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Match Anselm Kiefer : Ropac 2 — 0 Gagosian

Avec un certain panache, les galeries d’art internationales Thaddaeus Ropac et Gagosian Gallery ont ouvert il y a quelques semaines deux vastes espaces d’exposition en plein cœur de la Seine-Saint-Denis. Elles comptent y présenter des œuvres monumentales et compléter ainsi l’offre de leurs galeries parisiennes. Bizarrement, les deux marchands ont décidé d’inaugurer ces nouveaux lieux en montrant le même artiste, l’Allemand et résident français Anselm Kiefer. L’occasion était trop belle pour moi de comparer ces deux propositions. Qui gagnera le match de l’expo la plus réussie ?

Les espaces :

THADDAEUS ROPAC

La galerie a choisi d’installer son annexe à Pantin, à quelques kilomètres du périphérique. Je paramètre le GPS selon les conseils du site internet. C’est mal parti, le numéro indiqué n’existe pas ! J’en programme un autre, au plus proche. À l’arrivée, je tourne en rond dans le quartier. Mais finalement, en lisant mieux les instructions, je déniche le bâtiment, bien visible sur une artère à quatre voies. 
Pour son projet, la galerie a aménagé une ancienne chaudronnerie centenaire qui s’étend sur 4700 m2 et comprend cinq constructions. L’édifice principal tout en brique rouge a belle allure. Je pousse une grande porte métallique et découvre un vaste espace immaculé, composé de quatre nefs longilignes. Les plafonds culminent à une douzaine de mètres. Une douce lumière zénithale éclaire les lieux. L’ambiance est chaleureuse. Les visiteurs sont nombreux en ce samedi d’hiver. Ils photographient les œuvres, déambulent avec les notices explicatives… On se croirait dans un musée.

GAGOSIAN GALLERY

La galerie se trouve dans la zone d’affaires de l’aéroport du Bourget. Bien pratique pour les riches collectionneurs qui atterrissent en avion privé ! Un peu moins pour le péquin qui déboule en véhicule léger. Devant l’entrée de l’aéroport, aucune indication pour la galerie. Je tourne à gauche. Mauvaise pioche ! Après avoir erré du côté du parc des expositions, demandé mon chemin aux hôtesses du Musée de l’Air, je retourne sur mes pas et me dirige cette fois-ci à droite. Des bannières bleu marine très chics me conduisent vers la galerie aménagée par l’architecte Jean Nouvel dans un ancien hangar à avion des années cinquante.
 Pour entrer, il faut montrer patte blanche. Je sonne à l’interphone. Un vigile m’ouvre une lourde porte métallique. Quelques pas et j’accède à la salle principale : un quadrilatère entouré de murs aveugles. Derrière ces murs, de longs couloirs vides. Presque par hasard, en déambulant dans ce labyrinthe, je découvre deux autres salles d’exposition aux dimensions plus modestes. Le contraste est grand avec la galerie Thaddaeus Ropac. Ici, la toiture en dents de scie diffuse une lumière grise, les murs rapetissent l’espace. Il n’y a pas de visiteurs. Bref, je ressens une impression de tristesse et de solitude.

1ère mi-temps : Ropac 1 — 0 Gagosian

L’exposition :

THADDAEUS ROPAC

Anselm Kiefer aurait créé ses œuvres en fonction des lieux. L’exposition s’intitule « Die Ungeborenen », les non-nés. Elle réunit un ensemble de toiles et de sculptures monumentales se référant à des mythes et iconographies sur les thèmes de la naissance, de l’origine, de la création, mais aussi du rejet de la vie. Dans la première salle, une installation superbe associe machine d’imprimerie et fleurs géantes de tournesol.

Dans les autres salles, des tableaux magistraux intègrent des éléments de l’univers réel : aile d’avion, chaises métalliques, balance en plomb. Les dimensions sont impressionnantes, la touche pâteuse, sombre, torturée. Les ocres, les bruns et les noirs s’illuminent parfois d’une nuance d’or, de vert-de-gris… L’accrochage aéré, l’architecture élancée permettent aux peintures de ne pas écraser le spectateur de leur présence. L’ancienne chaudronnerie se révèle un bel écrin pour les œuvres ambitieuses de Kiefer.

GAGOSIAN GALLERY

Le titre de l’exposition, Morgenthau plan, fait référence au plan proposé en 1944 par l’ancien secrétaire au Trésor, Henry Morgenthau, visant à transformer l’Allemagne en un état préindustriel et agricole et ainsi à limiter ses possibilités à se remilitariser. L’artiste retranscrit cette idée de manière plastique par une installation occupant tout l’espace central. Des grilles métalliques enserrent un champ de blé qui semble avoir été soufflé par le vent. Peut-être est-ce dû au lieu et à l’absence de recul, mais cette évocation ne m’a pas convaincue. Elle manque de force.

Dans les deux salles adjacentes, de grands tableaux de fleurs avec toujours cette touche généreuse et empâtée qui caractérise l’artiste. Des couleurs inhabituelles, roses et bleus tendres, font leur apparition et donnent un aspect presque apaisé aux toiles. Celles-ci, du coup, semblent déconnectées du thème central. Même si l’artiste justifie ainsi cette confrontation dans une lettre à Richard Calvocoressi, directeur de la Fondation Henri Moore : « J’ai peint des tableaux de fleurs toute l’année durant. Elles provenaient de Barjac où je les avais semées. Des fleurs rouges, jaunes et bleues. On est toujours ravi de voir des fleurs. Elles sont belles. En art, la beauté n’a pas besoin de justifications. L’art ne laisse pas le beau seul. La beauté nécessite quelque chose en face d’elle. »

2e mi-temps : Ropac 1 —0 Gagosian. Ropac vainqueur du match 2 à 0 !

Infos pratiques

Anselm Kiefer, Die ungeborenen (Les non-nés), galerie Thaddaeus Ropac, 69, avenue du Général Leclerc, 93500 Pantin. Mardi-Samedi, 10 h-19 h. Tél. : 01 55 89 01 10. Jusqu’au 23 février 2013.

Anselm Kiefer, Morgenthau plan, Gagosian Gallery, 800 avenue de l’Europe, 93350 Le Bourget. Vendredi et samedi 11 h-19 h. Tél. : 01 48 16 16 47. Jusqu’au 16 mars.

Photos V.A.

Anselm Kiefer en Alsace

L’œuvre d’Anselm Kiefer démarre sur une interrogation capitale : comment après l’Holocauste être un artiste qui s’inscrit dans la tradition allemande. Partout dans ses toiles, ses installations, l’artiste se réfère à la guerre, à la terre patrie, mais aussi à la mythologie, à la cosmogonie. Il y a quatre ans, l’Anselm Kiefer avait inauguré le programme Monumenta au Grand Palais à Paris. Aujourd’hui, le musée Würth à Erpstein en Alsace présente les œuvres de l’artiste tirées de ses collections. Cette exposition couvre près de trente ans de travail. On y découvre des peintures très peu montrées de l’artiste créées dans les années 70 . Dans un style très différent, un peu maladroit et provocateur, elles sont la genèse des magnifiques œuvres d’aujourd’hui :

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Heroisches Sinnbild IV, 1970 (photo VA)

Quelques vues de l’exposition au Musée Würth :

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Photos VA

Exposition jusqu’au 25 septembre. Anselm Kiefer dans la collection Würth. Musée Würth. Cliquez ici pour en savoir plus !

Pour les curieux, un reportage d’Arte montre l’atelier de l’artiste qui vient de déménager dans un ancien entrepôt de la Samaritaine à Croissy-Beaubourg :