Archives pour la catégorie Galerie

aurore pallet

L’œuvre au noir d’Aurore Pallet

Un alignement de petites peintures sur bois de format identique. Sous les spots de la galerie, leur surface vernie réfléchit des brumes blanchâtres. Mais si le visiteur se déplace et se rapproche, le reflet éblouissant disparaît, le gris scintillant fait place au noir. On découvre alors des paysages monochromes. Ceux-ci semblent surgir des ténèbres nocturnes, à peine éclairés par une lune lointaine et invisible. L’auteur de ces petites peintures est Aurore Pallet (née en 1982). Pour sa deuxième exposition à la galerie Isabelle Gounod, elle invite le visiteur à un voyage où chaque tableau constitue une étape dans des lieux symboliques ; la montagne, le rivage, l’île, le ciel. À travers ces paysages, l’artiste poursuit sa réflexion autour d’une thématique qui lui est chère, celle de « l’esprit des lieux.  » Elle confie ces quelques clefs sur sa peinture : « J’ai voulu traverser un espace. Cet espace n’est pas celui d’une réflexion ; c’était celui, immersif, du mouvement aléatoire des images mentales. Comme lorsque dans le train, le paysage qui défile sous nos yeux se transforme et disparaît pour laisser place à un flux incontrôlé de pensées flottantes. Il s’agit donc de paysages. En noir et blanc le plus souvent, à peine colorés parfois ; des rivages et des fonds sous-marins, des lignes d’horizons, les éléments d’une végétation plus ou moins envahissante, des îles… Ces peintures sont pour moi des lieux. Comme tout lieu, elles sont aussi un espace intérieur. Leur réalité importe peu. Il faut y avancer lentement, ne rien attendre, s’ancrer contre tout discours. »

aurore pallet
Aurore Pallet, Les annonces fossiles 6, 2014, huile sur bois, 17 x 25 cm.

L’expo :

Aurore Pallet « Les Annonces Fossiles », du 7 février au 28 mars 2015 (fermeture exceptionnelle de la galerie du 05/03 au 12/03 inclus) Galerie Isabelle Gounod, 13, rue Chapon 75003 Paris.

Œuvre en-tête :

Aurore Pallet, Les annonces fossiles 20, 2014, huile sur bois, 17 x 25 cm (détail)

Les visions de Soto

Ça vibre, ça pulse, ça virevolte, ça s’escamote, ça pivote… Amusante et intrigante, ludique et technique, l’exposition de l’artiste cinétique, Jesus Rafael Soto (1923-2005), à la galerie Perrotin présente une soixante d’œuvres réalisées entre 1957 et 2003. Variations sur le mouvement et la couleur, ces installations peuvent s’avérer déroutantes et vertigineuses. L’œil, le corps se trouvent subtilement piégés par une perspective multiple, où aucun point de vue n’est privilégié. En se déplaçant de quelques centimètres, le visiteur agit sur l’œuvre par le regard. Des lignes parallèles s’entremêlent, des volumes s’érigent, des calligraphies apparaissent. « La fonction de toute œuvre d’art est de stimuler la réflexion, son intérêt est éminemment conceptuel, bien que l’artiste doive recourir à des moyens sensoriels pour rendre évidents ses concepts », disait ainsi Soto. Les œuvres exposées, qui ont parfois plus de trente ans, n’ont pas pris une ride. Le plaisir de les regarder, de déceler leurs secrets est toujours intact.

"Cube de Paris", 1990, aluminium et nylon, 300 x 200 x 200 cm. Ph VA.
« Cube de Paris », 1990, aluminium et nylon, 300 x 200 x 200 cm. Ph VA.
En savoir plus :

Jesus Rafel Soto, « Chronochrome », Galerie Perrotin dans ses espaces de Paris et de New York. Jusqu’au 28 février 2015.

À voir : le beau site sur l’artiste : http://www.jr-soto.com

Oeuvre en-tête (détail)

« Sans titre (la ficelle) », 1961; peinture, bois et ficelle. 91 x 91 x 18 cm.

Les migrations d’Emma Malig

Derniers jours pour admirer l’installation d’Emma Malig à la Maison de l’Amérique latine à Paris.

Poète, géographe et voyageuse. Emma Malig est née au Chili, elle travaille en France. Depuis quelques années, elle imagine des globes en volume et en mouvement évoquant avec poésie les migrations humaines et animales. Elle présente à Paris une nouvelle création : une sphère mobile réalisée avec des cordes de piano et des fragments de papier, finement travaillés avec des pigments et des impressions lithographiques. Par des effets d’éclairage, un ballet d’ombres fait contraste avec les éclats de lumière. L’artiste reprend ainsi ses thèmes privilégiés : l’œuvre allie pour les opposer les sombres désastres des exodes humains, anonymes et meurtriers, sur terre et sur mer, et le côté solaire des vols migrateurs, libres en plein ciel, au gré du rythme des saisons.

« Nord-Est
130° au Sud
Les étoiles guident le clair-obscur des migrants

Les vents, entre deux bleus
deux traversées

La mer, un drapé de dentelles

Un oiseau rapide, argenté
Reflété par les eaux
vole des jours et des nuits
sans repos
jusqu’au bout du monde. »

Emma Malig

POUR EN SAVOIR PLUS :

Installation d’Emma Malig jusqu’au 13 janvier 2015 à la Maison d’Amérique Latine. Du lundi au vendredi, de 10h à 20h, le samedi de 14h à 18h, accès libre

le site de l’artiste : http://emmamalig.free.fr/

 

claire tabouret

Claire Tabouret à la galerie Bugada & Cargnel

Une vue de l'exposition de Claire Tabouret à la galerie BUgada & Cargnel (ph. VA)
Une vue de l’exposition de Claire Tabouret à la galerie Bugada & Cargnel (ph. VA)

Tombée en peinture à l’âge de quatre ans devant Les Nymphéas de Claude Monet, Claire Tabouret n’a jamais dévié de sa vocation première. Elle se revendique peintre figurative. Ses œuvres évoquent les thèmes de l’enfance, des racines familiales, des liens sociaux. L’artiste mêle aplats, épaisseurs et glacis transparents, elle donne à voir une réalité mouvante et ambiguë. Travaillant à partir de photographies (aussi bien des archives personnelles que des clichés anonymes récoltés au fil de ses recherches), elle s’empare de figures figées dans un espace-temps indéfinissable, pour avancer une nouvelle lecture de leurs présences et de leurs apparences. En ces mois de décembre et janvier, elle expose sa dernière série à la galerie Bugada & Cargnel, dans le quartier de Belleville. Dans des toiles de grands formats, elle évoque de manière symbolique ces fameux bals des débutantes où de toutes jeunes femmes font leur entrée dans les hautes sphères de la société. Cette présentation très codifiée transforme l’individu en un bel objet, l’être disparaît derrière le paraître. Ce thème est le prétexte pour Claire Tabouret à explorer la place de l’individu au sein du groupe, sa capacité à s’en extraire ou à s’y diluer. Elle peint le passage du monde de l’enfance au monde adulte, l’empreinte du temps. Les fonds aux couleurs acidulées, parfois fluorescentes, s’opposent aux corps translucides, fantomatiques, aux visages absents. Les robes se mêlent dans un entrelacs de plis qui envahissent même l’arrière-plan. Évoquent-ils les liens imposés qui relient les individus, au risque de les étrangler ?

Infos pratiques

Claire TABOURET, « Les Débutantes ». Exposition jusqu’au 7 février 2015, du mardi au samedi, de 14 à 19 heures. Galerie Bugada & Cargnel, 7-9, rue de l’Équerre – 75019 Paris.

tabouret sculpture
Claire Tabouret réalise également depuis quelques années des sculptures. Ici « La camisole bleue », 140 x 170 x 240 cm, céramique et tissu. (ph. VA)

Peinture en-tête (détail) : « Les débutantes, vert de jaune », acrylique sur toile, 230 x 330 cm.

Bruneau

Martin Bruneau, peintures fragmentaires

Comment appréhender la peinture ancienne quand on est un artiste contemporain ? De quelle manière évoquer les grands maîtres sans tomber dans la facilité ou l’hommage vain ? Martin Bruneau, peintre canadien installé en France depuis plusieurs années, a fait de cette interrogation un leitmotiv de son œuvre. Dans le passé, il s’était inspiré de Goya, de Cranach, de Courbet… « J’ai débuté mes études universitaires dans le département d’histoire. Cette expérience a influencé ma perception de l’art. Ensuite, quand j’étais étudiant en art, dans une scène artistique où on ne cessait de répéter la mort de la peinture, je me demandais pourquoi les musées étaient de plus en plus fréquentés et ce qui faisait que la peinture qu’on y trouvait était valable et non celle qui se faisait aujourd’hui. Cela m’a amené à me demander ce qui définissait une “peinture”. Mes lectures en phénoménologie et en sémiologie ont ensuite nourri et orienté ma pratique », expliquait Martin Bruneau dans le catalogue de son exposition à l’Abbaye de Maubuisson en 2008. En cette fin d’année 2014, l’artiste entraine le spectateur dans une traversée ayant pour origine le Radeau de la méduse de Géricault. Il présente une série d’une dizaine de tableaux à la galerie Isabelle Gounod. Le radeau construit par les naufragés y est absent. Demeurent les corps dont Bruneau a conservé les positions et les mouvements. Il zoome sur certains détails, en élimine d’autres, entoure les fragments de chairs de peinture vive brutalement appliquée à la brosse. La couleur s’ingénie à neutraliser, à contrarier la dimension narrative de la toile. L’artiste juxtapose univers abstrait et figuratif, nuance et violence. Il propose une expérience esthétique originale. En mettant le sujet à distance, il explore ainsi les mystères de l’acte créatif.

Bruneau Isabelle Gounod
Une vue de l’exposition de Martin Bruneau à la galerie Isabelle Gounod.

Œuvre en-tête

Martin Bruneau, Groupe fond rouge et noir, 2014, huile sur toile, 150 x 150 cm (détail)

Infos

Martin Bruneau « Fragments », du 8 novembre au 17 janvier 2015. Galerie Isabelle Gounod, 13, rue Chapon 75003 Paris www.galerie-gounod.com

 

David Lefebvre expo Zurcher

David Lefebvre, œuvres camouflages

David Lefebvre expo Zurcher
David Lefebvre, « Big sur campground », 195 x 130 cm, huile sur toile. Photo VA.

Peintes avec une minutie de scribe, un réalisme quasi documentaire, les œuvres de David Lefebvre ne sont pourtant pas ce qu’elles paraissent. L’espace en deux dimensions de la toile conduit à une nouvelle lecture du réel grâce à la composition. Comme dans les séries télévisées d’autrefois où des grésillements, un brouillage de l’écran indiquaient une intrusion du paranormal, la peinture de David Lefebvre suggère une déchirure dans l’espace-temps. Le bel ordonnancement des paysages champêtres et urbains est par endroits colonisé par des corps étrangers : figures géométriques répétitives, aplats colorés, proliférations cellulaires. Cette ingérence de motifs incongrus suit les contours d’un objet ou d’un corps, mais parfois le développement inquiète par son anarchisme. Cette perte de données touche souvent l’élément le plus figuratif de la scène initiale, il ouvre une béance dissimulée comme le ferait un camouflage. Le cryptage de l’image trouble notre perception du tableau. Le sujet se déplace et renvoie vers le domaine de l’inconscient. L’artiste s’inspire ainsi des travaux de Lacan sur le signifiant et le signifié. Il tente de dévoiler le caché, de déjouer le réel, pour se défaire des images et de leur hégémonie.

Pour voir les œuvres de David Lefebvre :

David Lefebvre, « Pour le Rest », jusqu’au 25 octobre, galerie Zurcher, 56 rue Chapoon, 75003 Paris.

Oeuvre en-tête : David Lefebvre, « JR », 81 x 116 cm, huile sur toile, 2014 (détail). Photo VA.