Archives pour la catégorie Musée

Arles-y !

Une fois n’est pas coutume, le blog s’intéresse à la photographie contemporaine. Cette discipline est un vivier d’artistes formidables. Il suffit de visiter Arles pour s’en rendre compte. La ville accueille pour la quarante-sixième année ses Rencontres photographiques. Cette année, on peut découvrir une trentaine d’expositions réparties dans toute la ville et à ses alentours dans des lieux souvent insolites et magnifiques : églises, couvents, chapelles, entrepôts… La programmation couvre tous les genres : photographie documentaire, vernaculaire, conceptuelle, historique… Si vous n’êtes pas passé à Arles cet été, il est encore temps de goûter ce très bon crû 2015, car le festival ferme ses portes le 20 septembre seulement. Voici les 5 expositions préférées du blog.

Martin Gusinde au Cloître Saint-Trophime

Rencontres photographiques Arles
Martin Gusinde. Ulen, Le bouffon masculin. Avec l’aimable autorisation d’Anthropos institut/Editions Xavier Barral

C’est un voyage vers des terres inconnues, aujourd’hui disparues, que nous propose cette exposition. Elle présente les photographies du missionnaire et anthropologue allemand Martin Gusinde, réalisées de 1918 à 1924 au fil de quatre voyages de plusieurs mois en Terre de Feu. C’est le seul anthropologue à avoir pu effectuer une étude détaillée de plusieurs sociétés primitives de cette région, les Selk’nam, les Yamana et les Kawésqar. L’homme ne porte pas un froid regard scientifique sur ces tribus. Bien au contraire, il participe à la vie des villageois, à leurs rites religieux. Les 1 200 clichés qu’il prend témoignent d’une profonde humanité. Ils laissent entrevoir la richesse mythique de sociétés qui avaient été jusque‐là considérées comme peu dignes d’attention. Les portraits constituent une grande part de ces images et le corps y apparaît dans ses manifestations les plus extraordinaires, celles du monde des esprits.

L’Esprit des hommes de la Terre de Feu de Martin Gusinde.

Markus Brunetti à la Grande Halle

Rencontres photo Arles
Markus Brunetti
Köln, Hohe Domkirche St. Petrus, 2008-2014.
avec l’aimable autorisation de l’artiste et Hartmann projects.

Oooh ! ne peut-on s’empêcher de s’exclamer devant les photographies de Markus Brunetti. Puis, dans la foulée, on se demande : comment a-t’il fait ? En 2005, l’artiste entame un long voyage à travers l’Europe qui durera dix ans. Il photographie les façades d’édifices sacrés en choisissant une perspective frontale radicale. Dans ses clichés grand format, aucun personnage, aucun nuage, aucun brin d’herbe ou papier sale. Rien ne vient gêner l’observation des bâtiments, incroyablement nets et détaillés depuis leur flèche jusqu’au perron. Cette précision surréaliste, obtenue grâce à un minutieux travail de postproduction, désarçonne le spectateur, le met au défi, l’invitant à prendre le temps de contempler ces monuments qu’il a peut-être déjà visités, sans toujours remarquer l’incroyable beauté de leurs façades.

Façades de Markus Brunetti

Alex Majoli et Paolo Pellegrin au magasin électrique

rencontres photo Arles
Une vue de l’exposition Congo d’Alex Majoli et Paolo Pellegrin

Ces deux photographes de l’agence Magnum nous emmènent au Congo, pour un voyage hors des sentiers battus et rebattus sur l’Afrique noire. Ils dévoilent un pays aux multiples facettes. Ils arpentent les villes et les campagnes, les mondes du jour et de la nuit, ils partagent les joies et les peines des habitants. C’est une photographie humaniste toute en finesse.

Congo d’Alex Majoli & Paolo Pellegrin.

Thierry Bouët à la Grande Halle

Fasciné par les annonces du site le Bon Coin, Thierry Bouët est allé à la rencontre de vendeurs d’objets d’insolites. Il les photographie chez eux avec cet objet dont ils ne veulent plus, dans une mise en scène décalée. Il accompagne ses clichés du texte de l’annonce, de quelques lignes d’explication. Le résultat est une exposition à l’humour tendre, jamais méchant.

Affaires privées de Thierry Bouët

arles15-bouet
Thierry Bouët, série Affaires privées. Avec l’aimable autorisation de l’artiste.

Vernaculaire ! à la Chapelle de la Charité

Rencontres photo Arles
Teddybär, 45. Avec l’aimable autorisation de Jean-Marie Donat.

L’exposition présente trois séries issues du fonds de 10 000 photographies du collectionneur Jean-Marie Donat. Les images qu’il affectionne ont pour point commun la répétition d’un détail. Cette répétition abolit le hasard ; les clichés côte à côte prennent un nouveau sens. «Teddybear» rassemble ainsi des photographies prises en Allemagne entre la fin de la Première Guerre mondiale et la fin des années 1960. Des anonymes posent à côté d’acteurs déguisés en ours blancs, placides ou inquiétants. «Blackface» interroge l’évolution du regard porté sur les Afro-Américains entre 1880 et la fin des années 1960 via les blackfaces, ces blancs grimés en Noirs pour des spectacles ambulants ou des fêtes privées. «Predator» présente des photos d’amateurs du monde entier ayant en commun l’ombre du photographe, portant un chapeau. Le même homme est partout, tout le temps, menaçant.

Vernaculaire ! Trois séries de la collection Jean-Marie Donat

Pour connaître le programme :

Le site du festival : Rencontres photographiques d’Arles

Beaute Congo

Beautés de l’art congolais

Pour une fois, une exposition ne cherche pas à couvrir l’art de tout le continent africain, ce qui est une tache démesurée, un peu absurde. Au contraire, elle se focalise sur un seul pays, le Congo, et retrace près d’un siècle de sa production artistique, en mettant l’accent sur la peinture et la photographie. Près de 350 œuvres témoignent de la vitalité culturelle de ce pays. C’est une explosion de couleurs, de non-conformisme, de gaieté et d’inventivité… Le visiteur découvre les jungles généreuses de Bela Sara, le Kinshasa nocturne et fêtard de Moke, les peintures « populaires » de Chéri Samba, les clinquantes villes imaginaires de Bodys Isek Kingelez. Le coup de cœur du blog va à JP Mika, né en 1980. Ses peintures grand format sur tissu dressent le portrait d’une Afrique moderne et dynamique, connectée sur le monde. Alors, n’hésitez pas. Offrez-vous un voyage au Congo. L’embarquement se fait à la Fondation Cartier à Paris, jusqu’au 15 novembre !

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Pour plus d’info :

Beauté Congo, Fondation cartier pour l’Art contemporain, 11 juillet-15 novembre 2015. http://fondation.cartier.com

Et une interview de l’artiste JP Mika par KINGZ.FR

Pour voir d’autres interviews des artistes contemporains de l’expo, c’est ici !

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Les noirs dessins de Zonder

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Jérôme Zonder, « Jeu d’enfants #4 », 2011, mine de plomb et fusain sur papier, 200 x 150 cm, collection O. Malingue, France

À la sortie de l’École des Beaux-Arts de Paris en 2001, Jérôme Zonder décidait de ne dessiner qu’en noir et blanc et de ne jamais utiliser de gomme. Un choix plutôt radical. Qui aurait sans doute été anecdotique si l’artiste n’avait développé un univers très personnel. Ses œuvres (souvent de très grands formats), réalisées essentiellement à la mine de plomb et au fusain, suscitent à la fois admiration et effroi. « En 2009, une montée de violence me semblait palpable. J’ai commencé une série consacrée aux enfants du siècle, alors âgés de neuf ans, autour du thème de leur anniversaire les faisant rejouer des événements de l’actualité récente, où violence, enfance, cruauté et amour s’entremêlaient. » Au fur et à mesure des années, les enfants sont devenus des adolescents, mais sont restés toujours aussi cruels. Scènes d’exécution et de torture hantent l’artiste, qui a également travaillé sur la Shoah. « Intuitivement, la violence a depuis le début orienté le choix des sujets dans mon travail et organisé le rapport que je voulais entretenir avec sa matérialisation. II s’agit de la violence dont on hérite et de la violence du monde au présent. La radicalité du dessin coïncide, dans mon esprit, avec de fortes intensités qui sont le plus à même de rendre sensible ce que je veux donner à voir. »

Jérôme Zonder au travail dans son atelier.
Jérôme Zonder au travail dans son atelier.

Antoine de Galbert, le fondateur de la Maison Rouge à Paris, collectionne Jérôme Zonder depuis 2004. Il a décidé de lui ouvrir les portes de son espace. « Ce qui m’a beaucoup plu est le ton porté sur un mode bande dessinée, comique et sombre, à la manière de Crumb. J’étais autrefois passionné par ce médium, j’ai donc été naturellement happé par cet aspect, qui m’a ensuite ouvert le chemin sur le reste de son œuvre. » Jérôme Zonder a investi la Maison Rouge avec le même maximalisme que pour sa démarche artistique. Les murs, le sol sont entièrement recouverts de dessins au feutre, au crayon, dans une profusion maniaque. Sur cette œuvre démesurée sont accrochés les dessins de l’artiste. Le visiteur progresse dans ce labyrinthe angoissant, en proie à la fascination et à la répulsion. Il plonge littéralement dans l’univers de l’artiste, sans pouvoir y échapper. Certains trouveront sans doute cette prise d’otage intolérable. Mais l’artiste veut placer chacun de nous face à la violence de l’humanité, notre propre violence, et nous faire nous interroger sur la façon dont nous l’évitons, la nions ou la combattons.

Infos pratiques

Jérôme Zonder, « Fatum » du 19 février 2015 au 10 mai 2015 à  La maison rouge, fondation Antoine de Galbert, 10 bd de la Bastille, 75012 Paris. www.lamaisonrouge.org

Oeuvre à la une

Jérôme Zonder, « Jeu d’enfants #1 », (détail) 2010, mine de plomb sur papier, 160 x 160, collection privée, France
Niki de Saint Phalle

Les secrets de la technique de Niki de Saint Phalle

Le Grand Palais à Paris présente l’œuvre de Niki de Saint Phalle. Cette belle exposition a pour mérite de montrer toute la complexité d’une artiste bien plus tourmentée que son image grand public ne le laisse deviner. Ses Nanas, sculptures colorées et joyeuses, odes à la féminité, ont occulté les autres œuvres de l’artiste. Niki de Saint Phalle était une créatrice d’une grande imagination. Autodidacte, elle a exploré sans complexe ni tabou, de très nombreuses techniques, notamment l’art monumental dont elle était un maître. Voici comment elle a élaboré quelques-unes de ses œuvres phares.

Des peintures sanglantes

Niki de Saint Phalle
Saint Sébastien (Portrait of My Lover / Portrait of My Beloved / Martyr nécessaire), 100 x 74 x 15 cm , peinture, bois et objets divers sur bois. Cette œuvre, que le public pouvait percer de fléchettes, conduira l’artiste à l’idée des tirs.

Niki de Saint Phalle a connu ses premiers succès médiatiques avec sa série des Tirs, imaginée en 1961. Le principe : des sacs de couleurs, et plus tard des bombes de peinture sont enfouis sous une épaisse couche de plâtre blanc. L’œuvre, d’abord immaculée, prend sa forme définitive lorsque des amateurs tirent sur elle, participant eux-mêmes à la création. La peinture s’échappe par les orifices créés par les balles et dégouline dans une explosion de matière. Avec ces bas-reliefs violents, l’artiste exorcise le climat familial étouffant et surtout l’inceste du père (une question bizarrement passée sous silence dans l’exposition).

Niki de Saint Phalle dévoile la genèse de ces œuvres dans une lettre. «  (…) J’eus une illumination : j’imaginai la peinture se mettant à saigner. Blessée, de la manière dont les gens peuvent être blessés. Pour moi, la peinture devenait une personne avec des sentiments et des sensations. (…) Je parlai à Jean Tinguely de ma vision et de mon désir de faire saigner une peinture en lui tirant dessus. Jean fut emballé par l’idée; il suggéra que je commence tout de suite. Impasse Ronsin, on trouva du plâtre et une vieille planche, puis on acheta de la peinture au magasin le plus proche. Pour faire adhérer le plâtre au bois on planta quelques clous. Prise de frénésie, je ne cachai pas seulement de la peinture derrière le plâtre, mais tout ce qui me tombait sous la main, y compris des spaghettis et des œufs. Quand cinq ou six reliefs furent prêts, Jean pensa qu’il était temps de trouver un fusil. On n’avait pas assez d’argent pour en acheter un, alors on est allé dans une fête foraine boulevard Pasteur et on a convaincu l’homme qui tenait la baraque de tir de nous louer un fusil. C’était un 22 long rifle qui tirait de vraies balles. Les balles perceraient le plâtre puis les sacs en plastique enfouis dans le relief et contenant la peinture, la faisant couler à travers les trous des balles et colorer la surface blanche visible. L’homme du stand de tir insista pour venir lui-même avec le fusil. Il avait sans doute peur de ne pas le revoir. (…)

Pendant les six mois qui suivirent, je fis des essais en mélangeant toutes sortes d’objets aux couleurs. Je laissai tomber les spaghettis et le riz et me consacrai davantage au côté spectaculaire des tirs. J’inaugurai l’usage de la peinture en bombes qui, frappées par une balle, produisaient des effets extraordinaires. Cela ressemblait beaucoup aux peintures abstraites expressionnistes que l’on faisait à l’époque. Je découvris les résultats dramatiques que pouvait donner la couleur se répandant sur les objets. J’utilisai enfin du gaz lacrymogène pour les grandes finales de mes performances de tirs. La fumée dégagée évoquait la guerre. La peinture était la victime. Qui était la peinture ? Papa ? Tous les hommes ? Petits hommes ? Grands hommes ? Gros hommes ? Les hommes ? Mon frère John ? Ou bien la peinture était-elle MOI ? Me tirais-je dessus selon un RITUEL qui me permettait de mourir de ma propre main et de me faire renaître ? »

Dans cette vidéo de l’INA, on la voit procéder à l’un de ces tirs :

Les mariées révoltées

 Cette accumulation d’objets pris dans le plâtre se retrouve dans des sculptures grandeur nature qui annoncent les futures Nanas. Niki de Saint Phalle représente des femmes, jeunes mariées ou parturientes, dont les corps sont recouverts de petits objets symboliques : poupées, baigneurs écartelés, bouquets de fleurs artificielles, soldats en plastique qui donnent une tonalité à la fois grinçante et burlesque aux personnages.

Dans cette interview de 1972, l’artiste explique son processus créatif et son engagement féministe (face à un journaliste légèrement machiste) :

Les Nanas démesurées

Niki de Saint Phalle
Dolorès, 1968-1995, 550 cm, polyester peint sur grillage.

En 1965, l’artiste entreprend sa série des Nanas, qui lui donnera une reconnaissance internationale. En 1966, avec son mari Jean Tinguely, elle reçoit la commande d’une Nana gigantesque qui sera exposée au Musée de Stockholm. Elle explique la construction de cette œuvre dans une lettre à une amie. « Nous avons dû travailler 16 heures par jour. Nous baptisâmes notre Déesse HON, ce qui signifie ELLE en suédois. Je fis le petit modèle original qui donna naissance à la Déesse. Jean, qui était capable de mesurer à l’œil, réussit à agrandir le modèle en une carcasse de fer qui était l’exacte réplique de l’original. Une fois que le châssis fut soudé, une immense surface de grillage fut assemblée pour former le corps de la déesse. Sur les petits réchauds électriques, je faisais cuire dans d’énormes marmites une masse de colle de peau de lapin puante. Des mètres de tissus furent mélangés à la colle puis disposés sur le squelette en métal. Plusieurs couches furent nécessaires pour cacher le support. En brassant ma colle, j’avais souvent l’impression d’être une sorcière médiévale. Quand les toiles furent sèches et bien collées au métal, nous avons peint en blanc le corps de la Déesse. Puis je le décorai, en apportant quelques modifications au modèle original. Plus tard, avec l’aide de Rico, je peignis la sculpture. Pontus travaillait nuit et jour, jouant de la scie et du marteau, participant à notre travail de toutes les façons qu’il pouvait. Pendant ce temps Jean et Ultvedt s’occupaient à remplir l’intérieur du corps de la Déesse avec toutes sortes d’attractions. Jean fit un planétarium dans son sein gauche et un milk-bar dans son sein droit. Dans un bras serait projeté le premier court-métrage où ait joué Greta Garbo et dans une jambe on trouverait une galerie de fausses peintures (un faux Paul Klee, un faux Jackson Pollock, etc). »

Avec le temps, les matériaux employés pour donner vie aux Nanas évoluent. Niki de Saint Phalle abandonne le papier et les tissus collés. Elle sculpte ses œuvres dans des blocs de polystyrène. Elle recouvre cette base de laine de verre et de résine polyester pour la rendre dure comme la pierre. Les Nanas sont ensuite peintes de couleurs vives ou décorées de morceaux de céramique colorée, des miroirs, des billes de verre… Ces sculptures si joyeuses causeront paradoxalement des souffrances cruelles à l’artiste. Au fil des années, les vapeurs et les poussières de la résine lui brûleront les poumons et provoqueront une insuffisance respiratoire chronique.

Les liens :

L’INA a regroupé sur une page les différents documents sonores ou visuels sur l’artiste dont elle dispose : http://www.ina.fr/contenus-editoriaux/articles-editoriaux/niki-de-saint-phalle-l-autodidacte-engagee/

La fondation Niki de Saint Phalle http://nikidesaintphalle.org

Ce site sur les femmes artistes a mis en ligne les lettres très détaillées que Niki de Saint Phalle a adressées à ses amis, réels ou imaginaires. C’est passionnant. http://www.femmespeintres.net/pat/mod/desaintphalle.htm

 L’expo :

L’expo Niki de Saint Phalle se tient au Grand Palais jusqu’au 2 février 2015.

Image en-tête : « Cheval et la Mariée » (Détail), 235 x 300 x 120 cm, tissu, jouets, objets divers, grillage 

 

rabier nowart dali

Dali et les street artistes

L’Espace Dali à Paris a eu l’idée originale d’inviter une vingtaine d’artistes urbains dans une exposition où les créations d’aujourd’hui dialoguent avec celles du maître catalan. Chacun des artistes contemporains a créé une œuvre qui ose confronter l’univers surréaliste aux codes de l’art urbain : peinture, pochoir, dessin, lumière, son, installation. Lors du vernissage de l’exposition, sous un beau soleil de fin d’été, une dizaine d’artistes ont réalisé une fresque murale en face du musée. Ils témoignaient ainsi de la vitalité, de la richesse du street art. Cimaises-le blog a fixé ce petit moment de couleurs et de créativité.


Street art à l’Espace Dali par cimaises-leblog

œuvre en-tête :

Arnaud Rabier « Nowart », « Dali fait le mur », aérosol marqueur, 89 x 116 cm, 2014

Infos pratiques :

Exposition « Dali fait le mur » du 11 septembre 2014 au 15 mars 2015. Espace Dali11 rue de Poulbot, 75018 Paris. Avec Akiza, Artiste Ouvrier, Fred Calmets, Codex Urbanus, Hadrien Durand-Baïssas, Jadikan, Jérôme Mesnager, Les King’s Queer, Kool Koor, Kouka, Levalet, Thomas Mainardi, Manser, Nikodem, Nowart, Paella, Pioc PPC, Sack, Speedy Graphito, Valeria Attinelli, Zokatos.

 

Monumenta Kabakov

Monumenta : L’étrange cité des Kabakov

Chaque année au printemps, il se passe d’étranges choses sous la Nef du Grand Palais. L’espace a ainsi été successivement envahi par une gigantesque baudruche aubergine, des parapluies multicolores, des monolithes d’acier, des tours de Babel en ruine, des amas de tissus et de boîtes à gâteaux*. En ce mois de juin, une cité éphémère dresse ses murs immaculés à l’abri de la verrière. Monumenta est de retour. Cette manifestation d’art contemporain invite un artiste à créer une œuvre pour ce célèbre édifice parisien et à défier son immensité. Car le Grand Palais, c’est tout de même 13 500 m2, 200 m de largeur, 45 m de hauteur, un sol en béton brut mal dégrossi, un toit de verre sublime qui happe le regard. Cette année, le spectateur a le droit, non pas à un seul artiste, mais à un couple : les Russes Ilya et Emilia Kabakov, figures majeures de la scène artistique. Pour Monumenta, ils ont construit une cité utopique et mystérieuse. L’installation, complexe, mêle musique, architecture, dessin et sculpture. Elle entraîne le visiteur entre rêve et réalité, dans un parcours initiatique où les Kabakov s’interrogent sur la condition humaine, sur « les grandes visions du progrès, de la science, de l’élévation de l’homme, qui ont pu conduire au bord du désastre. »

Parcours guidé de l’exposition

Une fois franchies les portes du Grand Palais, en préambule, une pancarte donne les règles de la Cité : pas de portable, baisser la voix, pas de selfie. Oublions ces interdictions manquant d’humour, et engageons-nous dans le parcours proposé par les artistes.

La coupole

Ilya et Emilia Kabakov nous accueillent avec une structure de métal évoquant l’orgue de lumière du compositeur russe Alexandre Scriabine, alliant sons et couleurs. Cette coupole gigantesque diffuse une musique lancinante, son cœur s’éclaire de battements acidulés.

Monumenta Kabakov
La coupole lumineuse des Kabakov. Photo VA.

La porte

L’entrée de la cité s’effectue ensuite par une porte en ruine, qui réunit symboliquement vestiges du passé et visions du futur. La cité est entourée d’un mur d’enceinte circulaire qui la protège de l’extérieur. À l’intérieur, cinq pavillons.

Le musée vide

Le premier pavillon évoque les grandes salles d’exposition des musées russes. Les peintures au mur sont remplacées par des flaques de lumière ovales. La Passacaille de Jean-Sébastien Bach remplit les lieux de musique. Libre aux spectateurs d’imaginer les tableaux évaporés ou de se laisser porter par les variations de l’orgue de Bach.

Manas

Les artistes ont imaginé une ville disparue au nord du Tibet. Cette ville est entourée de huit montagnes dont les sommets accueillent des dispositifs de communication avec les sphères supérieures. Des maquettes en bois et des dessins expliquent chacun des dispositifs. Au centre de la salle, un espace fermé présente la maquette de Manas, la ville disparue, avec ses deux niveaux, terrestre et céleste.

Monumenta Kabakov
Manas, la cité disparue

Le Centre de l’énergie cosmique

Là aussi, maquettes en bois et dessins. Cette salle évoque l’énergie cosmique qui se déverse sur la terre selon un angle de 60°. Un centre et son laboratoire recueillent cette énergie et communiquent avec la noosphère, sphère de la pensée humaine. Celle-ci contiendrait toutes les consciences de l’humanité selon un concept développé par le chimiste Vladimir Vernadski et le philosophe Pierre Teilhard de Chardin.

Monumenta Kabakov
La maquette du centre de l’énergie cosmique

Comment rencontrer un ange

L’ange chez les Kabakov peut avoir deux significations. Il s’agit de l’ange gardien, qui porterait l’homme vers la bienfaisance et l’amélioration morale. Mais il peut aussi s’agir de l’ange déchu qui prédit la perte de la spiritualité et la domination du matérialisme.

Les portails

Dans cette salle, peintures et dessins côtoient un grand portique, symbole du passage de la vie à l’au-delà.

Monumenta Kabakov
Une peinture de Ilya Kabakov

Les chapelles

En dehors de l’enceinte de la cité, deux chapelles ont été construites, côte à côte, aux dimensions des ateliers des artistes à Long Island, aux États-Unis. Mais elles peuvent s’apparenter à deux mausolées… Dans la chapelle blanche, le dispositif évoque les fresques disparues des églises et partiellement recouvertes de peinture blanche. Ici, le thème de peintures n’est pas religieux, c’est un pan du passé des artistes, des images de la propagande soviétique qui a bercé leur jeunesse. Dans la chapelle noire, l’atmosphère rappelle plus un atelier d’artiste. Des tableaux gigantesques représentent le couple recevant un prix à Tokyo. Mais la scène a été inversée dans un angle à 45°, et mêlée à des images tirées de l’histoire de l’Union soviétique. Des taches blanches symbolisent le chiffon du peintre. Tous ces souvenirs de la petite et grande histoire finiront par disparaître !

Monumenta Kabakov
La Chapelle Blanche

En conclusion

C’est une belle édition de Monumenta où l’on peut rêver et méditer sur la place du spirituel dans l’évolution humaine. Il est cependant dommage que les artistes n’aient pas ouvert les plafonds des différents pavillons de leur étrange Cité sur la verrière du Grand Palais. En accord avec les thématiques évoquées par les Kabakov, le spectateur aurait pu essayer de communiquer avec le Cosmos et ses sphères supérieures.

Infos pratiques

Monumenta 2014 : Ilya et Emilia Kabakov. L’Étrange Cité. 10 Mai 2014 – 22 juin 2014. Grand Palais, Nef. Lundi, mercredi et dimanche 10 h – 19 h. Jeudi, vendredi et samedi 10 h – 0 h Fermeture hebdomadaire le mardi.

Mon conseil : venir en fin de journée quand la lumière fait place à la nuit, pour mieux apprécier les différentes ambiances de cette installation totale !

* un résumé très bref des créations d’Anish Kapoor, de Daniel Buren, de Richard Serra, d’Anselm Kiefer et de Christian Boltanski présentées aux éditions précédentes de Monumenta.