence.  Il y aurait tant à faire ou à refaire. Mais pour cela, c’est une autre histoire de la Genèse à inventer.

Comment ont été sélectionnées les œuvres présentées ?

Une commission d’exposition se charge du choix des œuvres, ainsi que nombre de textes et la maquette du livre. Cette année, cette commission était assurée par Jean-Daniel Mohier, collectionneur.

Quels sont vos prochains projets ?

L’exposition Genèse sera présentée dans une scénographie très différente à la Galerie d’art contemporain d’Auvers-sur-Oise, de fin septembre à fin octobre, puis de fin octobre à fin novembre 2014. Nous scindons l’exposition parisienne en deux pour créer plus de respiration entre chaque monde pictural, et accueillons deux sculpteurs supplémentaires. Le projet Humanité prendra la suite de Genèse en 2015 à Paris. Nous cherchons encore un lieu pour recevoir ce projet, mais nous avons déjà de très beaux artistes et quelques surprises de taille pour ce deuxième volet. De nombreux autres projets sont dans les cartons, pour des collectifs de 3 à 20 artistes, toujours sur des thématiques précises. Nous ne sommes pas à priori en recherche d’artistes, nous sommes surtout en recherche de lieux et de commissaires d’expositions pour assurer certains projets et élargir les champs d’action de Rémanence.

En savoir plus :

Exposition « Genèse, de l’aube du monde à l’aube de l’humanité », jusqu’au 1er mars 2014. Fondation Taylor, 1 rue La Bruyère, 75009 Paris. Galerie  ouverte du mardi au samedi de 14h à 20h

Photo en-tête : Une vue de l’exposition Genèse. Sculpture d’Anne Laval, Sans titre, 2013 Laine d’acier et fil de cupron (cuivre et nickel). 160 x 15 x 100 cm.

 

Les dessins des Guerlain

Se perdre dans un labyrinthe de dessins est un plaisir délicieux. Surtout quand, au bout du parcours, ne guette aucun Minotaure affamé. C’est la sympathique expérience que nous offre la galerie d’art graphique du Centre Pompidou. Les lieux ont été reconfigurés pour accueillir la donation de dessins de Daniel et Florence Guerlain, grands collectionneurs d’art contemporain sur papier. Une enfilade de couloirs et de petites salles font perdre le sens de l’orientation au visiteur. Chaque espace recèle son lot de surprises. Sur les murs blancs, les cadres sous verres sont autant de fenêtres vers des univers particuliers, marqués de la personnalité de leur créateur. Le regard du visiteur est happé par une performance graphique, une atmosphère onirique, un assemblage surréaliste. Il est séduit, interpelé, admiratif… J’ai aimé, entre autres, les dessins délicats de Fabien Merelle sur les clochards du bois de Vincennes, les oiseaux de mauvais augure à l’encre et au café de Cameron Jamie, les croquis cruellement enfantins de Françoise Pétrovitch, les fumées de Tony Oursler. Difficile de choisir. Il y a plus de trois cents dessins présentés, réalisés par deux cents artistes d’une trentaine de nationalités différentes. Cette exposition dresse un superbe panorama de la création contemporaine. Elle montre que le dessin est loin d’être un genre mineur et monotone. Sous le crayon et la plume, l’inventivité bouillonne. Et ce n’est que la partie haute de l’iceberg. En janvier 2012, ce sont 1 200 dessins que Daniel et Florence Guerlain ont offerts au Musée d’Art Moderne. Espérons qu’un épisode deux de l’exposition sera programmé pour découvrir ces œuvres d’art.

Florence Guerlain a bien voulu répondre aux questions du blog. Elle explique les raisons de cette donation et le fil rouge de l’exposition présentée au Centre Pompidou. Merci à elle !

Cimaises Le Blog : Comment avez-vous constitué votre collection de dessins ? Quels critères ont guidé vos choix ?
Florence Guerlain : Cette collection s’est faite au fil du temps. Nous avons acheté au cours de ces vingt-cinq dernières années des sculptures, des peintures, des photos, des dessins. En créant notre prix de dessin contemporain dans le cadre de notre Fondation nous avons eu l’occasion de rencontrer un plus grand nombre d’artistes utilisant ce médium. Nous avons eu l’opportunité ainsi d’acheter plus de dessins et nous avons pu constituer une réelle collection. Aucun critère à priori. Yves Lecointre, directeur du Frac Picardie, a bien regardé notre collection et  il y a trouvé un fil conducteur « l’absence et la présence du corps ». Jamais lors de nos achats nous n’avions pensé à cibler notre décision sur ce thème. Nous achetons ensemble ce qui nous plait, et voilà ! Mais l’inconscient travaille à priori !!!

CLB : Pourquoi avez-vous décidé de céder une partie de votre collection ?
FG : Parce que nous avons souhaité qu’elle reste dans son intégralité et la seule façon était de la donner à un musée. Nos affinités avec les amis du Musée national d’art moderne (Alfred Pacquement, Jonas Storsve, Alain Seban, François Trêves, et maintenant Jacques Boissonnas)* nous ont tout naturellement guidés vers ce grand musée dont le cabinet d’art graphique détient déjà plus de 20.000 dessins.

CLB : Comment l’exposition au Centre Pompidou a-t-elle été organisée ? Avez-vous participé à l’accrochage ?
FG : Jonas Storsve, le conservateur du cabinet d’art graphique, a fait une sélection des dessins à partir des artistes qui ont été sélectionnés pour tous les prix de dessin depuis 2007. C’était en quelque sorte la colonne vertébrale de l’accrochage. Après il a trouvé les affinités entre les artistes. Nous n’avons pas assisté à l’accrochage, car nous avions une confiance absolue. Et vous avez vu le résultat, c’est assez extraordinaire. La scénographie est spectaculaire.

CLB : Quelles sont vos œuvres préférées dans cette exposition ?
FG : Ce pourrait être celles que nous n’avons jamais pu voir dans leur ensemble par manque de place dans nos maisons. Ainsi l’extraordinaire série de Marc Bauer que nous avions donnée non encadrée, qui a été encadrée et montrée exactement comme les séquences du film « La Jetée ». Nous n’avions pas 20 mètres pour la présenter comme cela, c’est bien là cependant qu’elle prend toute sa force. Notre œil avait été bon pour l’acheter. Cela fait très plaisir. La salle des « insectes » qui rassemble Jose Maria Sicilia (les cires d’abeille) Daniel Dezeuze, Not Vital, Gilles Aillaud, Roger Acking. C’est d’une grande sensibilité. Je ferai une remarque sur notre collection : dans cette petite salle, il y a un Espagnol, deux Français, un Suisse et un Anglais. C’est cette diversité de nationalités d’artistes qui a séduit le musée. La donation représente 38 nationalités avec 200 artistes. Et ça fonctionne.

* NDLR : La société des Amis du Musée national d’art Moderne est une association dont la vocation est de réunir collectionneurs et amateurs désireux de participer à l’activité du Musée et de soutenir l’élaboration de ses collections.

Fabien Mérelle Paul d’Aubervilliers, 2010 Encre sur papier 28,2 x 21 cm
Fabien Mérelle, Paul d’Aubervilliers, 2010 Encre sur papier 28,2 x 21 cm

En savoir plus :

Donation Guerlain, 16 octobre 2013 – mars 2014, galerie du Musée et galerie d’art graphique, Centre Pompidou, Paris.

Image en-tête : Richard Prince, Sans titre (Once upon a time), 1996 Stylo-bille sur papier 28,3 x 38 cm