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Sabatté à l'aquarium de Paris

Sculptures de Lionel Sabatté à l’Aquarium de Paris

Drôle d’endroit pour une exposition. À deux pas du Trocadéro, l’Aquarium de Paris accueille les sculptures de Lionel Sabatté. À l’origine de l’événement, un coup de cœur d’Alexis Powilewicz, administrateur des lieux, pour l’œuvre du sculpteur. L’artiste confie : « Il y a plus d’un an, Alexis Powilewicz a acheté l’une de mes pièces dans une galerie, un grand poisson échoué. Il m’a ensuite proposé d’exposer. J’ai d’abord eu un temps d’hésitation, impressionné par l’ampleur de la tache, mais l’enthousiasme a vite pris le relais. » Il faut reconnaître que le challenge était de taille. C’est la première fois qu’un tel événement est organisé dans ces lieux dédiés à la découverte du milieu marin et qui semblent peu adaptés à la présentation d’œuvres d’art. Éclairages austères, volumes hétéroclites, animaux incroyables monopolisant l’attention du spectateur, autant d’embuches pour une exposition…  Mais Lionel Sabatté, qui avait carte blanche, a su déjouer les pièges de cet univers aquatique. Ses œuvres s’intègrent dans l’espace avec naturel, comme ses poissons d’argent flottant dans les airs, ses créatures hybrides végétales et minérales, à l’allure de murènes, ses oiseaux en moutons de poussière qu’on dirait rescapés d’une marée noire… Les scultpures interagissent avec l’environnement par des clins d’œil, en se reflétant sur les vitres des aquariums, telles des chimères surgissant des profondeurs marines. La beauté des œuvres de Lionel Sabatté tient en partie dans l’origine de leurs matériaux. L’artiste récupère tout ce qu’il peut trouver, des souches déracinées, des pièces de monnaie sans valeur, et même des rognures d’ongle et des peaux mortes. Il redonne vie à ces bouts de rien, pour créer un bestiaire fantasmagorique à la fausse fragilité…

Pour Cimaises-leblog, Lionel Sabatté explique quelques-unes des œuvres phares de l’exposition et leurs secrets de fabrication.

Chant silencieux

Sabatté à l'Aquarium de Paris
Chant silencieux. 2013. Souche de chêne, pièces d’un centime d’euro, fer, étain et laiton. 160 x 202 x 150 cm. Photo VA

« Cette œuvre a été réalisée lors d’une résidence d’artistes dans la Meuse, le Vent des forêts. J’ai récupéré la souche d’un chêne abattu pendant la grande tempête de 1999. Sa forme était d’une telle beauté que j’ai choisi de ne pas y toucher. J’ai réalisé des extensions pour redonner vie à cet arbre mort, le transformer en chimère. Cette sculpture est composée de pièces d’un centime d’euro, une pièce qui a également vu le jour en 1999. Les pièces de monnaie sont un matériau qui me plaît beaucoup, car elles circulent énormément, créant une forme d’échange entre les personnes. La pièce évoque aussi le trésor du fond des mers. J’ai fait rouiller le métal pour que sa teinte s’accorde à celle de l’arbre. Dans mon travail, j’utilise beaucoup l’oxydation. Ce phénomène naturel permet de créer de l’énergie, il représente dans mon imaginaire la dualité du vivant et du vieillissement. J’ai laissé apparente la structure en métal, pour donner un aspect de construction ou de ruine. Certains spectateurs y voient ainsi la jaillissement de la vie ou au contraire une bête à l’agonie. »

Le K

Sabatté à l'Aquarium de Paris
Le K, poisson d’argent. 
Pièces d’un centime d’euro, fer, étain, laiton, vernis. Photo VA.

« J’ai appelé ce poisson, le K, en référence à une nouvelle de Dino Buzzati qui m’avait marqué à l’adolescence. Dans ce récit, une créature marine poursuit le personnage principal dès qu’il s’approche de l’eau. Effrayé, celui-ci passe sa vie à l’éviter. Quand le héros sent qu’il va mourir, il décide d’aller se confronter à sa peur. Le fameux K apparaît. Il lui révèle que s’il l’a recherché sur toutes les mers, c’était pour lui donner une perle magique qui lui aurait assuré bonheur et réussite. Cette sculpture fait partie d’un banc de poissons, colonne vertébrale de l’exposition. Au départ j’avais imaginé des poisson échoués, j’ai décidé de les faire voler et de les suspendre dans la pièce principale de l’Aquarium. Ce sont des poissons imaginaires, qui évoquent une idée de l’évolution par la transformation de leur forme. Une grosse partie du travail d’accrochage a été d’arriver à composer avec leurs ombres projetées sur les murs. Ces ombres rappellent l’art pariétal, un art qui vient du fond des âges, mais aussi les mystères des profondeurs marines. »

Sombre réparation

Sabatté à l'Aquarium de Paris
Sombre Réparation, 2013 Papillons abimés, abeilles, ongles, peaux mortes, épingle et boite à spécimen, 26 × 19,5 × 7 cm. Courtesy de l’artiste.

«  J’ai récupéré des ailes de papillon abimées et mises au rebut chez le taxidermiste Deyrolle. J’ai reconstruit des insectes avec des bouts d’ongles et des peaux mortes. Je leur ai redonné vie grâce à ma chair. Les gens ont souvent une réaction de répulsion quand ils apprennent comment ces œuvres sont réalisées. Cette réaction que nous partageons tous m’intéresse en tant qu’artiste, car elle est irrationnelle. Nous nous serrons la main sans problème, les ongles sont des outils de séduction, mais dès que la peau et les ongles sont détachés du corps, ils deviennent dégoûtants. Pourquoi ? Je ne sais pas. »

Le Cygne noir

Sabatté à l'Aquarium de Paris
Le Cygne noir, 2014 Poussière du métro Chatelet et de l’aquarium, vernis, fil de fer, 180 x 120 x 120 cm. Photo VA

« Cette pièce est réalisée avec de la poussière du métro Chatelet. Cela fait quinze ans que je vais balayer dans la station, j’y suis toléré. Au début, les balayeurs avaient même peur de moi, ils pensaient que je venais les contrôler. J’ai choisi cet endroit parce qu’un million de voyageurs y passent chaque jour. Toutes ces personnes très différentes sont représentées dans la poussière. Ce matériau nous rassemble par-delà son côté repoussant. Avant de travailler la poussière, je la désinfecte et la stérilise. Après ce traitement, j’agglomère mes moutons sur une structure métallique avec de la colle en bombe, je passe ensuite plusieurs couches de vernis. Pour cette œuvre, j’ai ajouté de la poussière de l’aquarium au niveau des ailes. Cette poussière, plus fine, plus minérale, m’a donné une nouvelle matière. Le titre « Le Cygne noir » fait référence au livre du philosophe Nassim Nicholas Taleb. Il désigne ainsi les événements à faible probabilité qui ont des conséquences très importantes s’ils se réalisent. L’évolution se fait souvent grâce à de tels événements. »

En savoir plus

L’exposition « Fabrique des profondeurs » est à voir jusqu’au 18 mai à l’Aquarium de Paris au prix d’une entrée (20,50 euros pour un adulte plein tarif).

Lionel Sabatté à l'Aquarium de Paris
Lionel Sabatté à l’Aquarium de Paris

Les peintures iconoclastes de NOEL PERRIER

Voici la deuxième vidéo réalisée par le blog sur un jeune peintre contemporain… Cette fois-ci, Noël Perrier nous dévoile les secrets de son inspiration. L’artiste revendique une figuration prosaïque où les images se télescopent avec humour.

Quel est le point commun entre John Wayne, une nature morte espagnole du XVIIIe siècle, le Dalaï Lama et une bouteille de Perrier ? Et bien, ils sont réunis sans cérémonie par l’artiste Noël Perrier dans des peintures colorées, pétillantes de joie de vivre. « Mes toiles sont des concentrés de citations, nourries par des images issues de la mémoire collective et populaire, d’activités quotidiennes, de souvenirs de séances de cinéma, d’images d’enfance… J’utilise ces signes de reconnaissance, communs à tous, pour les placer dans une nouvelle dramaturgie. » Noël Perrier confronte héros de bandes dessinées et portraits classiques, cowboys mythiques et pin-up de films érotiques, symboles religieux et objets de consommation…  Il joue également sur la dualité des modes de traitement. Certaines zones de ces peintures sont monochromes, d’autres soulignées de traits colorés. La touche peut être précise, parfois, elle n’est que taches abstraites. « La facture de mes toiles est aussi un amalgame : dessin, peinture, aplats colorés, combinant les matières, comme l’acrylique et le pastel gras. Le support utilisé, la toile sur châssis, évoque une histoire de l’art classique, polie, bien élevée et son détournement par la peinture moderne. Il est alors tentant de tromper les attentes de ce qui devrait ou ne devrait pas figurer dans un tableau, se jouant de la dignité de ce support. »

Noël Perrier évoque la confusion du monde actuel, qui mêle sans hiérarchie icônes futiles de la société du spectacle, grandes figures religieuses et références à l’histoire de l’art sur les écrans de nos télévisions, dans les pages des magazines. Le peintre ne souhaite pas forcément dénoncer, il s’amuse avec impertinence de ces amalgames, il célèbre le pouvoir des images à travers les temps. « Je ne cherche pas à formuler un message fermé, défini à l’avance. Il y a une part de hasard, d’inconscient, d’évidence primitive dans ce que je choisis de représenter. (…) Le cinéma ou la musique manient naturellement l’impertinence et le mélange des genres, sans hiérarchie entre eux, j’aimerais en faire autant dans ma peinture. »

Noël Perrier a été sélectionné pour exposer à la manifestation internationale d’art Contemporain Puls’art, du 9 au 12 mai 2013 au Mans.

Il est lauréat du Grand Prix de Peinture 2012 de Saint-Grégoire. À ce titre, il exposera à l’automne 2013 au Centre d’animation de la Forge, 35762 Saint-Grégoire.

Vous pouvez voir d’autres peintures, des lithographies sur son site personnel : http://nono.paint.free.fr/

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Les portraits au numéro d’Alexandra Chauchereau

Cette vidéo est la première d’une série réalisée par Cimaises-le blog, ayant pour thème l’inspiration des artistes contemporains. Nous débutons l’aventure par l’interview d’Alexandra Chauchereau. Celle-ci dévoile en avant-première l’un des axes de sa prochaine exposition personnelle, qui aura lieu en juin 2013 à l’Espace Landowski à Boulogne-Billancourt.

« Une partie des œuvres exposées est le fruit d’une recherche sur l’identité qu’elle soit sociale, familiale ou professionnelle, confie Alexandra Chauchereau. Je crois que l’être humain est multiple et que la société a tendance à vouloir l’enfermer dans une case. » L’artiste refuse la bureaucratisation des rapports sociaux, leurs conformismes. Non, nous ne sommes pas des numéros, ni des produits ! Pour étayer son propos, Alexandra Chauchereau réalise de grands portraits à l’huile ou à l’acrylique auxquels elle associe panneau de texte ou code barre. Elle évoque ainsi le besoin de notre société d’étiqueter sans grande subtilité les individus. La rudesse du propos est cependant contredite par l’empathie éprouvée pour les modèles. Les regards, les sourires dévoilent leur humanité, leur fragilité. À chacun d’entre nous de savoir regarder au-delà des apparences, tel est le message de l’artiste.

Alexandra Chauchereau dans son atelier (photo VA)

Infos Pratiques
Exposition d’Alexandra Chauchereau, Nef de l’Espace Landowski, 28 Avenue André Morizet, 92100 Boulogne-Billancourt. Du 12 juin au 14 juillet 2013. Entrée libre.

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