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Œuvres en genèse

Richard Laillier
Richard Laillier, Scène de chasse XXV, 2013. Pierre noire, 40 x 50 cm.

Une vingtaine de peintres et de sculpteurs sont réunis autour du thème de la Genèse à la Fondation Taylor à Paris. L’ensemble est dense, parfois un peu hétéroclite. Mais l’exposition réserve de nombreuses pépites pour l’amateur d’art. Ne serait-ce que par la présence d’artistes de renommée internationale, tels Zao Wou Ki, Piotr Mondrian, Olivier Debré… Mais parmi les artistes émergents ou un peu moins célèbres que les noms illustres précédemment cités, les belles rencontres foisonnent. Les chiens solitaires de Jean-Pierre Ruel aboient avec les ombres noires de Richard Laillier. Les nuages d’acier d’Anne Laval semblent s’être échappés d’un paysage crépusculaire de Jérôme Delépine. Cet artiste est le vice-président de l’association Rémanence organisatrice de l’exposition. Il répond  aux questions du blog sur la genèse de l’événement.

Cimaises-le blog : Pourquoi avez-vous créé l’association Rémanence en 2012 ?

Jérôme Delépine :  L’association Rémanence s’est fixé de nombreuses missions. L’organisation d’expositions d’art contemporain de qualité présentant à la fois des artistes reconnus et des artistes émergents de la scène française et internationale. L’édition de livres et de catalogues relatant les expositions et ouvrant le champ d’investigations liées à leurs thèmes. L’organisation d’ateliers-débats, de conférences et d’actions pédagogiques, notamment des visites pour les scolaires. La collaboration avec des galeries et d’autres lieux d’expositions, centres d’art, musées, etc. 

Pourquoi ce thème de la Genèse ?

Le premier projet de Rémanence était de monter une exposition sur l’humain, un thème important du travail des artistes que nous aimons. La thématique est si vaste que nous avons décidé de la traiter sur trois années d’expositions, en trois volets dont le premier est naturellement  « Genèse », de l’aube du monde à l’aube de l’humanité. Parce que notre volonté est de se faire croiser plusieurs disciplines sur nos projets et de donner du fond à notre propos, nous avons édité un livre sur le projet. L’aube du monde y est évoquée par l’Enuma Elish, texte fondateur du mythe babylonien de la création, vers 1100 avant Jésus-Christ. Un texte dont découlent nombre de mythes et croyances de l’Humanité. L’aube de l’humanité y est décrite par Brigitte et Gilles Delluc, docteurs en préhistoire qui nous donnent des pistes de réflexion sur la motivation des artistes paléolithiques. Cette réflexion nous tend un miroir sur nos propres réflexions d’artistes contemporains.

Delépine
Jérôme Delépine, La Roche Guyon, 2011. Huile sur toile 97 x 162 cm.

Qu’évoque pour vous la Genèse en tant qu’artiste ?

Je ne prends pas la thématique de la Genèse sous son acceptation religieuse. Un journaliste a décrit mon propre travail par une forme de mysticisme athée. Je suis habitué à cette forme d’oxymore stylistique… Je comprends que la peinture contemplative puisse provoquer un sentiment « d’élévation » pour le regardeur. De même que l’écoute d’une cantate de Bach, la visite de la cathédrale de Beauvais, celle d’une grotte ornée ou la contemplation d’une cascade de montagne peut provoquer un haut sentiment d’élévation, que l’on soit croyant ou non. La « création » est un vocable très employé pour décrire le travail d’un artiste. Il faut bien admettre que devant la toile, nous sommes notre premier spectateur, que quelque chose nous échappe et semble prendre vie sous notre main. La Genèse d’une œuvre en cours.

Jean-Pierre Ruel
Jean-Pierre Ruel, Sans titre, 2013. Huile sur toile 40 x 50 cm.

Comment avez-vous réuni les artistes de cette exposition ?

Nous nous sommes retrouvés par affinité picturale, par admiration de la recherche de l’autre, par l’envie d’exposer ensemble, de confronter nos travaux. Mais Rémanence n’est pas une énième chapelle, nous désirons aussi montrer au public une diversité de médiums, de la peinture à la photo, de la sculpture à l’installation. Nous étonner nous-mêmes sera le plus sûr moyen d’étonner et d’intéresser notre public.

Nous avons l’honneur de défendre de beaux artistes dont certains ne sont représentés nulle part. Nous avons contribué à faire remarquer des artistes auprès de professionnels : nous continuerons en ce sens. Il y a très peu de place en France, entre les lois cyniques du  marché de l’art, des galeries et lieux institutionnels, des DRAC, pour les artistes que nous défendons. C’est aussi pour cela qu’il faut soutenir des associations comme Rémanence.  Il y aurait tant à faire ou à refaire. Mais pour cela, c’est une autre histoire de la Genèse à inventer.

Comment ont été sélectionnées les œuvres présentées ?

Une commission d’exposition se charge du choix des œuvres, ainsi que nombre de textes et la maquette du livre. Cette année, cette commission était assurée par Jean-Daniel Mohier, collectionneur.

Quels sont vos prochains projets ?

L’exposition Genèse sera présentée dans une scénographie très différente à la Galerie d’art contemporain d’Auvers-sur-Oise, de fin septembre à fin octobre, puis de fin octobre à fin novembre 2014. Nous scindons l’exposition parisienne en deux pour créer plus de respiration entre chaque monde pictural, et accueillons deux sculpteurs supplémentaires. Le projet Humanité prendra la suite de Genèse en 2015 à Paris. Nous cherchons encore un lieu pour recevoir ce projet, mais nous avons déjà de très beaux artistes et quelques surprises de taille pour ce deuxième volet. De nombreux autres projets sont dans les cartons, pour des collectifs de 3 à 20 artistes, toujours sur des thématiques précises. Nous ne sommes pas à priori en recherche d’artistes, nous sommes surtout en recherche de lieux et de commissaires d’expositions pour assurer certains projets et élargir les champs d’action de Rémanence.

En savoir plus :

Exposition « Genèse, de l’aube du monde à l’aube de l’humanité », jusqu’au 1er mars 2014. Fondation Taylor, 1 rue La Bruyère, 75009 Paris. Galerie  ouverte du mardi au samedi de 14h à 20h

Photo en-tête : Une vue de l’exposition Genèse. Sculpture d’Anne Laval, Sans titre, 2013 Laine d’acier et fil de cupron (cuivre et nickel). 160 x 15 x 100 cm.